Les vertus trop méconnues des journées plus courtes

Quand les journées passent trop vite, se sent-on vraiment moins bien ?
Quand les journées passent trop vite, se sent-on vraiment moins bien ?
Loin de faire de nous de simple marmottes bêtement frigorifiées, l'hiver brasse avec lui son lot de vertus trop mésestimées. Et à ce titre, les journées trop courtes que la saison nous impose ne sont pas sans bénéfices, si si. On vous explique pourquoi.
A lire aussi

Le temps qui se refroidit, la nuit qui tombe vite, trop vite, et le moral avec elle... L'hiver a toujours été synonyme de blues, et pas simplement pour ses températures glaciales. Le fait de dire adieu au soleil dès 17h30 a de quoi déprimer l'âme la plus enjouée. C'est normal, puisque la lumière participe au beau fixe de notre moral.

Et pourtant, malgré ces appréhensions, l'on aurait tort d'envoyer trop vite valdinguer ces journées-là, qui semblent aussi courtes que les nuits semblent longues (surtout au temps du couvre-feu). Car si les journées d'été semblent à l'inverse s'éterniser, nous plongeant dans des abîmes de torpeur pas vraiment plus enthousiasmantes en vérité, les jours les plus courts mettent quant à eux l'accent sur l'efficacité, le dynamisme, la rigueur.

Est-ce à dire que les journées (trop) courtes seraient forcément gage de motivation et de feel good ? Faudrait-il les réhabiliter malgré leur très mauvaise réputation ? Une question de saisons que l'on est en droit de se poser.

Se reconcentrer sur l'essentiel

Les journées raccourcies de la période hivernale ont bien des vertus.
Les journées raccourcies de la période hivernale ont bien des vertus.

Bien des voix curieuses se sont d'ailleurs interrogées avant nous. C'est le cas du côté du site Next Avenue. Pour l'autrice Akiko Busch, qui s'est beaucoup intéressée à l'impact de notre environnement sur notre esprit, une journée raccourcie est une invitation à une plus profonde introspection. "Cela nous permet de nous promener à l'intérieur de nous-mêmes, de peaufiner la mécanique de nos propres êtres avant que la lumière ne revienne et que nous sortions à nouveau", poétise-t-elle. C'est finement dit.

En quelque sorte, les journées d'hiver peuvent donc être envisagées comme des périodes de transition. Des parenthèses enchantées, qui malmènent le temps afin de nous inciter à nous recentrer sur les choses essentielles. Car ces jours brefs font plus office de respirations que de longs marathons.

Nous profitons du peu d'heures de luminosité qui nous sont accordées pour mieux organiser notre emploi du temps, prioriser certaines tâches à certaines heures – les moins nocturnes et glaciales. C'est comme si notre environnement tout entier nous poussait aux fesses afin de classifier les petites choses de notre quotidien.

Un mot d'ordre émergeant ? La planification. Or, planifier à l'avance permet d'éviter la noyade quand votre quotidien semble lentement mais sûrement vous y condamner. Et ce, qu'il s'agisse de projets personnels ou bien de démarches plus professionnelles. Mais quand le temps est raccourci, la planification se fait par défaut, naturellement. Un modus operandi qui nous permet de prendre un peu de recul sur nos priorités et la consistance des lendemains qui chantent – oui oui, même en pleine pandémie.

De quoi mettre à profit cet adage anglophone bien connu : "less is more". Moins (d'heures), c'est plus.

Les bénéficies trop méconnus des journées trop courtes.
Les bénéficies trop méconnus des journées trop courtes.

L'anti "summertime sadness"

Ce regain de motivation peut être interprété comme la réponse bienvenue à un phénomène courant : le blues estival. Cette dépression estivale qu'a si bien chantée Lana Del Rey (Summertime Sadness) n'est pas simplement un standard pop, c'est une réalité. Chaleur étouffante, journées épuisantes, heures défilant au compte-goutte, le tout empaqueté dans une forme de léthargie globale... Nombreuses sont les caractéristiques de l'été à susciter chez certaines et certains une profonde déprime, voire même, une dépression.

Ce spleen a été scientifiquement démontré. Il porte le nom de trouble affectif saisonnier (ou TAS), autrement dit la "dépression de la saison", fortement associé à l'hiver, puisqu'aux effets d'une exposition très faible à la lumière du soleil. Pour autant, qui dit journées plus courtes ne dit pas forcément santé mentale ou physique en berne. Il existe de nombreuses façons de lutter contrer ce trouble : faire du sport chez soi, inviter des amis, manger sainement à des heures régulières... Et, pourquoi pas, se coucher plus tôt. Car s'autoriser davantage d'heures de sommeil est un projet beaucoup plus simple quand la nuit tombe très vite.

Une nuit que beaucoup appréhendent mais qu'Akiko Busch envisage avec un maximum de sérénité : dans son éloge, l'autrice parle même de "la face lumineuse de l'obscurité". Et va jusqu'à citer la designeuse et spécialiste en psychologie environnementale Linnaea Tillett : "La nuit et les ombres sont importantes pour nous en tant qu'espèce. Oui, la lumière est un stimulant - c'est ce que nous voyons, ce que nous ressentons. Mais l'obscurité nous permet d'explorer d'autres aspects de nos sens. Et les journées d'hiver nous y encouragent".

Journées plus courtes, oui, mais multisensorielles. Et donc prometteuses à souhait, à condition bien sûr de dépasser quelque peu notre propre confort de pensée, un bon gros pull sur les épaules.