Anish Kapoor, l'homme qui peignait les menstruations

Anish Kapoor, "Dans le coin" (Lisson Gallery)
Anish Kapoor, "Dans le coin" ( Lisson Gallery)
Prendre à bras le corps l'intimité féminine et la jeter sur la toile, c'est là l'ambition de l'audacieux Anish Kapoor et de son "art menstruel".
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"Je suis en quête de mon Moi féminin" décoche Anish Kapoor à qui l'interroge sur ses intentions. Ce mois-ci, l'artiste indien investit la Lisson Gallery de Londres le temps d'une exposition rouge-sang.

Aux murs ? Des toiles éclaboussées d'hémoglobine. Des orifices, et par-dessus, les mêmes nuances de couleurs - délibérément rougeâtres.

Représenter les menstruations et s'en servir comme une source inépuisable de création, ça, Anish Kapoor ne l'a pas inventé. Des méthodes de l'artiste autrichienne Valie Export (et sa performance Menstruationsfilm) aux portraits de femmes de Aj Dirtystein (faits d'encre et de sang menstruel), des happenings hygiéniques de l'artiste corporelle Gina Pane (Une semaine de mon sang menstruel) au cultissime Period de la poétesse féministe Rupi Kaur, cela fait des décennies que les règles transgressent l'art.

"Tout le monde saigne"

 

Mais le cas d'Anish Kapoor est un petit peu différent. L'artiste nous dit pourquoi du côté de Artnet News : "Tout le monde a du sang qui coule dans ses veines, tout le monde saigne. Mais seules les femmes ont leurs règles et seules les femmes savent ce que ça fait". En effet, quelle légitimité un homme a-t-il à s'emparer ainsi de l'intimité féminine ? En posant la question, Kapoor énonce une responsabilité trop peu souvent interrogée. "Nous devons gérer cela avec prudence" explique-t-il ainsi à The Economist.

Or, pour Kapoor, "gérer cela", c'est justement s'exercer à transcender les genres et leurs frontières, en proposant un art à la fois abstrait et profondément organique. Et surtout, ne pas hésiter à provoquer l'oeil, afin de mieux rappeler le malaise - voire le dégoût - qu'éprouve le regard masculin envers cette intimité qui ne lui appartient pas.

Une façon de suggérer le caractère encore tabou - bien que millénaire - de ces règles qui, loin d'être passées sous silence, s'exposent aujourd'hui en pleine lumière. Il y a quatre ans déjà, le sculpteur érigeait dans le jardin du Château de Versailles l'une de ses plus fameuses sculptures : le Dirty Corner, alias "le vagin de la reine". Une allégorie abondamment commentée, et même vandalisée. A n'en pas douter, l'art féministe de Kapoor n'a pas fini de faire réagir.

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