"Ma mère m'a prévenue que s'il lui arrivait quelque chose, c'était de sa faute." Ce témoignage glaçant est extrait du documentaire d'Envoyé Spécial diffusé le 15 janvier. Intitulé ”Le procès de mon père”, il suit le procès d'un homme jugé pour le meurtre de son épouse survenu en 2022. On y entend le témoignage de sa fille, victime collatérale des violences conjugales dont était victime sa mère. Un témoignage glaçant, mais important, alors que le collectif Nous Toutes a recensé 165 féminicides en 2025 et que Miora, 46 ans, poignardée par son conjoint le 7 janvier, est déjà le 3e féminicide de l'année 2026.
"Elle était traquée tous les jours, tout le temps, raconte la jeune fille au sujet du quotidien de sa mère. Il devait savoir ce qu'elle faisait, à quelle heure précise. Des fois, il lui ressortait un mois avant : "qu'est-ce que tu faisais à cet endroit là ?" Elle devait garder tout le temps les tickets de caisse pour se justifier. À chaque fois que j'étais avec ma mère, il l'appelait, elle me passait le téléphone pour que je lui prouve que j'étais avec elle."
Dans l'enfer de ce quotidien, le pire finit par arriver, et il revient maintenant à la justice de statuer sur la sentence à appliquer. "Les faits se passent très vite, ça ne donne pas l'impression de quelque chose de prémédité", dit le juge à la jeune fille à la barre. "Vous trouvez ? Moi, je trouve que si", rétorque-t-elle calmement. "Quand elle a essayé de s'enfermer dans la chambre, c'était pour le fuir, se souvient-elle. C'est lui qui a ouvert la porte pour qu'elle sorte. Il l'a suivie dans la cuisine, ce n'est pas pour rien. Il criait et ensuite il s'est approché d'elle et il l'a poignardée. Ça s'est passé très vite." La jeune fille raconte avoir tenté de retenir son père, "mais je suis arrivée trop tard", se souvient-elle.
Dans un autre extrait du documentaire publié sur Instagram, l'auteur du féminicide se défend en évoquant un "trou noir". "Non, il était conscient et c'était un acte réfléchi", déclare sa fille au juge qui lui demande ce qu'elle en pense.
Traumatisée et séparée de ses frères depuis ce tragique évènement, cette jeune fille est aussi la preuve que les enfants qui grandissent au milieu des violences conjugales en sont des victimes collatérales. Il est urgent de les protéger et de protéger les femmes, mais on attend toujours qu'Emmanuel Macron mette en application la "grande cause de son quinquennat"...
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