Les contes de fées remonteraient à la préhistoire

D'après la science, les contes de fées remonteraient à la préhistoire
D'après la science, les contes de fées remonteraient à la préhistoire
Au XIXe siècle déjà, les frères Grimm estimaient que les contes de fées avaient des origines beaucoup plus anciennes qu'on ne le pensait. Longtemps disputée, cette théorie semble pourtant se vérifier grâce à une toute nouvelle étude. Deux chercheurs situent ainsi certains contes comme la Belle et la Bête à la préhistoire.
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A en croire la plupart des spécialistes, les contes de fées les plus anciens trouvent leur origine au XVIe siècle. Mais avec leur récente étude publiée dans le Royal Society Open Science Journal , les chercheurs Sara Graça da Silva (Université de Lisbonne) et Jamshid J. Thehrani (Université de Durham) viennent bousculer les idées reçues. Selon eux, certains contes auraient ainsi commencé à se transmettre oralement entre la fin du néolithique et le début de l'âge de bronze. Pour parvenir à une telle découverte, les deux chercheurs ont employé une méthode peu orthodoxe (et pas nécessairement facile à comprendre). Comme ils l'ont confié à la BBC, ils ont mené une étude génétique des textes. Mais au lieu d'étudier la mutation des gênes comme en biologie, ils se sont intéressés aux relations entre les histoires des populations, les phénomènes culturels, comme les langages, les pratiques du mariage, les institutions politiques, les matériaux culturels et la musique.

Jamshid J. Thehrani explique : "Nous avons utilisé une trousse à outils empruntée à la biologie de l'évolution. On appelle ça une méthode comparative phylogénétique. Elle permet de reconstruire le passé en l'absence d'évidences physiques. Nous avons extrait des informations concernant l'histoire des contes en utilisant des informations qui avaient été préservées grâce au mécanisme de l'héritage. Dans un certain sens, ces informations contenaient leur propre histoire. En comparant les contes du folklore populaire que l'on trouve dans les différentes cultures et en connaissant les relations historiques entre ces mêmes cultures, on peut déduire quelles histoires leurs ancêtres communs auraient racontées".

Les deux chercheurs se sont basés sur la classification Aarne Thompson et plus précisément sur les "Contes merveilleux". Ils ont commencé par étudier 275 contes, puis après avoir analysé les relations entre le langage et les différents folklores, ils ont conclu que sur les 275 contes, 76 avaient de fortes chances de remonter à la préhistoire. Ils ont ensuite dû enregistrer la présence ou l'absence de ces histoires chez 50 peuples de langues indo-européennes (langues transmises à l'Europe et à certains pays d'Asie par un peuple très ancien, actuellement classées en 12 grands groupes, ndlr). Grâce aux études déjà effectuées sur les traditions orales de ces peuples et grâce aux relations phylogénétiques, Sara Graça da Silva et Jamshid J. Thehrani ont découvert que certains contes comme La Belle et la Bête et le Nain Tracassin remontaient à plus de 4 000 ans av. J.-C. L'histoire de Jack et le haricot magique aurait quant à elle commencé à être racontée 5 000 ans av. J.-C au moment où le langage proto-indo-européen s'est scindé entre l'Est et l'Ouest.

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La légende de la discorde

Selon l'étude, l'un des contes les plus anciens est celui du Maréchal-ferrant et du diable, qui trouverait ses origines 6 000 ans av. J.-C., soit à l'âge du bronze. Dans cette histoire, un maréchal-ferrant conclut un pacte avec le diable. En échange de son âme, il obtient des pouvoirs surnaturels, dont la capacité de souder n'importe quels matériaux ensemble. Mais le maréchal-ferrant ne veut pas remplir sa part du marché. Alors il finit par entourlouper le diable en le collant à un objet immuable, comme un arbre.

Les chercheurs estiment que ce conte a de fortes chances de remonter à l'âge du bronze pour une raison très précise : c'est à cette période de la protohistoire que les peuples proto-indo-européens ont découvert la métallurgie. Mais tous les experts ne sont pas d'accord avec ce résultat. Interrogé par Science News, John Lindow, spécialiste des questions du folklore pour l'Université de Californie, estime en effet que le langage proto-indo-européen était bien trop limité pour employer le terme "maréchal-ferrant".

Les contes de Grimm intégrale

Mais Jamshid J. Thehrani fait confiance à ces résultats et se range des frères Grimm, qui dès le XIVe siècle étaient persuadés que les contes et légendes qu'ils collectaient étaient déjà vieux de plusieurs siècle. "Nous trouvons remarquable que ces histoires aient survécu sans avoir été écrites. Elles ont commencé à être racontées avant même l'apparition de l'anglais, du français et de l'italien. Elles ont probablement été racontées dans un langage indo-européen qui s'est éteint depuis. Donc nous nous rangeons du côté des frères Grimm. Certaines de ces histoires sont encore plus vieilles que les tous premiers registres littéraires. Certaines versions apparaissent dans des textes latins et grecs – mais notre étude suggère qu'elles sont encore plus vieilles que ça", a-t-il ainsi expliqué à la BBC.