"Le corps mince a une valeur marchande pour les femmes actives"

"Le corps mince a une valeur marchande pour les femmes actives"
"Le corps mince a une valeur marchande pour les femmes actives"
Vous arrive-t-il de vous regarder nue dans un miroir, juste pour vérifier si vos fesses tiennent toujours ou simplement pour vous admirer ? Un quart des Françaises le fait tous les jours, 42% au moins une fois par semaine. C’est le principal enseignement d’un sondage CSA issu de la première vague de l’Observatoire Terrafemina-CSA-20 minutes « Dans le miroir des femmes ». Décryptage de Jean-Philippe Zermati, nutritionniste et psychothérapeute.
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Terrafemina : Pour 61% des femmes*, leur corps constitue une part de leur identité. Comment analysez-vous ce chiffre ?

Jean-Philippe Zermati : Je ne suis pas surpris. Le corps est devenu un marqueur identitaire fort au fil des siècles. Auparavant, la société accordait davantage d’importance à l’apparence, c’est-à-dire au corps enseveli sous des tonnes de tissu. Nos ancêtres s’exprimaient à travers leurs vêtements. Quand le corset a disparu, le corps est devenu son propre corset. Aujourd’hui, nous portons beaucoup moins de vêtements, le corps est donc en première ligne. C’est d’ailleurs flagrant en été : les tenues se raccourcissent, notamment sur les jeunes filles. Ce qu’elles donnent à voir, c’est bel et bien leur corps.

Tf : Justement, ce corps se révèle être un élément important de reconnaissance sociale pour plus d’un quart des répondantes. Un résultat conforme à la réalité ?

J.-P. Z. : Il correspond effectivement à une réalité sociale. Le corps mince a une valeur marchande pour les femmes actives, en particulier pour les CSP +. D’ailleurs, pour 46% des sondées de 65 ans et plus, « le corps n’a pas d’influence sur le reste de leur vie » car elles ne sont plus sur le marché du travail. Or, c’est précisément dans ce cadre qu’il est le plus important. Plusieurs enquêtes ont ainsi montré l’impact de la beauté et de la minceur sur la réussite socio-professionnelle et les avantages que confèrent ces qualités sur le plan relationnel ou salarial, mais aussi dès l’enfance avec l’indulgence accrue des instituteurs.

Tf : Paradoxalement, les femmes sont peu nombreuses à se regarder quotidiennement nues dans le miroir (25%). Elles sont 50% à le faire moins d’une fois par semaine. Pourquoi ?

J.-P. Z. : Moins on s’aime et moins on se regarde. Les femmes ayant des difficultés à assumer ou accepter leur corps ne se regardent pas et, bien souvent, n’ont pas de miroir en pied chez elles car leur reflet provoque une réaction anxiogène. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, de nombreuses personnes ne se plaisent absolument pas et ne sont pas satisfaites de leur corps. Ce phénomène qui est très lié au milieu professionnel. Ainsi, dans la publicité, la presse, la communication ou le journalisme, par exemple, on pourrait trouver jusqu’à 95 % de femmes insatisfaites de leur corps.

Tf : L’alimentation équilibrée arrive en tête des méthodes pour prendre soin de son corps. Est-ce une bonne nouvelle ?

J.-P. Z. : Pas forcément, car on instrumentalise et on médicalise beaucoup trop l’alimentation. Il y a aujourd’hui une confusion entre « alimentation » et « alimentation équilibrée ». En effet, le corps n’a jamais eu autant d’importance qu’aujourd’hui. Résultat, on tente de le contrôler en se focalisant sur une « alimentation équilibrée ». Mais on fait fausse route car si elle influe sur l’état de santé, elle n’a pas de réel impact sur l’évolution de la silhouette. En revanche, en la privilégiant, on a tendance à prêter davantage attention au contenu de son assiette qu’à ses besoins et ses sensations. Un comportement qui peut entraîner des troubles alimentaires et des carences.

Tf : On note une grande différence dans la perception de son corps selon que l’on soit cadre ou ouvrière. Peut-on en conclure que le regard sur ce corps est fonction de sa situation professionnelle ?

J.-P. Z. : Le rapport au corps est intimement lié à la catégorie socio-professionnelle ; il varie en fonction de celle-ci. Les ouvrières y accordent ainsi nettement moins d’importance que les cadres car il n’a pas réellement d’impact sur leur carrière. Il y a d’ailleurs une très forte cohérence des résultats de ce sondage quand on fait la distinction entre les catégories sociales. Par exemple, si les cadres veillent particulièrement à leur alimentation, je doute que ce soit le cas des ouvrières. Ce n’est pas un hasard si l’on considère aujourd’hui l’obésité comme étant la maladie des pauvres quand la minceur constitue presque un signe extérieur de richesse.

Tf : Que retiendrez-vous de cette étude ?

J.-P. Z. : Le fait que 61% des femmes considèrent leur corps comme une part de leur identité montre le poids du regard de la société : avoir un corps harmonieux est un véritable enjeu car, aujourd’hui, on s’exprime à travers lui. La minceur est ainsi devenue synonyme de volonté et de dynamisme, et le surpoids, de paresse et de laisser-aller.
Mais ce corps rentre parfois en contradiction avec l’identité de son propriétaire, devenant alors source de mal-être. Avec des vêtements, au moins, ce dernier pouvait tout de même s’exprimer. En effet, revêtir un costume trois pièces ou un jogging ne véhicule pas le même message. Dans ce cadre, que la société fasse abstraction de l’apparence et ne se préoccupe plus que du corps rend impossible ce mode d’expression. Certaines personnes peuvent alors se sentir enfermées à l’intérieur d’elles-mêmes.

* D’après un sondage exclusif Terrafemina / 20 Minutes / CSA réalisé via Internet du 19 au 27 février 2013. Echantillon de 1045 femmes âgées de 18 ans et plus, issues d’un échantillon national représentatif de 2015 Français âgées de 18 ans et plus, résidant en France, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge et catégorie socioprofessionnelle), après stratification par région et taille d’agglomération.


Lire le dossier complet sur 20Minutes.fr






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