Avoir des ennemis au bureau serait (en fait) une bonne chose

Avoir des ennemis au bureau serait (en fait) une bonne chose
Avoir des ennemis au bureau serait (en fait) une bonne chose
Et si être en rivalité avec un(e) collègue avait une influence positive sur notre travail ? C'est ce qu'affirment deux chercheuses en management. Dans leur étude récemment publiée dans la « Harvard Business Review », elles démontrent qu'entretenir une relation d'amour-haine avec un collaborateur inciterait les salariés à se dépasser, et augmenterait de fait leur productivité.
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Les relations que nous entretenons avec nos collègues de travail ne sont pas toujours simples. Tantôt complices quand il s'agit de se raconter son week-end à la machine à café, ils peuvent sitôt se muer en rivaux acharnés si vous briguez le même poste ou visez chacun une promotion. Ce lien ambivalent est ce que les psychologues sociaux appellent une relation d'amour-haine ou « frenemy » en anglais (contraction de « friend » et « enemy »).

Mais s'il n'est hélas pas toujours facile de composer chaque jour de la semaine avec cette relation d'amour-haine, elle peut pourtant s'avérer positive sur notre manière de travailler. Dans une étude publiée fin janvier dans la prestigieuse Harvard Business Review, deux chercheuses en management et en comportements organisationnels Shimul Melwani et Naomi Rothman avancent en effet qu'avoir des « frenemies » au travail doperait notre productivité en nous forçant à constamment à nous dépasser. « Nous avons constaté que les frenemies sont plus susceptibles de se mettre dans la peau de l'autre, en partie parce qu'ils passent plus de temps à essayer de comprendre ce que sous-tend leur relation, explique Shimul Melwani. Et parce que ce type de relation nous fait nous sentir plus incertain sur l'endroit où l'on se situe, nous sommes davantage motivés à l'idée de travailler plus dur pour établir notre position. »

La compétition amicale comme moteur professionnel

Pour explorer la nature des relations ambivalentes entre collègues, les deux universitaires se sont livrées à deux expériences, dont l'une faisant appel à 120 étudiants volontaires de premier cycle, qui ne se connaissaient pas. Shimul Melwani et Naomi Rothman ont formé des équipes de deux étudiants afin qu'ils communiquent via messagerie instantanée et se livrent à un jeu de questions-réponses de plus en plus personnelles. Pour la moitié d'entre eux, les chercheuses ont manipulé la discussion pour donner le sentiment qu'une amitié se formait entre eux. Pour les autres, elles ont au contraire créé une ambivalence entre les partenaires en modifiant leurs réponses pour les rendre de plus en plus concurrentielles. Les groupes d'étudiants ont ensuite été invités à dire ce qu'ils pensaient de leur binôme : les étudiants « amis » avaient des sentiments positifs envers leur partenaire, tandis que ceux ayant échangé dans une condition ambivalente ont déclaré éprouver des sentiments à la fois positifs et négatifs à l'égard de leur binôme.

Toujours en binôme, les étudiants ont ensuite été confrontés à un second test : les chercheuses les ont informés qu'ils devraient collaborer pour créer un blog promotionnel pour l'école de commerce de leur université et leur ont indiqué que chaque équipe serait composée d'un rédacteur et d'un éditeur. Or, tous les étudiants ont en réalité reçu ensuite le même billet leur indiquant délibérément qu'ils avaient hérité du poste d'éditeur. Les chercheuses leur ont ensuite fourni un article contenant un certain nombre d'erreurs, et indiqué aux élèves que leur partenaire ne l'avait écrit qu'en quelques minutes.

Des salariés plus motivés et compréhensifs avec leurs rivaux

Il s'est avéré que ceux qui avaient des sentiments ambivalents à l'égard de leur binôme ont finalement rattrapé plus d'erreurs que ceux ayant développé des liens amicaux. Par la suite, les élèves ont répondu à un questionnaire sur leur expérience, et, surprise : ceux ayant entretenu une relation d'amour-haine avec leur partenaire sont ceux qui se sont montrés les plus compréhensifs et motivés.

« Avec un frenemy, vous vous engagez dans un lot de comparaisons sociales, ce qui est très motivant car vous voulez faire mieux que eux, conclut Shimul Melwani. Nous ne nous sommes pas autant dans la comparaison sociale lorsqu'il s'agit de nos amis. Quant à nos ennemis, on ne s'imagine pas se comparer à eux, on cherche juste à les éviter- ils sont tellement loin de ce que nous voulons être, et vous ne vous imaginez pas vous engager dans la comparaison sociale avec vos ennemis, vous voulez seulement les éviter et ne surtout pas vous engager avec eux. »

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