Rentrée littéraire : "Tigre, tigre !" de Margaux Fragoso

Rentrée littéraire : "Tigre, tigre !" de Margaux Fragoso
Rentrée littéraire : "Tigre, tigre !" de Margaux Fragoso
Elle s'appelle Margaux et a 7 ans. Un printemps, à la piscine de son quartier elle rencontre Peter, 51 ans. Après avoir défrayé la chronique aux États-Unis, « Tigre, tigre ! » paraît en France. Un témoignage brûlant sur la pédophilie.
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« "Lolita" du point de vue de Lolita »
Margaux Fragoso a 7 ans lorsqu’elle rencontre Peter Curran. Vingt-deux ans lorsque ce dernier se suicide. Entre temps, ils auront vécu 15 ans d’une relation complexe entre dépendance, fascination réciproque et manipulation. Quinze années qu’elle raconte dans « Tigre, tigre ! » son premier roman ou plutôt premier témoignage sur sa vie de petite puis de jeune fille abusée sexuellement. « Tigre, tigre ! », c’est « "Lolita" du point de vue de Lolita, mais pour de vrai », expliquait Olivia de Dieuleveult, éditrice chez Flammarion, lors d’une séance de présentation du livre. C’est aussi un récit à couper le souffle, porté par une langue extraordinaire où l’auteur – et sa traductrice Marie Darrieussecq - retranscrivent avec la même aisance le langage et les pensées d’une fillette de 7 ans, ceux d’une adolescente brisée de 15, comme ceux du vieux macho alcoolique qu’est le père de la fillette.

Portrait d’un pédophile
Margaux découvre en Peter son alter ego, une sorte d’enfant « mais en plus vieux », qui deviendra très vite son ami, puis son père de cœur. Ballotée entre un père violent et alcoolique et une mère d’une extrême fragilité psychologique, elle trouve en Peter un refuge, un être bienveillant au quotidien merveilleux et réconfortant. Tous deux se construisent un monde qu’ils sont seuls à connaître et à comprendre, peuplé de codes, de personnages et de symboles avant que les jeux ne dérapent jusqu’aux « massages » et scenarii sexuels atroces qui deviennent une obligation quotidienne et des preuves d’amour nécessaires... Peter n’aura de cesse pendant toutes ces années de convaincre Margaux, et de se convaincre lui-même, que ce qu’ils vivent est beau… et inoffensif.

Le tour de force de « Tigre, tigre ! » est finalement de montrer un pédophile aussi fragile, vulnérable et aimant que manipulateur et haïssable. « J’étais la religion de Peter », explique Margaux au début du livre. De fait, son bourreau lui voue un véritable culte : photos, vidéos soigneusement étiquetées… la chambre de Peter est un mausolée à la gloire de sa « princesse ». Devant cet être ultra-dépendant, exalté et fou d’amour, on en vient même à perdre tout repère, à croire un instant au caractère exceptionnel et merveilleux de leur relation.

« Briser les schémas »
Victime d’adultes qui ont eux-mêmes subi des agressions sexuelles (sa mère comme Peter) Margaux Fragoso a voulu, avec « Tigre, tigre ! » rompre avec la tradition de l’enfouissement, du silence et du déni. Des armes qui permettent au monde des pédophiles de s’épanouir. Elle est aujourd’hui mère d’une petite fille. « J’invente des histoires pour ma fille, tout comme mon père l’a fait pour moi quand j’avais son âge », dit-elle pour clôturer son récit avant d’ajouter : « Je cultive certaines traditions familiales ; les autres doivent disparaître avec moi. »

« Tigre, tigre ! » de Margaux Fragoso, Éditions Flammarion, 21€.

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Crédit photo : Sara Essex

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