Pourquoi le Green Friday, l'anti-Black Friday, est plus nécessaire que jamais

Le Green Friday, l'anti-Black Friday
Le Green Friday, l'anti-Black Friday
Consommer pour ne pas s'ennuyer. Consommer pour remplir nos nouveaux besoins. Consommer vite. Consommer mal et trop. Face aux dégâts causés par le Black Friday et ses faux prix "cassés", les alternatives écolos existent. Voici l'appel de Jean-Paul Raillard, président de la Fédération ENVIE et du Green Friday.
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Alors que le Black Friday a lieu ce 4 décembre en France, les sirènes de la surconsommation n'ont jamais retenti aussi fortement. Et cette journée annonce de nouveaux records de ventes déjà constatés la semaine dernière aux États-Unis avec une hausse de l'ordre de 30 % par rapport à 2019. Malgré le décalage d'une semaine qui ne change rien à la question de fond selon nous, la crise sanitaire que nous traversons aura très certainement un effet amplificateur important sur les ventes en ligne lors de l'édition 2020. Une nouvelle fois, les commerces de proximité risquent fort d'en faire les frais.


Dans un contexte dramatique où nous faisons tous face à une grave menace sanitaire et économique qui frappe durement les plus démunis et rejette dans la pauvreté de nouvelles catégories de population, cette communication à outrance est indécente et doit nous rappeler que l'hyperconsommation ne peut être une solution du monde d'après.

Des dégâts écologiques considérables


Elle ne peut l'être tout d'abord par les dégâts écologiques qu'elle provoque lors de la fabrication et le transport des produits vendus en majorité ce jour-là. Pour s'en convaincre, il suffit de savoir qu'un smartphone de 300 grammes exige environ 200 kg de matières premières comprenant notamment des ressources et terres rares dont l'extraction se fait dans des conditions environnementales désastreuses. De même, la production d'un simple jean nécessite à lui seul 11 000 litres d'eau. De la même façon, le poids de l'ensemble des équipements (meubles, électroménagers, textiles) présents dans un foyer est de 2,5 tonnes. Ces équipements ont nécessité 45 tonnes de matières pour les produire et 6 tonnes de CO2 ont été émises pour leur fabrication (source ADEME). Seulement 44% des produits qui tombent en panne ou sont abîmés sont réparés.


Et pourtant, selon une étude effectuée en novembre 2019 par la MAIF et Envie, 78% des Français considèrent que cet évènement du Black Friday est lié à la surconsommation, et ces derniers sont de plus en plus nombreux à s'interroger sur la nécessité d'un produit avant de l'acheter (85% sont d'accord dont 25% tout à fait).


De la même façon, selon le baromètre ADEME-Greenflex de septembre 2019, les Français revoient leur définition de la consommation responsable : 86 % aimeraient vivre demain dans une société où la consommation prend moins de place, comme 57 % pensent qu'il faut complètement revoir notre
modèle économique et sortir du mythe de la croissance infinie. 67 % des Français disent avoir changé certaines de leurs pratiques et 13 % déclarent faire tout leur possible pour réduire l'impact de leur consommation. Le législateur en a pris conscience également puisque la loi contre le gaspillage et pour l'économie circulaire votée en février 2020 a interdit ce genre de manifestation, hors des périodes légales de soldes. Malheureusement, cette disposition est restée pour l'instant sans effet.

Surconsommation
Surconsommation

Or cette course aux bonnes affaires lors du Black Friday est trompeuse : les réductions proposées sont en réalité souvent inférieures à 8% du prix initial sur les appareils électroniques et le gros électroménager comme l'a montrée l'étude de l'UFC Que Choisir en novembre 2018 et confirmée en 2019. Cette étude montre que "la part de produits faisant l'objet d'une vraie promotion à l'occasion du Black Friday est faible : seulement 8,3 % des 31 603 produits suivis ont vu leur prix réellement baisser."


Ensuite, l'ampleur des ristournes est plus que limitée : tous rabais confondus, les prix n'ont baissé que de 7,5 % en moyenne, soit très loin des 50, 60 voire 70 % de réduction mis en avant par les marchands. Créant des besoins artificiels et encourageant un réflexe de consommation pavlovien, cette journée de "super démarques" est aux antipodes de l'urgence sociale et écologique.

Comment consommer de façon responsable ?

Consommer de façon responsable alors que le pouvoir d'achat est en baisse, ce n'est pas consommer à tout prix en se focalisant sur le prix et en cédant à l'illusion d'un prix d'appel qui serait forcément le plus avantageux. Ce n'est pas non plus consommer vite donc consommer mal sous l'effet d'un achat compulsif déclenché par la puissance de la communication des marques et des distributeurs en ligne.

Consommer de façon responsable, c'est encore et toujours s'interroger d'abord sur nos besoins réels :
a-t-on réellement besoin de cet objet ? C'est ensuite s'interroger sur le contenu en ressources naturelles, en conditions de travail, en revenu décent, en dépense énergétique des produits ou des services que l'on souhaite acheter.

Un Européen consomme ainsi en moyenne 61 kg de soja par an de façon indirecte (ou "cachée") par sa consommation de viande, de produits laitiers, ou d'oeufs. Il faut qu'il se rende compte que ces achats contribuent directement à la déforestation massive en Amérique du Sud ou encore en Asie du Sud-Est où l'expansion continue qu'a connue la culture de l'huile de palme présente dans 80 % des produits alimentaires transformés.

Les promotions illusoires, les prix "attractifs", les solutions clés en main masquent le plus souvent des coûts du travail au rabais, un éloignement énergivore entre les lieux de production et ceux de consommation, une surconsommation déraisonnée des ressources naturelles. Cette course à la compression maximale de tous les coûts de la chaîne de valeur est ainsi dangereuse par les effets qu'elle produit en dégâts sociaux et environnementaux souvent irrémédiables. Ces pratiques de l'hyperconsommation nous déresponsabilisent, nous consommateurs, car la réalité sociale et environnementale qui nous lie à l'objet que nous acquérons devient de moins en moins palpable et seul le prix final reste visible.

L'alternative du Green Friday


Mais une alternative existe avec le Green Friday. Nous appelons donc aujourd'hui tous les citoyens qui ont à coeur une consommation plus humaine à prendre conscience du pouvoir de notre acte d'achat. En choisissant un produit durable, réparable, de seconde main, plutôt qu'un produit vendu à un prix manifestement trop bas pour être "juste", nous conservons tout autant notre pouvoir d'achat mais surtout nous préservons davantage les emplois locaux et la planète.

Réparer ou donner plutôt que de jeter, allonger les durées de vie, acheter local, choisir des produits labellisés, autant de bonnes pratiques de consommation responsable qui font une vraie différence. Face à une course au profit trop souvent aveugle, Green Friday entend rappeler que les actions individuelles peuvent avoir un impact décisif sur le collectif et que les changements viendront principalement des choix faits par le consommateur.

Le Green Friday s'est construit sur des valeurs fortes autour d'un engagement et d'actions pour une
consommation, une production et un marketing responsables et respectueux des consommateurs.
Nous sommes convaincus que les entreprises doivent penser et produire "social et environnemental" en intégrant les règles de l'économie circulaire. Choisissons d'apprendre à mieux consommer, à réparer ou réutiliser pendant ce temps du Green Friday et surtout après. Nous nous en porterons beaucoup mieux et la planète aussi.


Par Jean-Paul Raillard, Président de la Fédération ENVIE et du Green Friday