Baisse des dépistages du cancer du sein : Nora Berra réagit

Baisse des dépistages du cancer du sein : Nora Berra réagit
Baisse des dépistages du cancer du sein : Nora Berra réagit
Le nombre de dépistages du cancer du sein parmi les femmes de 50-74 ans a baissé en 2010, une première depuis que cet examen est gratuit. La Secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra commente pour nous ces chiffres.
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Comment expliquer la baisse du taux de participation des femmes de 50-74 ans au dépistage du cancer du sein ? Mauvaise information ? Baisse de la sensibilisation ?

D’abord je souhaite rappeler que le cancer du sein, avec plus de 52 000 nouveaux cas estimés en 2010 en France, est le plus fréquent des cancers chez la femme. Il reste, avec plus de 11 000 décès estimés en 2010, au premier rang des décès par cancer chez la femme. Mais le cancer du sein est un cancer de bon pronostic : détecté à un stade précoce, il peut être traité efficacement.
Or, aujourd’hui, nous constatons qu’après 7 années de programme organisé, le taux de participation annuel au dépistage organisé des femmes de 50 à 74 ans a clairement atteint un plateau. Après une forte hausse régulière du taux entre 2004 et 2006 (+5% par an), ce taux est stable depuis 2007.
Pour moi c’est un signal fort qui doit nous alerter !
Le vieillissement de la population française entraîne une représentation plus importante, dans la population ciblée par le programme, des femmes de 70 à 74 ans, qui sont la tranche d’âge participant moins au dépistage.
Les enquêtes réalisées par l’INCa montrent pourtant que 99% des femmes connaissent le dépistage du cancer du sein et l’examen qui est recommandé, la mammographie.
Les campagnes de sensibilisation cosignées par le ministère de la Santé et l’INCa visent donc à vaincre les freins et les idées fausses sur ce dépistage et à favoriser par la sensibilisation des femmes et de leurs proches, la réalisation effective du dépistage.
Je veux rappeler aux Françaises que le dépistage organisé offre tous les avantages : il est gratuit (entièrement remboursé par la Sécurité sociale), accessible, et offre la sécurité d’une double lecture par deux radiologues différents. Et puis pour nous cela nous permet de disposer de donnés nationales précieuses.

Pourquoi y a-t-il de telles disparités régionales en France ?

Globalement on sait que la participation dans les zones urbaines est plus importante que dans les zones rurales notamment pour des raisons d’offres de dépistage hormis pour certaines très grosses villes dans lesquelles il persiste une habitude de dépistage individuel chez les femmes. Dans certaines grandes agglomérations, le taux de dépistage individuel peut atteindre voire dépasser celui de la participation au programme organisé.
Mais il existe aussi des facteurs d’adhésion au dépistage répondant à des critères locaux et/ou culturels ; l’INCa mène des travaux permettant de repérer plus finement les zones de sous dépistage et les rapprocher d’autres critères démographiques, socioéconomiques ou d’offre de dépistage. Cette connaissance des facteurs permettra de mieux cibler, au plus proche du terrain, les actions en lien avec les partenaires locaux.

On est encore très loin des objectifs européens en la matière… que prévoyez-vous pour améliorer le dépistage du cancer du sein en France ?

Si on ajoute au 52 % de participation au dépistage organisé les mammographies de dépistage réalisées à titre individuel, nous atteignons les 60 à 65 % de taux de couverture ce qui nous rapproche de notre objectif, qui est de 70% d’ici à 2013.

Pour améliorer encore la participation au dépistage, différentes actions vont être menées :
- Auprès des professionnels de santé pour qu’ils soient prescripteurs de mammographies de dépistage organisé. Les cabinets de radiologie seront eux mobilisés pour proposer systématiquement aux femmes qui ont une ordonnance de dépistage individuel de bénéficier du programme de dépistage organisé.

- Auprès de la population générale : une campagne d’information nationale co-signée par le Ministère de la santé et l’INCa sera menée en octobre, lors du mois de sensibilisation que nous appelons « Octobre rose », pour rappeler l’importance du dépistage organisé en s’appuyant sur la mobilisation des proches et notamment des jeunes pour favoriser la réalisation des mammographies par les femmes qui leurs sont chères.
Les nouveaux média seront utilisés pour relayer ce message de façon plus directe et moins formelle, cette approche permettant aussi de lever certaines angoisses.

- Auprès des acteurs du secteur social pour diffuser auprès des populations les moins favorisées les messages de prévention : les ateliers santé ville, l’UNCCAS (Union Nationale des Centres Communaux ou intercommunaux d'Action Sociale), les régies de quartier (via les structures en charge de l’organisation locale du dépistage).

Le cancer du sein touche des femmes de plus en plus jeunes. Ne faut-il pas élargir la cible des campagnes de dépistage ?

L’âge moyen du cancer du sein est stable depuis plusieurs années, proche de 62 ans. Actuellement les données scientifiques ne permettent pas de confirmer l’intérêt d’un dépistage organisé proposé à toutes les femmes avant 50 ans et notamment pour la tranche des femmes entre 40 et 49 ans. La balance entre le bénéfice et le risque n’est pas encore en faveur du dépistage systématique car l’incidence du cancer du sein reste assez faible dans cette tranche d’âge.
De plus, l’utilisation de la mammographie chez les femmes avant 50 ans a ses limites liées à la densité des seins et expose au risque de « faux positifs » et donc d’emmener les femmes vers des examens complémentaires inutiles, parfois douloureux, voire des interventions mutilantes.

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