Un an après le séisme en Haïti : les femmes victimes de violences sexuelles

Un an après le séisme en Haïti : les femmes victimes de violences sexuelles
Un an après le séisme en Haïti : les femmes victimes de violences sexuelles
Un an après le séisme du 12 janvier en Haïti, la population désespère de voir le pays se reconstruire. Sur les 800 000 sinistrés encore hébergés dans des tentes en plastique, la moitié sont des femmes ou des fillettes, doubles victimes qui vivent sous la menace du viol. En direct d'Haïti, Gerardo Ducos, chercheur d'Amnesty International, répond à nos questions.
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Terrafemina : Vous êtes de retour en Haïti depuis 3 jours, comment a évolué la situation des femmes depuis votre premier voyage en mars 2010 ?

Gerardo Ducos : En fait je suis venu deux fois en 2010, en mars et en juin, et ce que je constate c'est que les camps sont toujours là, avec un peu mois d'un million de personnes sous des sacs plastiques et des tentes qui ne sont plus imperméables à la pluie. Or 53% de cette population est constituée de femmes et de fillettes, dont beaucoup on perdu leurs maris et pères. Elles doivent se débrouiller pour vivre dans 5 mètres carrés. Même si de plus en plus de camps ont accès à l'eau potable, la nourriture, et donc les petits emplois, restent la majeure préoccupation.

TF : Vous enquêtez depuis un an sur les violences sexuelles dans les camps, et publiez vos conclusions dans le rapport d'Amnesty International du 6 janvier, les femmes sont-elles plus en sécurité aujourd'hui ?

G. D. : Pas vraiment, les femmes ont peur. Les associations qui me renseignent, en particulier la Kofaviv – créée par des victimes pour soutenir les femmes agressées-, évoquent encore de nombreux cas de viols, parfois sur des fillettes de 3 ou 4 ans. J'ai aussi recueilli le témoignage de plusieurs jeunes filles de 11 à 15 ans qui se prostituent pour nourrir leurs petits-frères, des orphelins plus ou moins livrés à eux-mêmes.

TF : Aucune mesure n'a été prise pour sécuriser ces camps ?

G. D. : Même en additionnant les forces de Police à la mission des Nations-Unies, nos ressources humaines ne suffisent pas à sécuriser une ville aussi engorgée que Port-au-Prince. Une dizaine de camps sur 1150 au total bénéficient d'une protection policière 24h/24. Pour les autres, les nuits sont dangereuses, en particulier près des toilettes où parfois un verrou aurait permis d'éviter le pire. Des mesures de prévention très simples pourraient être mises en place, mais il n'y a aucune volonté politique et c'est ce que nous déplorons avec Amnesty International.

TF : Comment s'organisent les femmes haïtiennes pour survivre ?

G. D. : Elles s'équipent de sifflets pour appeler à l'aide ou organisent des patrouilles de nuit avec des lampes de poche, mais face à des bandes de jeunes armés elles ne font pas vraiment le poids. Il suffirait que le gouvernement et les ONG placent la sécurité dans ses priorités et se concerte avec ces femmes qui savent bien ce qu'il faut faire. Par exemple : mettre plus de lumière dans certains endroits dangereux, créer de vrais sanitaires pour qu'elles puissent faire leur toilette en privé, ou encore diviser les camps en deux parties hommes/femmes.

TF : Alors que des célébrations vont se multiplier pour commémorer le séisme survenu il y a un an, quel est l'état d'esprit des Haïtiens qui vivent dans les camps ?

G. D. : je ne peux pas parler en leur nom mais mon impression est que ce qui prédomine c'est un sentiment d'immense déception. Presque rien n'a été fait pour aider la population. Le pouvoir en place, en fin de mandat, semble vouloir laisser les problèmes pour le nouveau gouvernement (deuxième tour des élections prévu pour février, ndlr). En attendant les Haïtiens et Haïtiennes se débrouillent pour manger grâce au commerce de rue. Depuis mars dernier les agences humanitaires ne peuvent plus distribuer de nourriture sur ordre du gouvernement, car cela avait un impact sur l'économie. Heureusement il y a beaucoup de solidarité entre les familles dans les camps.

Vidéo : Des femmes s'élèvent contre le viol dans les camps en Haïti


© Amnesty International

Droits photos : Michael Swan

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