Société
Pourquoi la disparition de Ruth Bader Ginsburg fait peser une grande menace sur les femmes
Publié le 21 septembre 2020 à 12:31
Par Clément Arbrun | Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
La mort de la juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, ce vendredi 18 septembre, a provoqué un profond émoi au sein de la scène politique et médiatique. Une personnalité emblématique qui laisse derrière elle de nombreux combats. Et dont la disparition laisse présager le pire.
Le mythe "RBG" perdure dans les rues. Le mythe "RBG" perdure dans les rues.© Abaca
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Une grande dame nous quitte. La juge de la Cour suprême Ruth Bader Ginsburg, ou "RBG" pour les intimes, était un visage familier du peuple américain et un modèle pour toutes celles et ceux qui militent pour le respect des droits des femmes et des minorités. Ce 18 septembre, elle est décédée à l'âge de 87 ans des suites d'un cancer du pancréas. Pour bien des voix, la juriste américaine progressiste, et deuxième femme de l'Histoire des Etats-Unis à siéger au sein de la Cour suprême, était, plus qu'une doyenne en son domaine, une icône féministe.

Les raisons ? Son obstination bien sûr (durant les années 50, elle fut l'une des rares femmes à intégrer la Harvard Law School, prestigieuse fac de droit, avant d'affronter le sexisme du milieu juridique) et les valeurs qu'elle portait sur elle dès sa carrière de juge dans les années 70 : Ruth Bader Ginsburg s'est impliquée contre les discriminations sexistes (au sein du milieu militaire par exemple), pour l'égalité des sexes, le droit à l'avortement, la protection de l'environnement et l'égalité salariale. La hantise des voix conservatrices.

Celle qui fut nommée à la Cour suprême par Bill Clinton en 1993 n'a jamais cessé de combattre pour une société plus juste et égalitaire. Mais aujourd'hui et à quelques mois des prochaines élections présidentielles, sa disparition suscite l'inquiétude - surtout quand l'on zieute le CV de sa potentielle remplaçante. Doit-on s'attendre à une marche en arrière ?

Vers un virage conservateur ?
Elizabeth Warren honore la mémoire de la juge "RBG". © Abaca

C'est tout du moins ce que craint le journal Libération, pour qui "toute l'oeuvre de RBG serait menacée". Son oeuvre, c'est-à-dire son implication contre la peine de mort, pour le droit à l'IVG et l'intégrité des minorités sexuelles notamment. Car ce sont maintenant cinq juges républicains contre trois démocrates qui siègent à la Cour. Et possiblement bientôt six juges conservateurs, faisant pencher sérieusement la balance vers la droite. La potentielle remplaçante et favorite de Donald Trump ? Amy Coney Barrett, fervente chrétienne anti-avortement qui (n'en jetez plus) goûte peu aux droits des familles homoparentales. Peu de combats progressistes en vue donc.

Au contraire, l'idée serait plutôt de plaire à une certaine frange de l'électorat républicain, tendance droite religieuse et (ultra)-conservatrice. Dans la "tête de liste" du leader, on trouve d'ailleurs le nom de Ted Cruz, sénateur texan réputé pour son puritanisme. La question, elle, n'est donc plus "Que peut-on encore espérer ?" mais plutôt "Que va-t-on perdre ?". Les lendemains risquent de déchanter.

C'est ce qu'explique Alexis McGill Johnson, militante féministe et présidente du planning familial américain, l'organisation Planned Parenthood, comme le relate la Tribune de Genève : "Aujourd'hui nous honorons l'héritage de la juge Ruth Bader Ginsburg, mais demain nous allons devoir nous battre pour préserver les idéaux qu'elle a défendus toute sa vie".

Ce "demain" n'est pas qu'une façon de parler. Outre-Atlantique, le débat fait rage quant à la date de nomination du ou de la future juge de la Cour suprême qui remplacera Ruth Bader Ginsburg. Alors que le président Donald Trump se dit prêt à s'en assurer au plus vite, les voix démocrates en appellent à retarder cette décision jusqu'aux prochaines élections présidentielles le 3 novembre prochain, quitte à faire pression sur les Républicains et les électeurs. En tête de file, la sénatrice Elizabeth Warren annonce même "une bataille [qui ne fait] que commencer", bataille que supporte ouvertement le candidat démocrate Joe Biden, rival de Donald Trump. "Si le président Trump persiste à donner un nom, le Sénat ne doit pas agir avant que les Américains aient pu choisir leur prochain président et leur prochain Congrès", a-t-il déclaré.

Pour Shaunna Thomas, à la tête du collectif féministe UltraViolet, ce sont "de dures journées qui s'annoncent" aux Etats-Unis. Et à en lire l'écrivain et activiste queer James Finn, les personnes LGBTQ "tremblent aujourd'hui de chagrin et de peur" tant cette "championne" se battait pour défendre "les opprimés du monde entier". "Je suis complètement déboussolée... avant que la peur ne s'installe", déplore à l'unisson la chanteuse et démocrate transgenre Danica Roem, pour qui "RBG" était une source d'inspiration "aux yeux d'innombrables femmes et filles, déterminées à se lever et à prendre les choses en main".

Des poings qui risquent de se lever dans les semaines à venir.

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