Guillaume Musso : "J'ai toujours voulu mettre le lecteur au cœur de mes livres"

Guillaume Musso : "J'ai toujours voulu mettre le lecteur au cœur de mes livres"
Guillaume Musso : "J'ai toujours voulu mettre le lecteur au cœur de mes livres"
Dans cette photo : Diane Kruger
Il est le romancier français le plus lu, auteur de dix best-sellers traduits en 36 langues. Depuis le 27 mars, Guillaume Musso est de retour en librairie avec « Central Park » (XO Éditions), un thriller psychologique à l'intrigue toujours aussi efficace. Rencontre avec le maître du suspense français.
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New York, huit heures du matin. Alice, jeune flic pari­sienne, et Gabriel, pianiste de jazz américain, se réveillent menottés l'un à l'autre sur un banc de Central Park.

Ils ne se connaissent pas et n'ont aucun souvenir de leur rencontre. La veille au soir, Alice faisait la fête avec ses copines sur les Champs-Élysées tandis que Gabriel jouait du piano dans un club de Dublin.

Impossible ? Et pourtant...

Terrafemina : Avec Central Park, vous signez votre 11e roman, un thriller psychologique mettant en scène Alice et Gabriel, deux personnages qui ne se connaissent pas et se réveillent menottés l'un à l'autre sur un banc de Central Park. Quelle a été la genèse de ce nouveau livre ?

Guillaume Musso : L'idée de Central Park remonte à il y a trois ans lorsque j'ai visité Hong Kong, que l'on appelle souvent le New York asiatique. C'est une ville superbe, surmontée par une colline que les habitants surnomment « The Peak » : un endroit plutôt boisé, qui peut donner l'impression d'être isolé du monde, sauf qu'en deux pas, vous avez la ville moderne qui s'étend devant vous. C'est ce décalage de perception entre d'un côté la végétation, et de l'autre la ville dans ce qu'elle peut avoir de plus agressif qui m'a donné cette idée de roman : celle d'un homme et d'une femme qui ne se connaissent pas et qui se réveillent enchaînés l'un à l'autre.

En même temps, écrire Central Park était un défi littéraire que je m'étais lancé. Je voulais partir de cette situation intéressante - deux personnages menottés l'un à l'autre-, sauf que pendant longtemps, je n'ai pas su ce qui allait se passer ensuite. J'ai voulu essayer de sortir ces personnages de cette situation, d'expliquer comment ils en sont arrivés là, sans avoir recours à des explications surnaturelles ou fantastiques. Pendant un an et demi, l'envie était là, mais il ne suffit pas d'avoir envie : il faut qu'il se passe une étincelle. Et comme bien souvent chez moi, l'étincelle est venue des personnages. Je leur invente un passé : quelles ont été leurs failles, quelles ont été leurs souffrances, leurs bonheurs... J'ai donc imaginé cette femme flic, Alice. Et le déclic est venu lorsque j'ai trouvé le drame personnel qu'elle avait vécu. À partir de là, les choses se sont mises en place, et l'écriture a commencé.

Tf : Chacun de vos romans met en scène un personnage féminin avec une forte personnalité. C'est ici le cas d'Alice, qui derrière son caractère bien trempé, cache une vraie vulnérabilité et un passé douloureux. Quelles ont été vos inspirations pour son personnage ?

G.M. : C'est vrai que depuis trois ou quatre livres, je me sens plus proche de mes personnages féminins que masculins. Je ne sais pas vraiment pourquoi, il n'y a pas d'explication rationnelle. On vit souvent imprégné de ce qu'on voit, de ce qu'on lit. Or ces dernières années, notamment dans les bonnes séries TV (Homeland, ou The Killing, que j'aime beaucoup) et dans la littérature (je pense à Lisbeth Salander dans Millenium), des personnages féminins forts, déterminés, parfois durs, sont apparus et m'ont inspiré.

J'aime aussi beaucoup le cinéma américain des années 1940, ce qu'on appelle les screwball comedies, et dont la figure emblématique était Katharine Hepburn. Ce sont les premiers films un peu féministes à Hollywood, où pour la première fois, ce sont les femmes qui mènent l'action, qui ont les meilleures répliques. Le fait que je donne davantage de force à mes personnages féminins correspond aussi sûrement à l'évolution de notre société actuelle, où les femmes ont de plus en plus de pouvoir... Et c'est très bien comme ça ! J'ai moi-même été élevé dans une famille assez féministe. C'est donc presque naturellement que toutes les pièces du puzzle se sont assemblées pour créer ce type d'héroïne.


