Pourquoi nous sommes tous concernés par l'éco-anxiété

Le changement climatique est source d'anxiété. Getty Images.
Le changement climatique est source d'anxiété. Getty Images.
L'éco-anxiété n'est pas juste un truc "dans le vent", c'est un souci collectif qui ne doit pas être pris à la légère.
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Vous êtes nombreux et nombreuses à avouer en souffrir. Mais qu'est-ce que l'éco-anxiété ? En deux mots : un mal-être causé par l'état alarmant de notre planète. Etre éco-anxieux, c'est être affecté·e par cette prise de conscience de plus en plus aiguë du changement climatique. Loin des vieux adages balancés en l'air façon "la planète est en train de mourir", cette anxiété-là est un état de lucidité qui accable notre santé mentale. On lui attribue encore le joli nom de "solastalgie", de "climatopsychopathologie" ou de "dépression verte". Susceptible de provoquer des élans dépressifs, elle a autant trait au recyclage des déchets et au consumérisme inconscient qu'au fait d'avoir des enfants.

Surtout, cette détresse "éco-psychologique" n'est pas simplement causée par la fonte des glaces et la pollution de l'air mais éclot de cette grande question : que peut-on faire pour lutter contre ? Comment agir afin d'améliorer les choses ? Des interrogations qui peuvent obséder au point d'engendrer "une sorte de crise existentielle", explique la psychothérapeute Elizabeth Earnshaw à Glamour. Ainsi les membres du mouvement écologiste Birthstrike ont-ils décidé de ne plus procréer. De là à y voir le mal-être d'une génération trop mélancolique, il n'y a qu'un pas que Le Journal de Montréal franchit en parlant de "Génération surangoissée". Un jugement trop réducteur, peut être.

Pas juste un truc de millenials

"Nous devons être sérieusement préoccupés pour nous-mêmes et les générations futures", affirme de son côté le professeur Hayley Fowler de l'Université de Newcastle, spécialiste des impacts du changement climatique. Car c'est bien de cela dont s'agit. Loin d'être un spleen pour jeunes individualistes, l'éco-anxiété est une forme d'empathie collective. L'angoisse est simplement une façon d'exprimer l'attention que l'on porte au sort de ceux qui vont suivre. Que va-t-on leur laisser ?

"Au quotidien, nous sentons le poids de la responsabilité. Entendre parler du réchauffement climatique aux infos exacerbe une certaine pression quand il s'agit de prendre les choses en main", analyse en ce sens la blogueuse Lana Suhova, militante écologiste de seize printemps. Sous le stress climatique s'immisce la culpabilité. Ajoutez à cela l'absence de grandes décisions émanant des plus hauts placés - dirigeant·es et industries - et la frustration n'en sera que plus grande.

Mais rassurons-nous un instant, cette anxiété n'est pas pour autant une fatalité. Bien souvent, le catastrophisme laisse la place à l'action, causée par la colère, la frustration et l'indignation. L'on pense évidemment aux marches ultra-fédératrices des jeunes militantes Greta Thunberg - et son mouvement Youth Strike for Climate - ou Anuna de Wever, mais aussi à la résonance des mouvements activistes comme Extinction Rebellion. C'est la crise écologique, et la nécessité de la positionner au coeur des combats, qui relie entre elles ces figures très diversifiées. Loin d'être une cause perdue, l'éco-anxiété s'affirme déjà comme la source des élans politiques d'aujourd'hui.

Mais c'est aussi au plus humble niveau que cet engagement s'exprime. En changeant ses habitudes de consommation (culinaires, vestimentaires), en réduisant ses émissions de carbone, en privilégiant la biodiversité et tous ces "petits gestes" qui font beaucoup. Ou encore (pourquoi pas ?) en investissant un groupe de sensibilisation au changement climatique, ou toute autre forme d'initiative locale. L'idéal pour ne pas s'isoler dans son angoisse personnel. Et surtout, pour rester informé·e. Car comme l'indique CNN, "le monstre sous votre lit est effrayant car vous ne le regardez pas". De l'importance de rester clairvoyant·e donc, même si l'on préférait fermer les yeux. Le faire serait ignorer que, si ce qu'on lui fait subir peut engendrer l'inquiétude, la Nature reste une salutaire source d'épanouissement. Il suffit de prendre le temps de se reconnecter à elle.