Une nouvelle appli pour les femmes victimes de harcèlement : une bonne idée ?

Umay, une nouvelle application contre le harcèlement de rue
Umay, une nouvelle application contre le harcèlement de rue
Le ministère de l'Intérieur s'associe avec l'application Umay pour lutter contre le harcèlement de rue. Parmi les fonctionnalités : une cartographie des lieux sûrs et des boutons de signalement. Un dispositif efficace ?
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Comment mieux protéger les femmes dans la rue et lutter contre le sentiment d'insécurité ? Alors qu'une femme sur trois a été victime d'au moins une situation de harcèlement sexuel dans un lieu public depuis le début de la pandémie, le ministère de l'Intérieur dégaine un nouvel outil.

Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté, signe dès ce jeudi 10 février une convention avec l'application mobile Umay (anciennement baptisée "Garde du corps") en partenariat avec la chaîne Monoprix. Objectif ? Répertorier les "safe places" qui pourront faire office de refuge aux femmes harcelées et agressées.

Comme l'indique le JDD, la fondatrice de cette appli, Pauline Vanderquand, avait d'abord testé son outil en 2019 dans sa ville d'Aix-en-Provence avant de l'étendre à tout le territoire en 2020. Elle revendique aujourd'hui 40 000 téléchargements depuis son lancement et 15 000 utilisatrices et utilisateurs actifs. Umay propose une cartographie des "contacts de confiance", parmi lesquels des commerces, des bars, des buralistes, des pharmacies et des restaurants. Le réseau d'Umay s'est par la suite étendu aux gendarmeries (l'appli en recense 3 200) et aux collectivités territoriales.

Au total, l'appli recense 4 700 lieux-refuges auxquels s'ajouteront 600 commissariats d'ici à l'été. 700 magasins du groupe Monoprix (Monoprix, Monop', Sarenza et Naturalia) présents dans 250 villes viendront également étendre ce maillage territorial. Les personnels des enseignes seront formés par les équipes d'Umay et bénéficieront d'outils fournis par le ministère afin de porter secours et d'orienter les femmes qui en auraient besoin.

Autres fonctionnalités de cette appli : la possibilité de partager ses trajets avec des proches en temps réel afin d'être immédiatement de localisée si besoin. Mais aussi "la possibilité d'effectuer un signalement anonyme dans différentes situations : 'sentiment d'insécurité, de harcèlement, d'agression, d'agression sexuelles mais aussi de violences conjugales'", note le JDD. Des données précieuses qui permettraient aux forces de l'ordre d'ajuster leurs stratégies au plus près du terrain (Umay évoque 100 à 150 signalements par semaine pour le moment).

Pour Marlène Schiappa, ce partenariat serait une "révolution" dans la lutte contre le harcèlement de rue. "Je veux que les femmes soient en sécurité dans l'espace public. Nous devons pouvoir sortir sans nous demander si notre tenue nous sera reprochée, sans avoir peur dans tel quartier, sans éviter de prendre le métro ou de faire du jogging, par crainte d'être suivie. Nous sommes ainsi le premier pays au monde à verbaliser le harcèlement de rue depuis la loi du 3 août 2018 que j'ai portée. Cette mobilisation pour la sécurité des femmes avec l'appli Umay est un pas de plus", s'est réjouie la ministre.

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"On ne met pas un pansement sur une plaie béante"

Mais ce nouvel outil sera-t-il efficace ? "Il est important pour les femmes victimes de harcèlement de rue ou d'agression de pouvoir alerter rapidement les forces de l'ordre et de trouver un lieu où se réfugier", note Pauline Baron, coordinatrice du collectif féministe #NousToutes, contactée par Terrafemina. "C'est une bonne idée, mais il y a des conditions pour que ce soit bien appliqué et véritablement utile. On nous indique qu'il y aurait une formation et une mise à disposition d'outils auprès des personnels des magasins Monoprix pour prendre en charge les victimes. Il faudra que ce soit vraiment le cas", tempère-t-elle.

Selon elle, le dispositif Angela mis en place après le premier confinement et qui devait permettre aux femmes d'alerter les bars en cas de danger "n'a pas été un moyen très efficace" de lutter contre les violences sexistes et sexuelles faute de formation, comme l'ont révélé les témoignages éloquents recueillis par #Balancetonbar.

De la même façon, "on ne cesse de répéter que si les policiers et gendarmes ne sont pas formés à l'accueil d'une femme victime de violence, on arrivera toujours à une mauvaise prise en charge", souligne la coordinatrice de #NousToutes.

Une allusion au mouvement #DoublePeine né en 2021 qui avait mis en lumière de très nombreux témoignages de femmes racontant les défaillances de l'accueil des victimes au sein des commissariats et des gendarmeries. "Il y a encore de gros problèmes dans la façon dont sont traitées, perçues, accueillies les femmes qui alertent les policiers ou les gendarmes sur les violences sexistes et sexuelles ou vont porter plainte", rappelle Pauline Baron.

Pour la militante féministe, une simple application ne suffira pas à endiguer un fléau systémique. "Cela ne fonctionnera pas si l'on reste sur une politique de répression. Il faudrait passer à un objectif de prévention, auprès des enfants notamment. On le voit dans les récentes enquêtes qui montrent la perception que les jeunes hommes ont du viol. Il faut déboulonner cette construction dès le plus jeune âge afin d'éviter qu'elle ne se reproduise à l'infini. On ne met pas un pansement sur une plaie béante. Cela aide, mais ça n'empêchera pas de saigner."