Comment garantir l'accès à l'IVG pendant la crise du Covid ?

Comment garantir l'IVG pendant le coronavirus ?
Comment garantir l'IVG pendant le coronavirus ?
On le sait désormais, la crise sanitaire actuelle met à mal les droits fondamentaux des femmes. Et notamment l'accès à l'avortement. C'est pour cela qu'aujourd'hui, le Haut Conseil à l'Egalité a décidé de tirer la sonnette d'alarme.
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"L'interruption volontaire de grossesse ne peut pas être repoussée. Les patientes ne peuvent pas attendre jusqu'à une date indéterminée. Elle doit être rendue accessible à tout moment", avait prévenu l'ancien médecin généraliste et romancier Martin Winckler. A juste titre. Au temps du coronavirus, on s'inquiète effectivement pour le respect des droits des femmes, et notamment pour l'accès, fondamental, à l'avortement.

En cette période d'hôpitaux encombrés et de personnel soignant débordé, des rendez-vous avec des patientes sont repoussés, des délais légaux dépassés, des soins toujours priorisés. Or, "les avortements ne peuvent pas attendre !", rappelle le Collectif des Droits des Femmes. Et c'est sur ce point qu'insiste aujourd'hui le Haut Conseil à l'Egalité. Dans un communiqué, l'instance nationale consultative remet les pendules à l'heure : l'accès à l'IVG doit être garanti à toutes les femmes. Sécurité et accessibilité exigent d'être préservées à tout prix.

Et ce dans le but de protéger "ce droit si crucial pour des milliers de femmes [qui peuvent] faire les choix qui concernent leur corps". Une salutaire piqûre de rappel à l'heure de la crise sanitaire.

Un droit fondamental malmené

Mais tous les gouvernements ne sont pas sur la même longueur d'ondes. C'est d'ailleurs ce que fustige le Haut Conseil : les mesures restrictives et oppressives observées en Pologne, en Hongrie, en Russie, mais également dans certains Etats de la société américaine. Rappelons par exemple qu'en ces temps de pandémie, certains gouverneurs "pro-vie" du Sud des Etats-Unis ne se privent pas de restreindre l'accès à l'IVG.

En France au contraire, les professionnels de la santé sont mobilisés, insiste le Haut Conseil à l'Egalité. Et pourtant, des problématiques demeurent. "Pénurie" de médecins pratiquant l'IVG, encombrement de lignes spécialisées (le numéro vert "Sexualités, contraception, IVG" du Planning familial aurait ainsi vu son taux d'appels augmenter de 50% en quelques semaines), appréhensions intenses des principales concernées - notamment liées aux risques de contamination. Et ce dans une situation d'isolement généralisé qui ne profite guère aux femmes : depuis le début du confinement, les violences domestiques n'ont eu de cesse d'augmenter. De quoi inspirer la détresse.

Que faire alors pour combler ces insuffisances ? Les réponses du HCE, appuyées par les décisions de la Haute autorité de santé, viennent le préciser. Il convient de préserver les IVG médicamenteuses à domicile tout d'abord. Repenser les délais légaux d'avortement bien sûr - en autorisant de telles IVG jusqu'à la septième semaine de grossesse par exemple. Et surtout, en ces temps de déplacements restreints, proposer aux patientes des IVG médicamenteuses par télémédecine également - c'est-à-dire, des interventions par téléconsultation.

Mais aussi, revoir et faciliter l'accès aux avortements sous anesthésie locale. Idéal pour préserver ce "droit fondamental" à l'heure où cette pratique est "particulièrement difficile", précise le collectif Nous Toutes.

 

 

Mais malgré cette prise de conscience nécessaire, le Haut Conseil à l'Egalité note "quatre améliorations" demeurant possibles pendant la durée du confinement "pour garantir l'effectivité de l'accès aux droits" : allonger d'au moins deux semaines les délais d'accès à l'IVG chirurgicale par exemple, en le portant à 14 semaines de grossesse au lieu de 12. Supprimer le délai de 48 heures imposé aux mineures entre la première consultation et l'IVG également. S'adapter à ce contexte de confinement, enfin, où discrétion, sécurité et santé se voient mises à mal. Cette question des délais est primordiale : on pense à la situation de toutes celles qui, se retrouvant hors-délai légal, se rendent d'ordinaire en Espagne ou aux Pays-Bas mais qui, fermeture des frontières oblige, ne le peuvent aujourd'hui plus.

Une impossibilité qui pourrait susciter une dangereuse recrudescence des avortements clandestins, prévenait le mois dernier l'ancienne ministre des droits des femmes Laurence Rossignol. Une inquiétude largement partagée. C'est encore pour cela, précise le HCE, qu'il faut informer, toujours plus, accroître la mobilisation des professionnels de la santé, mais aussi réfléchir à l'éventuelle pérennisation de ces dispositifs dits "exceptionnels". Et ce pour mieux tendre - on l'espère - vers ce que le Haut Conseil a directement érigé en intitulé : "Le monde, demain".