"Déshabillée et fouillée" : la chanteuse Pretty Yende dénonce des violences policières à Roissy

Pretty Yende au concert de la St Petersburg's foundation le 28 mai 2021
Pretty Yende au concert de la St Petersburg's foundation le 28 mai 2021
Dans un témoignage posté sur Instagram, la chanteuse lyrique Pretty Yende détaille son expérience traumatisante lors de son arrivée à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulles. De leur côté, des sources policières et aéroportuaires démentent toute brutalité.
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"La brutalité policière est réelle pour quelqu'un qui me ressemble". La chanteuse sud-africaine Pretty Yende en est abasourdie. Ce mardi (22 juin), l'artiste lyrique a décrit sur son compte Instagram sa douloureuse expérience dont elle ressort "traumatisée", selon ses mots. Arrivée de Milan à l'aéroport Roissy-Charles de-Gaulle, l'artiste de 36 ans dit avoir vécu ce qu'elle a "toujours lu dans les journaux". "La plupart de mes frères et soeurs finissent par être torturés et certains cas mortels font la Une des journaux et des cadavres apparaissent soudainement avec des histoires inventées."


Pretty Yende, qui est actuellement à l'affiche du Théâtre des Champs-Élysées à Paris dans La Somnambule de Bellini, raconte son traitement par la police aux frontières française, dénonçant "une discrimination raciale scandaleuse", une "torture psychologique" et "des commentaires racistes très offensants". Puis détaille cette interpellation qui l'aurait laissée tremblante. "Ils ont pris mes affaires, y compris mon portable, et m'ont demandé d'écrire les numéros de ma famille proche et de mes amis (...) Ils m'ont dit qu'ils allaient me conduire à un 'hôtel prison' et pendant ce temps, ils me regardaient comme si j'étais une criminelle", raconte-t-elle : "Je leur ai dit que ma batterie de téléphone était presque à plat, et s'ils avaient à tout hasard un chargeur. L'officier de police m'a dit 'écoute-moi attentivement, tu n'auras pas ton téléphone."

La soprano poursuit : "J'ai été déshabillée et fouillée comme une criminelle, et placée dans une cellule de rétention du terminal 2B du contrôle douanier. Il faisait froid là-dedans, il n'y avait pas de lumière au début. Et ils m'ont laissée là, seule avec le téléphone fixe et un morceau de papier qu'ils m'ont donnée pour écrire les numéros de téléphone des personnes que je pouvais appeler, la plupart ont refusé de s'adresser à moi en anglais, il y avait plus de 10 policiers que je pouvais entendre parler et rire dans le couloir. "

Suite à ce témoignage abondamment relayé, Pretty Yende précise dans un second post Instagram : "Je ne partage quasiment jamais les expériences scandaleuses et inhumaines que je traverse chaque seconde, mais cette fois-ci, je ne pouvais pas garder le silence. Soyons reconnaissants que je sois encore en vie pour raconter mon histoire. Je n'ai pas été 'brutalement interrogée' et 'torturée physiquement' comme tant d'autres."

Interrogée par l'Agence France Presse et L'Obs, la police aux frontières dément les accusations de la chanteuse. Selon une source policière, Pretty Yende disposait d'un passeport sud-africain dépourvu de visa et cette détention en "salle de maintien" faisait partie des "vérifications d'usage". Elle aurait été "palpée, et non déshabillée" par un personnel féminin, comme le précise la source. Et serait ressortie une heure et demie plus tard "avec un visa de régularisation qui lui a permis d'entrer sur le territoire français", comme l'a souligné une source aéroportuaire.

En dépit du démenti des sources policières, le témoignage-choc de Pretty Yende entre douloureusement en résonnance avec une actualité émaillée par des drames de violences policières. Sur Instagram, la chanteuse n'hésite d'ailleurs pas à pointer ses "batailles", dénonçant un racisme systémique qui s'immiscerait dans son quotidien. "Je parie que vous ne pourriez pas passer une seconde à marcher dans mes chaussures."

Ainsi, le meurtre brutal de Breonna Taylor, tuée de 8 balles par des policiers le 13 mars 2020- quelques mois avant celui de George Floyd le 25 mai- avait jeté une lumière crue sur le racisme et la misogynie à l'oeuvre au sein de la police américaine. Dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, la campagne Say Her Name entendait visibiliser les violences policières ciblant les femmes afro-américaines. En France, une marche contre les brutalités policières organisée par le comité Adama avait rassemblé 20 000 personnes le 2 juin 2020 à Paris.