Médias et réseaux sociaux : « Twitter va se démocratiser »

Médias et réseaux sociaux : « Twitter va se démocratiser »
Médias et réseaux sociaux : « Twitter va se démocratiser »
Commentaires, « like », tweets et retweets : près de 4 Français sur 10 font vivre l'actu sur les réseaux sociaux, d’après l’enquête CSA réalisée pour L'Observatoire Orange-Terrafemina consacré aux nouveaux modes de consommation de l’info. Décryptage avec Benoît Raphaël, fondateur des sites lepost.fr et leplus.nouvelobs.com.
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Terrafemina : Notre enquête fait apparaître un plébiscite massif des internautes pour les grands médias online : 7 Français sur 10 déclarent ainsi consulter l’information sur les sites tels que lemonde.fr, lequipe.fr, ou lefigaro.fr…. Comment interprétez-vous ces données ?

Benoît Raphaël : Cela montre à quel point les médias en ligne sont entrés dans le paysage des Français et font partie intégrante de leur environnement. L’usage quotidien d’Internet a atténué la méfiance du public, même si le sondage montre une préoccupation face au risque de diffuser des informations non vérifiées (59% des sondés). Ce nouveau réflexe devrait encore s’accentuer avec l’accessibilité de l’information via le mobile. Je pense que la cote de confiance de ces médias a pris de l’ampleur grâce à l’interactivité : pouvoir discuter, donner son avis, voire corriger l’information, renforce cette confiance du grand public. Cela prouve une nouvelle fois aussi la force des marques comme le Monde ou le Figaro, qui bénéficient d’un grand crédit.

TF : Les réseaux sociaux prennent de plus en plus de place dans les modes de consommation d’information des Français : 37% des internautes ont déjà diffusé un lien vers un article ou une vidéo sur Facebook ou Twitter, et un quart des Français placent les blogs et réseaux sociaux en première position pour partager l’information avec d’autres personnes. Comment vont évoluer les comportements sur les réseaux sociaux en matière de partage et de prise d’information ?

B. R. : Il est très intéressant de constater que les utilisateurs de ces réseaux sont beaucoup plus actifs qu’on ne l’a prétendu. Ils opèrent une véritable sélection de l’information, -« Curation » dit-on aux Etats-Unis-, et assurent le rôle dévolu jusqu’ici aux médias traditionnels dans leurs revues de presse ou revues du web. Il y a une vraie volonté de participer au débat et cela se passe davantage sur Facebook ou Twitter. L’enjeu, pour les médias d’information, consiste désormais à rapatrier cette communauté qui leur échappe, c’est-à-dire créer des passerelles entre les réseaux sociaux et leurs propres contenus. Cela a déjà commencé l’année dernière avec l’outil Open Graph : le compte Facebook de l’internaute est directement connecté au site d’information, et il peut suivre en direct l’activité de ses amis, les articles qu’ils ont lus, commentés ou aimés. L’étape suivante a été annoncée lors de la conférence Facebook (F8) le mois dernier : les médias pourront créer leur propre application Facebook, avec du contenu sur la page et des publicités, il s’agit donc cette fois d’exporter le contenu vers Facebook. Le Guardian a déjà créé son appli, le Monde et les Echos sont sur le coup.

TF : Twitter a donné le LA de l’actualité en 2011, pourtant seuls 8% des internautes Français ont un compte. Ce média est-il réservé aux initiés du web, aux cadres et aux journalistes ?

B. R. : Pour ma part je trouve ce chiffre très encourageant, cela représente 2 à 3 millions de Français, c’est énorme, votre sondage montre même que des personnes non inscrites sur Twitter suivent des comptes de personnalités (15% des sondés). Il s’agit d’un public potentiellement très intéressé par la recherche d’information. En effet, la logique de Twitter est très différente de celle de Facebook : c’est un média qui ne recherche pas la rencontre entre amis, mais le partage d’information, et votre enquête montre que 25% des cadres ont déjà un compte. Je pense que Twitter va se démocratiser, comme aux USA, sous l’influence des comptes de people. En France, cela prend plus de temps, mais déjà, l’affaire DSK a fortement contribué à populariser et démocratiser le réseau : toutes les chaînes de télé ont cité Twitter pour couvrir cette affaire et tous les quotidiens et magazines ont tâché d’expliquer le fonctionnement de ce site de micro-blogging à leurs lecteurs. Nous n’en sommes qu’au démarrage.

TF : Quel rôle Twitter est-il amené à jouer dans les rédactions ?

B. R. : Cette plateforme est devenue incontournable, puisqu’elle rassemble un triptyque très puissant d’influenceurs –journalistes, hommes politiques, blogueurs. En effet, les directeurs de rédaction comme Laurent Joffrin du Nouvel Obs ou Alain Weill (RMC, BFM) tweetent déjà toute la journée, et les politiques aussi s’y sont mis. Ils savent désormais que lorsqu’ils passent à la télévision, des journalistes sont capables de vérifier leurs propos -on parle de « fact-checking »- en direct sur Twitter. A long terme, cela devrait les encourager à modifier leur discours… Néanmoins un problème pourrait se poser lors des élections : les premières estimations à la fermeture des bureaux de vote de province, auparavant réservées à une poignée de journalistes et de politiques, vont sortir du cercle dès 18h30, et se répandre massivement sur Twitter. Le bruit de couloir va devenir une info nationale, et pourrait influencer les votants des grandes villes, où les bureaux de vote ne ferment qu’à 20h30.

LES RESULTATS DE L’OBSERVATOIRE SUR LES MEDIAS ET LES RESEAUX SOCIAUX

Les résultats complets de l'Observatoire Orange-Terrafemina sur les médias et les réseaux sociaux
L’étude qualitative par l’Institut Treize articles WebLab

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