Elle lutte contre la fast-fashion avec le podcast Nouveau modèle

On a discuté avec Chloé Cohen, la voix derrière le podcast qui prône la mode éthique, Nouveau Modèle
On a discuté avec Chloé Cohen, la voix derrière le podcast qui prône la mode éthique, Nouveau Modèle
Le podcast "Nouveau Modèle" interroge les femmes de l'industrie du textile qui veulent changer les choses à leur échelle. Chloé Cohen, sa créatrice, nous parle de sa vision de la mode éthique, nous conseille des marques éco-responsables et abordables, et répond aux questions qui fâchent.
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Chloé Cohen est la journaliste derrière Nouveau Modèle, le podcast qui prône la mode éthique et en rencontre ses "femmes inspirantes, créatrices, entrepreneures, stylistes ou encore mannequins".

Une conversation enregistrée à New York et diffusée un mercredi sur deux, où elle aborde l'engagement, les valeurs et la raison pour laquelle ses invitées se sont lancées dans une production plus responsable.

On a discuté avec Chloé pour en apprendre plus sur cette émission nécessaire qui remet les femmes sur le devant de la scène, savoir vers quelles marques se tourner pour consommer mieux et surtout, si produire une mode éthique est vraiment possible.

Terrafemina : Comment vous est venue l'idée de Nouveau Modèle ?

Chloé Cohen : J'adore la radio et j'ai découvert les podcasts ici aux Etats-Unis. J'en écoute tout le temps, dans les transports, chez moi, cela m'inspire énormément ! Et puis, j'ai toujours aimé la mode, mais ce n'est pas une industrie très reluisante. Quand on commence à y regarder de plus près, entre le non-respect des droits humains et la pollution... c'est très inquiétant !

Notre consommation de vêtements (et pas seulement) a explosé ces dernières années, et forcément, cela a des conséquences négatives sur la population et la planète. Sauf que c'est difficile de voir la mode sous cet angle négatif : cela fait rêver, et puis cela doit rester un plaisir, mais on ne peut pas non plus faire comme si cela n'avait aucun impact.

En discutant avec mes proches, je me suis rendu compte qu'il y avait un manque de prise de conscience sans doute lié à un manque d'information : les gens qui achètent des vêtements en polyester ne savent pas qu'en les lavant, les micro-particules de plastique se détachent et se retrouvent dans nos océans. Alors, je me suis demandée quel serait le meilleur moyen de communiquer sur ce sujet de façon simple. J'ai tout de suite pensé au podcast !

Pensez-vous que la mode éthique gagne du terrain ?

C.C. : Oui, j'en suis convaincue ! Déjà, on le voit avec toutes les nouvelles marques qui se créent et qui proposent des alternatives éthiques à la fast-fashion. C'est sûr, quand on pense à la pollution, on ne pense pas forcément à la mode.

Mais beaucoup de gens ont au moins une fois entendu parler du Rana Plaza (l'effondrement dramatique d'un immeuble au Bangladesh, où 1138 travailleurs·ses du textile ont trouvé la mort, ndlr) et de The True Cost, un documentaire incroyable que je ne peux que conseiller. Le vintage aussi, gagne du terrain, et c'est génial, car c'est la meilleure façon de consommer responsable !

Bande-annonce, The True Cost

Même quand les matériaux sont bio et les artisan·nes respecté·es, le transport vient noircir le tableau environnemental. La mode peut-elle réellement être éthique ?

C.C. : La marque parfaite n'existe pas. Je veux vraiment insister là-dessus car il ne faut pas culpabiliser le consommateur sinon il va se décourager. Et puis, il faut aussi trouver sa définition de la mode éthique et se demander les critères qu'on souhaite privilégier : les droits humains, la pollution ou même les droits des animaux. Tout le monde ne mettra pas tous ces critères sur le même pied d'égalité.

Evidemment les transports, c'est polluant, on ne peut pas dire le contraire, mais malheureusement on n'a pas encore trouvé de solutions alternatives, et c'est vrai pour tous les biens de consommation. On peut privilégier certaines marques qui fabriquent tout en France, ce qui permet de limiter l'empreinte carbone, ou une marque comme Balzac Paris qui utilise le transport en camion plutôt qu'en avion...

Mais de toutes façons, la vraie solution pour une mode éthique c'est d'acheter moins, tout simplement.

Quelles sont vos marques fétiches et abordables respectueuses de l'environnement ?

C.C. : Ohlala j'en ai plein... Mais si je devais choisir, je dirais d'abord People Tree, une marque anglaise créée par Safia Minney. Patine Paris ensuite, j'adore leur univers et leur pull en coton bio et recyclé, c'est génial. Il y a Patagonia aussi, pour le sport et Veja, pour les baskets. Des classiques !

Mais c'est une question intéressante, le mot "abordable" revient beaucoup. On me dit souvent "la mode éthique, c'est cher". Oui c'est vrai, c'est plus cher, mais payer les ouvriers et ouvrières convenablement ça a un prix, et finalement en achetant un seul t-shirt au lieu de 15, on s'y retrouve. Après, encore une fois, tout le monde n'a pas les moyens. Quand on a des enfants qui grandissent à vue d'oeil on a besoin d'acheter 15 t-shirts, et dans ce cas les friperies sont une bonne alternative.

Une rencontre sur Nouveau Modèle qui vous a particulièrement marquée ?

C.C. : Sans tomber dans le cliché, toutes mes invitées m'ont marquée. Elles ont toutes une histoire à raconter, toutes un projet super intéressant et des valeurs inspirantes. Mais je vais quand même répondre à la question.

Marie Douat, la créatrice de la marque de chemises sur mesure Dou.K m'a bouleversée. C'est une grande féministe, comme moi, qui veut démocratiser la chemise sur mesure pour les femmes (toutes les féministes défendent probablement une mode responsable d'ailleurs, car n'oublions pas que les premières victimes de cette industrie sont des femmes, des ouvrières payées une misère, exploitées, et leurs droits sont aussi important que les nôtres).

Son projet de robes entièrement fabriquées en Inde avec une partie des bénéfices reversée à un orphelinat de filles sur place, son amour pour les océans, tous ses projets sont tellement inspirants !

Nouveau Modèle, par Chloé Cohen, diffusé un mercredi sur deux.