Contraception : la pilule ne passe plus

Contraception : la pilule ne passe plus
Contraception : la pilule ne passe plus
Elle a affranchi les femmes des grossesses non désirées, mais plus de 40 ans après sa mise sur le marché, la pilule voit sa cote de popularité chuter. Effets secondaires, contre-indications, accidents et conséquences alarmantes font renoncer de plus en plus de femmes. Les anti-pilules gagnent du terrain. Tour d'horizon de leurs motivations.
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« J'ai arrêté la pilule à 20 ans car j'avais grossi et parce que j'ai eu peur pour ma santé. Il y avait beaucoup de rumeurs sur les effets négatifs et notamment sur le cancer du sein ». Etonnant de constater le nombre de réponses qu’on obtient lorsqu’on demande qui a arrêté la pilule durant les dix dernières années. Comme Camille, 29 ans et en couple depuis 4 ans, un certain nombre de femmes abandonnent le petit comprimé pour d’autres moyens de contraception parfois moins fiables, voire pas fiables du tout. Une étude menée par l’Inserm et l’Ined* sur l’évolution de la contraception en France confirme une baisse significative du recours à la pilule : entre 2000 et 2010, l’utilisation de la pilule contraceptive a diminué de 4,6%, alors que la proportion de femmes y ayant recours n’avait jamais cessé d’augmenter depuis les années 70. Un désamour à relativiser, certes - la moitié des femmes âgées de 15 à 49 ans l’utilise - mais qui soulève quelques interrogations.


Elles renoncent à la pilule

Pour certaines, c’est le confort qui l’a emporté. « J’ai arrêté la pilule parce que j’avais trop peur de l’oublier et qu’inévitablement, ça m’est arrivé. J’en garde une frayeur sans nom ». Pour se rassurer, Amandine s’est fait poser un implant. Pour d’autres, les aspects pratiques, l’interaction avec le tabac, les problèmes de libido, mais aussi bien souvent la peur de grossir, s’accompagnent d’autres peurs plus diffuses : après une première grossesse, Elise a adopté le stérilet « pratique et sans hormones », et Anna, 22 ans a arrêté après sa dernière relation, car « pas envie de prendre des hormones pour le plaisir ». Maud, 24 ans, a eu peur de « devenir stérile, parce que j'ai entendu beaucoup d'histoire de femmes qui n'arrivaient pas à avoir d'enfants ». Ces craintes, fondées pour la plupart sur des informations non vérifiées, incitent pourtant des femmes à se tourner vers d’autres méthodes.

Les nouvelles méthodes hormonales trouvent leur public

Les nouvelles méthodes de contraception hormonale - implant, anneau vaginal, patch contraceptif - expliquent en partie la « baisse de fréquentation » de la pilule. Chez les 25-29 ans, la chute (-5,8%) est largement compensée par l’adoption de ces nouvelles méthodes (+6,9%). C’est en partie vrai aussi pour les 18-19 ans. En revanche, chez les 20-24 ans, il semble que le préservatif gagne du terrain au détriment de la pilule, tandis que le recours aux bonnes vieilles méthodes comme le retrait ou la méthode Ogino (courbe de température) s’est stabilisé après avoir fortement baissé depuis les années 70. Dans son cabinet, le Dr. Sedbon, gynécologue, n’a pas prescrit moins de pilules ces dernières années, mais il constate des réticences au sujet des traitements hormonaux. « On entend beaucoup de choses sur les hormones, les femmes sont très inquiètes à propos de leur poids et de leur fertilité, mais la pilule reste le moyen de contraception le plus sûr et le plus confortable ».

Oestrogènes, l'ère du soupçon

Pourtant, le débat sur la nocivité des hormones est loin d’être clos. Valentine a dû arrêter la pilule à 22 ans « pour raison médicale ». « J’ai un surplus naturel d'œstrogènes (hormones féminines présentes dans la plupart des pilules du marché, ndlr) qui, combiné aux œstrogènes de la pilule, avait des effets négatifs sur mon organisme. Il s'agissait d'apparition de kystes bénins au niveau de la poitrine avec douleurs et gênes. » On lui a conseillé l’anneau vaginal, qui diffuse les contraceptifs en continu et qui est « mieux reçu par son organisme ». Pauline, 30 ans, a été convaincue d’arrêter la pilule par son médecin après le décès de sa sœur d’un cancer du sein, et calcule désormais ses courbes de température. Un cas qui apporte de l’eau au moulin du Dr. Vignal, parti en croisade contre les œstrogènes. Ce gynécologue parisien s’efforce en effet depuis quelques années d’exhumer les études démontrant que les pilules à base d’œstrogènes sont un facteur de risque de cancer du sein. « La preuve, quand une femme a eu un cancer du sein, on lui prescrit un traitement anti-œstrogènes », argumente le médecin (lire l'interview du docteur Vignal)

Le principe de précaution l’emporte

Du côté des anti-pilules, on retrouve également quelques phlébologues. Accusées de multiplier par deux les risques de phlébite, les pilules de troisième génération sont en passe de ne plus être remboursées. C’est en partie pour ce risque que Mélanie, 30 ans, a arrêté la pilule il y a 6 ans : « Mon frère a souffert d’une phlébite quand j’avais 24 ans, j’ai également appris qu’il y avait de graves antécédents de cancers du sein dans ma famille. Du jour au lendemain, de façon irraisonnée et sans preuves, j’ai été incapable de reprendre la pilule. »

Ce n’est pas une seule raison mais sans doute une conjugaison de facteurs qui incite certaines femmes à bannir la pilule. Motivations légitimes ou non, raisonnables ou pas, tant que des certitudes et des prises de position claires et rassurantes ne sortiront pas des cabinets de gynécologie, elles se replieront sur le préservatif ou sur le bon vieux « coïtus interruptus » et son taux d’échec : 19%**.

*étude « Fecond » sur la contraception en France. Populations et sociétés n°492, Septembre 2012.
**Source IGAS 2010.

Crédit photo : iStockphoto

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