Référendum syrien : un plébiscite qui ne trompe personne

Le gouvernement syrien s'est félicité de la victoire du « oui » (à 90% des voix) à la nouvelle Constitution lors du référendum organisé dimanche. La communauté internationale a dénoncé un scrutin biaisé dans un contexte de violation massive des droits de l'Homme, tandis que les deux journalistes blessés mercredi lors d'une attaque à Homs attendent toujours d'être évacués.
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Alors que la répression continue de faire chaque jour des dizaines de morts en Syrie, le régime de Bachar al-Assad s’est félicité des résultats du référendum organisé dimanche dans le pays. 90% des votants ont dit oui à la nouvelle Constitution censée abolir la suprématie du parti Baas via l’autorisation du pluralisme politique, tout en maintenant de larges prérogatives au chef de l’État et en lui assurant encore deux septennats. Washington, qui avait déjà qualifié le référendum de « plaisanterie », a dénoncé un scrutin d’un « cynisme absolu ». Les autorités syriennes ont estimé que le taux de participation (57%) aurait été plus élevé si les militants pro-démocratie n’avaient pas mené des campagnes de boycott du scrutin, tout en pointant du doigt les « blocages dans certaines régions où sévissent des gens armés », selon les mots du ministre de l’Intérieur, Mohammed Ibrahim al-Chaar. De leur côté, les Nations unies ont mis en doute la crédibilité du référendum « dans le contexte de violence généralisée et de violations massives des droits de l'Homme » qui prévaut en Syrie.

La consultation populaire n’a pas atteint les villes rebelles qui continent d’être pilonnées par l’armée. L'Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) rapporte que 109 Syriens ont été tués lundi, dont 68 abattus par balle ou à coups de couteaux dans la région de Homs. Les bombardements se sont poursuivis dans la « capitale de la Révolution », cible des roquettes depuis maintenant trois semaines, où la journaliste française Édith Bouvier et le photographe britannique Paul Conroy, blessés lors de l’attaque d’un centre de presse à Baba Amr mercredi dernier, attendent toujours d’être évacués. Les négociations de lundi sur l’évacuation des journalistes ont échoué. Alain Juppé a déclaré mardi au micro de RTL que la situation est « toujours bloquée » mais que l’état de santé de la journaliste de 31 ans semble « stabilisé ». « C’est une immense frustration que je ressens », a-t-il poursuivi, tout en expliquant qu’une « résolution pour un cessez-le-feu humanitaire et l’accès de l’aide humanitaire dans les sites les plus menacés est en cours de discussion au Conseil de sécurité ». Le ministre a formulé l’espoir que la Chine et la Russie n’opposent pas leur veto à ces tractations strictement humanitaires.

Élodie Vergelati

(Sources : AFP, lepoint.fr)
Crédit photo : AFP/Ministre syrien de l'Intérieur Mohammed al-Chaar lors d'une conférence de presse à Damas le 27 février 2012.

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