Peut-on être féministe et mère au foyer ?

Peut-on être féministe et mère au foyer ?
Peut-on être féministe et mère au foyer ?
"Peut-on être féministe et mère au foyer ?". A l'occasion de l'Université d'été du féminisme qui s'est tenue cette semaine, Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l'égalité, nous expose comment les notions de féminisme et de parentalité sont perçues dans notre société.
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La seconde journée de la première édition de l'Université d'été du féminisme s'est tenue ce vendredi 14 septembre à la Maison de la Radio. Le matin, la première table ronde était consacrée au sujet "Peut-on être féministe et mère au foyer ?", avec Leslie Sowascki de Parolesdemaman.com, Muriel Ighmouracène de Coworkcrèche, et Olga Trostiansky, présidente du Laboratoire de l'égalité.

Quinze minutes de débat au cours desquelles les trois intervenantes ont abordé les choix de vie des femmes, le combat féministe, le congé parental, l'autonomie financière, la réinsertion professionnelle.... Nous avons demandé à Olga Trostiansky d'analyser les thématiques abordées lors de cette table ronde et de nous livrer sa vision de la mère au foyer au sein de la société.

Terrafemina : Que pensez-vous de l'intitulé de la table ronde "Peut-on être féministe et mère au foyer" ?

Olga Trostiansky : "C'est un sujet que je trouve très intéressant. Ma mère était féministe et mère au foyer. Je connais d'autres femmes dans le même cas. Et il y a beaucoup de choses à dire là-dessus à commencer par le fait, et c'est ce que nous évoquions ce matin, que "mère au foyer" n'est pas un statut mais une tranche de vie, c'est souvent temporaire. Une femme s'arrête de travailler un temps parce qu'elle vient d'avoir un enfant, puis recommence à travailler quand elle le peut.

C'est un sujet d'autant plus intéressant qu'il contient beaucoup de paradoxes. Par exemple, celui des femmes qui travaillent de chez elles mais qui sont aussi maman. Ce n'est pas la définition exacte que l'on a d'une femme au foyer, mais d'un autre côté on a des femmes qui veulent à la fois passer du temps avec leur enfant et dont l'opportunité professionnelle leur permet de travailler à domicile.

Il y a aussi les femmes qui ne travaillent pas mais qui s'investissent beaucoup à l'extérieur et dont on parle peu : dans les associations, dans les écoles... Elles aussi sont importantes et on ne peut pas les reléguer au simple statut de "mère au foyer".

Le féminisme est-il une question d'indépendance financière ?

O.T: Pour moi, c'est le b.a-ba. Je pense qu'au sein du couple, une femme doit vraiment penser à son autonomie financière. Elle doit faire la part des choses et réfléchir à ses choix de vie, à ce que le fait d'arrêter de travailler va impliquer pour sa vie, pour sa liberté. C'est vital pour les femmes qui sont victimes de violences de la part de leur conjoint et sont prisonnières car sans autonomie financière, mais c'est aussi très important pour toutes les autres, même celles qui ne subissent pas de violences.

C'est également important pour l'enfant, qui doit apprendre que pour vivre librement, il faut travailler. Il faut qu'il le voit à travers ses parents, et pas uniquement avec l'image du père. Il est essentiel d'avoir toutes les cartes en main pour partir en cas de séparation. Ce n'est pas parce qu'on reste à la maison qu'on n'existe pas.

Heureusement, un grand nombre de femmes a aujourd'hui compris l'importance d'avoir son propre compte en banque, de gérer sa vie personnelle, sa réinsertion professionnelle, ses impôts, ses propres apports financiers etc.

Ce matin, vous avez parlé de parentalité partagée...

O.T : Oui, et cela passe bien sûr par un congé paternité plus long. La femme est chez elle avant et après l'accouchement, ce qui l'éloigne du statut de la femme qui travaille. Je pense que cette notion est très culturelle : elle peut être subie, comme c'était le cas de ma mère qui a élevé 5 enfants, avec un père qui considérait que c'était normal que la mère reste à la maison. Dans des grandes villes comme Paris, dire qu'on est mère au foyer est plutôt mal vu, mais ça l'est moins dans les autres villes de France.

Aujourd'hui, les couples sont confrontés à des contraintes économiques, celles de la crèche notamment : place difficile à obtenir, coût élevé... Dans ce genre de situation c'est souvent, comme par hasard, l'homme qui gagne un peu plus d'argent qui va continuer à travailler et la femme qui va rester à la maison.

 

L'éducation est-elle la solution pour parvenir à long terme à cette notion de parentalité partagée ?

O.T : C'est pour moi l'un des sujets prioritaires en France. J'espère que Monsieur Macron et Madame Schiappa feront de l'égalité des genres une grande cause nationale. Il faut qu'un programme d'éducation soit enseigné de la crèche à l'université.

Il y a plein de choses à faire : des ateliers où l'on instruit les enfants sur l'égalité des genres, à la fois avec les parents et les professeurs. J'insiste sur l'importance de respecter ce schéma enfant-parent-prof. L'éducation se fait autant à la maison qu'à l'école.

Il ne s'agit pas forcément de censurer tous les livres qui représentent des stéréoptypes genrés type "maman fait la cuisine pendant que papa lit le journal" mais plutôt de questionner l'enfant après avoir lu le livre avec lui. "Ça se passe comme ça aussi chez toi ?". "Ta maman travaille ?". Toute cela pour lui faire comprendre que ces schémas ne sont pas figés et non représentatifs de l'ensemble de la société.

Cela nécessite de la pédagogie, de la volonté, de la réflexion, du partage et pas simplement l'avis isolé de quelques profs qui sont d'accord ou non avec ces principes. Si on ne prend pas le temps d'expliquer aux enfants, on tombe dans des schémas caricaturaux qui consistent à dire qu'on cherche à individualiser les sexes. Il faut que les personnes comprennent que l'objectif, c'est l'égalité, pas la disparition des garçons et des filles."