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Tf : L'intrigue de Central Park se déroule sur un laps de temps très court et est dénouée en moins de 24 heures. Est-ce un choix délibéré pour vous de condenser l'action sur une durée très brève ?

G.M. : Dès le départ, j'ai pensé l'intrigue comme devant être écrite « en temps réel ». Je voulais vraiment que les lecteurs vivent avec Alice et Gabriel ce grand huit émotionnel, qu'ils se sentent menottés à leurs côtés. En tant qu'écrivain, mettre le lecteur au centre de mon livre a toujours été une de mes priorités. Encore une fois, ce sont des références cinématographiques qui m'ont inspiré. Hitchcock disait : « Je veux que ma caméra et donc que le spectateur forme un ménage à trois avec mes acteurs ». Il y a aussi François Truffaut qui disait que le cinéma d'Howard Hawks était « un cinéma à hauteur d'hommes ». C'est exactement ce que j'ai voulu essayer de faire avec Central Park.

Tf : Central Park est le 10e de vos romans dont l'intrigue se déroule à New York. Plus qu'un troisième personnage, la ville est ici un terrain de jeu pour Alice et Gabriel : ils la sillonnent pour trouver la clé de l'énigme...

G.M. : Au départ, je voulais que l'intrigue de Central Park se déroule à Hong Kong, qui est une ville que je trouve fascinante, mais que je connais finalement peu. En la transposant à New York, j'ai voulu à la fois montrer la ville que tout le monde connaît - Midtown, Grand Central Station- mais aussi les lieux plus confidentiels comme le quartier de Redhook, à Brooklyn, ou celui de Little Egypt. J'ai aussi voulu décrire toute cette partie Est de la côté américaine, et que j'aime beaucoup : Boston, Cape Cod, le Maine et le Massachussetts, où s'exporte ensuite l'intrigue.

Pour la deuxième partie du roman, je cherchais vraiment ce côté road trip. Enfin, je voulais que tous ces paysages soient condensés une journée, pour passer du côté métallique de New York à une atmosphère plus végétale dans les forêts du Massachussetts.

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Tf : L'intrigue de Central Park est très cinématographique. Comme dans les films, on trouve des personnages attachants, du suspense, des scènes d'action... Quel serait votre casting idéal si le roman était transposé à l'écran ?

G.M. : C'est compliqué... C'est vrai que je décris parfois Alice comme ressemblant à Diane Kruger. Alors disons Diane Kruger et Hugh Jackman.

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Tf : Dix jours après sa sortie, Central Park s'était déjà écoulé à 150 000 exemplaires. Quel est votre secret pour écrire des best-sellers ?

G.M. : C'est un cadeau incroyable de la part des lecteurs ! Je n'ai pas de recette miracle, surtout pour Central Park, qui est un polar assez sombre et qui risquait de dérouter mes lecteurs. J'écris toujours le roman que j'aimerais lire en tant que lecteur. Pour écrire un livre qui plaît à ses lecteurs, n'y pas de secret, mais du travail et une conviction : celle que les gens connaissent aujourd'hui inconsciemment les codes de la fiction. J'essaye donc chaque année de faire l'effort de surprendre les lecteurs avec une intrigue suffisamment sophistiquée pour qu'ils ne puissent pas la deviner. Mais là encore, je pense que même l'intrigue la plus haletante possible, si elle n'est pas portée par des personnages dont on se sent proches, s'essouffle très vite.

Tf : L'an dernier au moment de la sortie de Demain, vous aviez confié à Terrafemina vouloir écrire une trilogie avec une héroïne récurrente. Est-ce toujours d'actualité ?

G.M. : En ce moment, j'y réfléchis tous les jours, c'est mon nouveau projet. Je crois que ça va être un couple d'enquêteurs. J'ai cette envie d'alterner : écrire une année un « one shot », et l'année suivante progresser dans une série littéraire. Au départ, j'avais pensé à une trilogie, mais maintenant j'essaye de voir encore plus loin. J'ai cette envie d'avoir des personnages récurrents. D'abord pour ne plus avoir cette tristesse de les quitter, les faire vieillir avec moi, et surtout, un peu à la manière des saisons dans les séries, avoir le temps de les faire évoluer.