Littérature jeunesse : "La librairie est moins sexiste que le magasin de jouets"

Littérature jeunesse : "La librairie est moins sexiste que le magasin de jouets"
Littérature jeunesse : "La librairie est moins sexiste que le magasin de jouets"
Noël fait resurgir le débat sur les stéréotypes qui sévissent dans les magasins de jouets et les fictions imaginées pour nos enfants. Auteur jeunesse et mère de deux petites filles, Sandra Nelson publie justement une nouvelle série de petites histoires dont l’héroïne, Olympe, est une princesse anti-conformiste (Castor Poche). Ecrire sans clichés pour les enfants, mode d’emploi.
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Terrafemina : En tant que nouvel auteur jeunesse, avez-vous été sensible aux débats sur les stéréotypes véhiculés par les jouets et la littérature jeunesse ? Quel est votre opinion sur le sujet ?

Sandra Nelson : Je suis sensible à ce débat d'une façon générale. Et quand j'écris, c'est pour un public mixte, que le protagoniste soit une princesse ou un petit garçon. Le monde des jouets est quand même plus stéréotypé que celui de la littérature jeunesse où, avec plus de 9000 parutions par an, on trouve des univers riches et variés avec de nombreuses fictions qui ne jouent pas sur les clichés sexués. « Martine petite maman » est complètement dépassé... Pour ce qui est des livres activités, c'est vrai qu'il existe une multitude d'ouvrages pour top model ou danseuses, aux couvertures roses à paillettes. Ce qui m'a le plus choquée, c'est quand un éditeur m'a dit que s'il y avait davantage de héros masculins en littérature jeunesse (alors qu'il y a un plus grand nombre de filles lectrices et d'auteures femmes), c'est parce que les petits garçons étaient dans l'incapacité de s'identifier à une héroïne, alors que les filles pouvaient s'identifier à un héros mâle. Faute de choix sans doute car pendant longtemps, elles n'avaient pas d'héroïnes stimulantes à se mettre sous la dent. Ce qui a bien changé, heureusement. Mais c'est encore plus choquant dans l'univers des jouets où les magasins séparent leurs rayons avec d'un côté celui pour filles et de l'autre celui pour garçons. Je n'imagine pas la même chose possible dans une librairie jeunesse ! Les parents sont les premiers à véhiculer ces stéréotypes, souvent inconsciemment d'ailleurs. Il faut offrir des trains aux petites filles ! C'est ce que je fais avec les miennes : elles jouent aussi bien à la poupée qu'aux petites voitures ou aux billes et elles raffolent des jeux de construction ou de jeux scientifiques.

TF : Votre héroïne, Olympe, est une princesse qui se verrait mieux en « petite fille comme tout Le monde », mais aussi une aventurière. Elle reste pourtant princesse, blonde et habillée en rose. Comment avez-vous cherché à innover et à sortir des réflexes stéréotypés pour ce personnage ?

S. N. : La princesse, comme la sorcière, le chevalier ou le pirate sont des personnages incontournables de la littérature jeunesse. Mais on peut jouer avec les codes pour mieux les détourner… Bénédicte, mon éditrice à qui j'avais dit que je n'aimais pas les histoires de princesse m'a lancé ce défi : écris m'en une ! Quel challenge… J'ai donc débuté l'histoire par un clin d'œil : Olympe cherche un chevalier mais en réalité, c'est elle qui mène la danse. Pour mieux briser le code de la princesse qui attend lascivement que son prince charmant lui tombe dans les bras, j'ai voulu aussi que ce soit une princesse qui ne veuille pas être une princesse et j'ai travaillé sur sa caractérisation : intrépide, volontaire, courageuse, mal coiffée, bricoleuse, créatrice de machines improbables, indépendante, maladroite, pas vraiment douce et encore moins patiente. Quant à son apparence, je la trouve très mignonne mais je n'y suis pour rien car c'est le très doué illustrateur Louis Alloing qui a révélé le côté girly qui était enfoui au fond de lui, après ses nombreuses séries sur des pirates et des chevaliers… Qu'une héroïne s'habille en rose ne me dérange pas. Ce qui compte, c'est sa façon d'agir et de mener son aventure. J'avais juste donné une indication vestimentaire : j'imaginais Olympe en robe à froufrou, des Dr. Martens aux pieds et une guitare électrique (qui apparaîtra plus tard dans la série…) J'aimerais que les garçons lisent aussi Olympe. 

TF : Comment jugez-vous la littérature enfantine en général, et quels albums choisissez-vous pour vos enfants ?

S. N. : C'est un secteur qui s'est fortement renouvelé ces dernières années avec une richesse de création incroyable, en particulier en France même si mes coups de cœur initiaux sont anglo-saxons. Je conseillerais l'album qui m'a donné envie d'écrire : « Marceline, le monstre » de Mary Lystad, toute l'œuvre de Maurice Sendak et notamment l'incontournable « Max et les Maximonstres », Babette Cole et son irrésistible « La princesse Finemouche » (qui n'ayant aucune envie de se marier, fait fuir les princes charmants), Anne Fine et son « Journal d'un chat assassin », Arnold Lobel, Roald Dahl, Lois Lowry, sans oublier « Alice aux pays des merveilles » de Lewis Carroll ou « Fifi Brindacier » d'Astrid Lindgren. Mais en France, les créateurs ne manquent pas. J'aime beaucoup les univers de Kitty Crowther (qui est belge, d'ailleurs), Gilles Bachelet, Benjamin Lacombe, Olivier Tallec, Benjamin Chaud, Antoine Guilloppé, Charlotte Gastaut, et mon illustrateur fétiche Sébastien Pélon qui a illustré deux de mes albums « Matriochka » et « La Befana. » Et tous les albums du Père Castor !

Sandra Nelson, « Princesse Olympe », Castor Poche, 5€.

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