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"Vous n'avez jamais été enceinte" : la porte-parole Jen Psaki clashe un journaliste sur l'IVG
Publié le 3 septembre 2021 à 15:58
La porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a répliqué de manière magistrale lorsque le journaliste d'un média catholique l'a interrogée sur le droit à l'avortement. On applaudit.
La porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki La porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki

La réponse fut cinglante, le propos merveilleusement affûté. Alors que la Cour suprême a refusé de bloquer cette semaine une loi de l'Etat du Texas interdisant la quasi-totalité des avortements, la question de l'IVG s'est invitée au sein même de la Maison Blanche. Ainsi, lors d'une traditionnelle séance de questions-réponses en salle de presse, un journaliste de la chaîne catholique EWTN a osé : "Pourquoi le président soutient-il l'avortement alors que sa propre foi catholique enseigne que l'avortement est moralement répréhensible ?"

Jen Psaki, la porte-parole de la Maison Blanche, lui a alors répondu stoïquement : "Il pense que ce droit revient à la femme, qu'il s'agit de son corps, que c'est son choix."

Mais le journaliste n'en a pas démordu : "Selon le président Biden, qui devrait veiller sur l'enfant à naître ?"

Le ton de Jen Psaki s'est fait plus cassant : "Il pense qu'il appartient à une femme de prendre ces décisions et à une femme de prendre ces décisions avec son médecin", a-t-elle répliqué, avant d'ajouter : "Je sais que vous n'avez jamais fait face à ces choix, et que vous n'avez jamais été enceinte, mais pour les femmes qui ont fait face à ces choix, c'est une chose incroyablement difficile. Le président estime que leurs droits doivent être respectés." Et de clore ainsi magistralement ce faux débat.

Un magnifique uppercut qui rappelle que le corps d'une femme n'appartient pas aux hommes. Qu'ils n'ont ni à juger de leurs choix, ni à régir leurs droits reproductifs, ni à vouloir contrôler leur utérus au risque même de les mettre en danger.

Un coup d'arrêt historique

C'est pourtant ce qu'a réussi à faire le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott, en signant en mai dernier l'une des loi anti-IVG les plus répressives du pays. Ce texte interdit tout avortement une fois les battements de coeur de l'embryon détectés, période qui se situerait aux alentours de six semaines, alors même que de nombreuses femmes ignorent encore qu'elles sont enceintes à ce stade-là. Or, selon les données du Planning familial américain, plus de 85% des femmes avorteraient après ces fameuses six semaines.

Aucune exception en cas de viol ou d'inceste n'est prévue dans cette loi. Et comble de l'ignominie : ce texte prévoit une prime de 10 000 dollars à celles et ceux qui dénonceraient les contrevenants.

Alors que ce "Texas Heartbeat Act" est entré en vigueur mercredi (1er septembre), la Cour suprême, qui avait été saisie en urgence, ne l'a pas bloqué pour des "questions de procédures complexes et nouvelles". Le cauchemar tant redouté suite au décès de la juge féministe Ruth Bader Ginsburg, remplacée fin 2020 par la "pro-life" Amy Coney Barrett, devient ainsi réalité. Et la plus haute autorité judiciaire américaine, aujourd'hui majoritairement conservatrice, vient de porter un sévère coup aux droits des femmes, 48 ans après l'arrêt historique "Roe v. Wade" légalisant l'avortement aux Etats-Unis.

A l'annonce de cette décision inouïe, Joe Biden a dénoncé "une attaque sans précédent pour les droits constitutionnels des femmes". Face à cette "insulte de l'état de droit", le président démocrate a promis "une réponse immédiate" de son gouvernement, assurant que "des mesures pour assurer que les femmes du Texas aient accès à des avortements en toute sécurité et légalité" seraient trouvées.

En attendant, la lutte pour la défense du droit à l'avortement se fera aussi dans la rue, puisque de nombreuses organisations féministes américaines se sont d'ores et déjà mises en ordre en bataille. La Women's March, par exemple, a appelé à marcher dans "tous les Etats" le 2 octobre prochain pour protester contre cette loi ultra-répressive. Le combat ne fait que commencer.

Par Catherine Rochon | Rédactrice en chef
Rédactrice en chef de Terrafemina depuis fin 2014, Catherine Rochon scrute constructions et déconstructions d’un monde post-#MeToo et tend son dictaphone aux voix inspirantes d’une époque mouvante.
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