"Les hommes sont-ils obsolètes ?", le livre à ne lire sous aucun prétexte

Les hommes sont-ils obsolètes ?
Les hommes sont-ils obsolètes ?
Un livre à ne lire sous aucun prétexte si vous avez les nerfs fragiles : "Les hommes sont-ils obsolètes" de Laetitia Strauch-Bonart. Le sous-titre " la nouvelle inégalité des sexes ".
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Lire un livre dont le titre est Les hommes sont-ils obsolètes ? dans le métro aux heures de pointe est croquignolesque. Nous avons vu le regard déprimé des hommes en cravate. L'un d'eux avait les yeux qui criaient très fort : "Ho put*** ! Ca y est, c'est bon les mecs ! ON EST FOUTU ! Elles vont nous jeter à la poubelle !". Mais ils ne devraient point s'inquiéter. Car ce livre veut défendre les hommes et leur statut qu'ils seraient, selon l'autrice Laetitia Strauch-Bonnart, en train de perdre dans le monde du travail, la famille, l'école.

Homme obsolète se jettant dans une poubelle
Homme obsolète se jettant dans une poubelle

Tout le livre donne l'impression que Laetitia Strauch-Bonnart s'est fixée un postulat de départ et que pour l'atteindre, elle peut nous sortir tous les arguments possibles, même les plus alambiqués et les moins convaincants. Le livre de Laetitia Strauch-Bonart donne de l'eczéma de cerveau. A chaque page sa levée d'yeux au ciel. L'autrice a-t-elle lu des livres féministes ? On se demande.

Alors si on veut partir d'un constat, oui, les hommes sont déboulonnés de leur piédestal. Pour revenir les pieds sur terre avec l'autre moitié de l'humanité, les femmes (52%). Oui, c'est sûr que perdre de son prestige n'est jamais agréable. Mais doit-on chouiner pour autant ? A aucun moment, l'autrice ne déconstruit la virilité toxique. Être un homme et être enfermé dans les stéréotypes qui l'accompagnent, comme être "fort", ne pas pleurer, cela peut être aussi dur que les stéréotypes sexistes touchant les femmes. Les hommes s'en étant libérés sont mieux dans leur vie. La preuve, point d'apocalypse dans les pays les plus égalitaires, les hommes vivent plus longtemps et heureux.

On entre en matière par une scène que l'autrice imagine : en 2034, des milices d'hommes se rebellent et foutent le feux dans les rues parce qu'ils ont perdu leur place dans la société. Laetitia Strauch-Bonart est très optimiste, parce que rien qu'en terme de salaire, au rythme actuel, on atteindra l'égalité dans 216 ans, soit en 2234. Les hommes n'ont pas trop de soucis à se faire pour l'instant.


L'école discriminerait les garçons

L'autrice part du principe qu'il existe des différences naturelles et hormonales entre hommes et femmes. Elle ne reconnaît pas la théorie de "la page blanche" à la naissance. En somme, le "on ne naît pas femme, on le devient" de Simone de Beauvoir, très peu pour elle. Alors qu'elle parle du fait qu'il faille combler l'infériorité des garçons à l'école en matière de lecture, elle écrit page 188 : "Le risque est que les différences naturelles entre les garçons et filles, puis entre hommes et femmes, ne donnent lieu, parce qu'on les aura niées, à des inégalités bien plus fortes que si on les avait reconnues de prime abord".

Laetitia Strauch-Bonart est per-sua-dée que les petits garçons sont discriminés à l'école. Les livres seraient trop "féminins" par exemple et ils n'auraient pas assez de modèles auxquels se raccrocher. Mais où on est, là ? Doit-on rappeler que les femmes sont quasiment absentes des livres scolaires, en Histoire, en Sciences, en économie, dans les sujets du bac de Français.

Elle rapporte un fait : les filles sont bien meilleures à l'école en sciences, pourtant elles ne poursuivent pas dans le supérieur et s'orientent vers des carrières plus littéraires. Les filles auraient "des aspirations professionnelles différentes". L'autrice se demande : "Et si elles entretenaient des critères de réussite qui leur sont propres ?". En gros, si tu préfères t'orienter vers les carrières médicales plutôt que dans la construction d'avion, c'est que c'est "ta nature". Et de nous retartiner encore des études américaines pour le prouver. Sauf que l'esprit de compétition par exemple, ce n'est pas qu'une question d'hormones, cela s'inculque. Si les filles sont bonnes à l'école, c'est aussi qu'on leur apprend à être plus sages, à rester dans un coin pour colorier, à rester "jolies", à ne pas se tacher alors qu'on empêchera moins un garçon d'occuper l'espace et de dépenser son énergie. Elles ont aussi besoin qu'on les pousse plus vers ces études et de leur enlever les barrières mentales qu'on leur a posées à la naissance.

Aussi, leur "supériorité langagière, [leur] intérêt pour les relations sociales et [leur] empathie sont autant de caractères qui leur donnent de l'ascendant dans le monde d'aujourd'hui" tout en soulignant que "le XXIe siècle sera féminin". Sauf que lorsqu'on dit qu'il sera féminin, on sous-entend qu'il portera des valeurs dites féminines mais en aucun cas lié au sexe des personnes. Quant à l'ascendant sur le monde d'aujourd'hui, bof. Même si le féminisme est en bonne voie, les femmes sont encore loin de dominer le monde. Laetitia Strauch-Bonart le redit à un autre moment du livre : "Et, si, demain, elles prenaient l'ascendant sur un monde qui les a si longtemps mises de côté ?". Attention, grand remplacement. Combien de fois va-t-il falloir le rappeler ? Le but de l'immense majorité des féministes est de vouloir l'égalité. A quel moment, avec quel chiffre peut-on dire que les femmes vont ou veulent prendre le dessus sur les hommes ?

Elle écrit concernant les écarts de salaires et le manque de femmes dans certains milieu professionnels : "Cependant, prendre comme pierre de touche de la valeur d'un emploi son niveau de responsabilité ou de salaire est un procédé pour le moins hâtif. De plus, ne se concentrer que sur les postes les plus élevés, et en conclure que les femmes sont traitées en subalternes sur le marché du travail, revient à faire preuve de myopie : ôtez de l'analyse la population des dirigeants, minoritaire, et vous aurez devant vous un autre tableau, où la situation des femmes est bien meilleure qu'on ne le prétend". Allez dire cela à toutes les femmes cantonnées dans des emplois précaires, à mi-temps, aux femmes de ménage pour savoir si la situation est meilleure.

La prise de pouvoir supposée des femmes dans le monde du travail

"De toute évidence, dans leur choix de carrière, les femmes font passer le sens de leur métier avant son niveau de rémunération. Ensuite, elle recherchent un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle -un choix aussi légitime qu'un autre et non, comme on le sous-entend par faiblesse de caractère. Elles préfèrent garder du temps pour leurs enfants, leur famille et leurs amis, ou pour des activités auxquelles elles trouvent davantage de sens", raconte l'autrice page 140. Les hommes ne peuvent-ils pas y prétendre et faire eux aussi des choix de carrière en ce sens ? Avancer le contraire les enferme dans un rôle stéréotypé encore une fois, comme vous enfermez les femmes dans le rôle de mère de famille épanouie.

Spoiler alert : on ne veut pas toutes des enfants et on ne veut pas toutes rester à la maison.

"D'autant que bien des hommes seront alors libres de moins travailler que leurs conjointes ou de s'occuper de leurs enfants s'ils le souhaitent. Cependant, il est également possible que d'autres hommes vivent plus difficilement ce renversement des rôles", ils seraient dans une "insécurité nouvelle". L'éducation, la pédagogie mais aussi la déconstruction, voilà la clé ! Si chacun fait son travail de déconstruction sur ce que doit être un homme, ils ne se sentiront plus en insécurité. Voilà le problème de ce livre : Laetitia Strauch-Bonnart est toujours dans le "oui mais". Sauf que le mal-être de certains ne peut pas être soigné au dépend de la liberté de toutes.

Elle s'inquiète du déclassement des hommes parce que les emplois industriels disparaissent mais explosent dans les services et que le taux d'emploi des hommes est plus en recul que celui des femmes. Et bien, faisons jouer la formation plutôt que de se plaindre. Vous qui enfermez les sexes et les genres dans des stéréotypes, si on mettait moins la pression aux hommes comme vous le faites, il serait moins problématique pour eux de se réorienter vers une carrière dans le soin par exemple.

"Et puis, il y a les femmes. Le sort des hommes les concerne au plus haut point. Aucune femme ne désire que son partenaire, son fils ou son père, soit faible -au sens où il n'aurait ni compétence, ni volonté, ni valeurs". Plutôt que d'enfermer les hommes dans des rôles qui les étriquent, les femmes veulent des hommes avant tout heureux. Et cela passe par plein de choses et pas seulement le fait d'avoir des muscles et d'avoir un métier qui nécessite de mettre ses couilles sur la table. L'autrice poursuit : "Dans la quête d'émancipation féminine, il y avait un désir de partenariat équitable avec les hommes, non d'un renversement du rapport de force". Déjà d'une, qui a dit le contraire ? Et de deux, où est le basculement de rapport de force ? Dans les 109 féminicides encore perpétrés en 2016 ? Dans les inégalités salariales où 9 % sont imputables au seul fait d'être une femme ? Dans le harcèlement de rue ou au travail ? Dans les agressions sexuelles ou dans les 75 000 viols commis chaque année ? Beau basculement.

Pour finir, madame Strauch-Bonnart, ce que vous n'avez pas compris parce que vous avez une vision étriquée de la liberté : ce ne sont pas les hommes qui sont "obsolètes", mais les stéréotypes qui les enferment.

En somme, ce livre est aussi vite lu qu'il se digère mal. La prochaine fois, pas besoin de nous le tartiner sur 200 pages en taille 14. Filez plutôt dévorer du Michelle Perrot.