Italie : Silvio Berlusconi ou la mort politique par les femmes

Italie : Silvio Berlusconi ou la mort politique par les femmes
Italie : Silvio Berlusconi ou la mort politique par les femmes
Dans cette photo : Silvio Berlusconi
Dans le procès sur l’affaire du Rubygate, Silvio Berlusconi a été condamné à 7 ans de prison pour abus de pouvoir et prostitution de mineur. Si le jugement est confirmé en appel le Cavaliere sera interdit de mandat public à vie. Les féministes applaudissent la fin d’un parcours judiciaire qui dure depuis 20 ans.
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Le Rubygate pourrait bien marquer la fin de la carrière politique de Silvio Berlusconi. La condamnation de l’ancien président du Conseil italien par le tribunal de Milan à 7 ans de prison pour abus de pouvoir et prostitution de mineure marque un tournant dans ses déboires judiciaires, puisqu’elle est assortie d’une interdiction  d’exercer un mandat public à vie.

Ruby, l'erreur fatale du Cavaliere

« Cette condamnation est l’aboutissement logique de cette affaire. Le pouvoir judiciaire a fait son travail, et il n’était pas possible d’interpréter autrement les enregistrements présentés au procès », analyse Serena Romano, présidente de l’association féministe italienne Corrente Rosa. Silvio Berlusconi était en effet intervenu en mai 2010 auprès de la police pour faire libérer sa protégée Karima El Mahroug, arrêtée pour vol. Surnommée « Ruby, la voleuse de cœurs », la jeune femme, mineure à l’époque, aurait également été rémunérée par l’ex-président du Conseil pour des prestations sexuelles. 

« Ce sont trois femmes juges qui ont délibéré sur le cas de Silvio Berlusconi lundi, et je pense qu’elles ont fait un travail remarquable », ajoute S. Romano. « Il est évident qu’il y a un certain dégoût des femmes en Italie pour la personnalité de Silvio Berlusconi », ajoute-t-elle, non sans lassitude, faisant allusion au procès sur les Bunga bunga de 2010, qui a également refait surface lundi.  

Bunga bunga, « un grand harem »

Les juges ont en effet annoncé que le parquet allait enquêter sur d’éventuels faux témoignages lors du procès qui accusait Berlusconi et son réseau d’avoir recours à des prostituées. Les Bunga bunga girls, ces jeunes femmes habituées des orgies organisées au domicile du Cavaliere, avaient alors démenti être des prostituées et présenté ces sorties comme des concours burlesques. Deux d’entre elles ont confirmé leur version des faits dans un reportage diffusé le 23 juin sur Canal+ (le Supplément). Plus fidèles que jamais à leur « idole », Marysthell Polanco et Aris Espiona décrivent les Bunga bunga comme un grand harem, mais se défendent d’être des prostituées : « Il y avait beaucoup de femmes dans ces soirées, qui peut dire comment on reconnaît une prostituée ? Est-ce que c’est écrit sur son passeport ? » Les deux jeunes femmes reçoivent pourtant la somme de 2500 € par mois et des bijoux régulièrement. Il semble qu’elles soient des relations très proches de l’homme politique. En 2010, il a finalement été démontré que des prostituées étaient recrutées dans des réseaux organisés pour ces soirées : trois collaborateurs de Silvio Berlusconi ont été condamnés pour proxénétisme.

L'arrêt de mort pour le parti du Peuple de la Liberté ?

« Ces femmes ne sont ni plus ni moins que des salariées de Silvio Berlusconi, elles prennent forcément sa défense », explique S. Romano, qui estime que malgré ses soutiens politiques et médiatiques, cette fois-ci le Cavaliere aura du mal à faire croire à sa position de victime. « Il est toujours passé entre les mailles, notamment en abaissant le délai de prescription des affaires lorsqu’il était président du Conseil, mais l’abus de pouvoir commis dans l’affaire Ruby est trop grave pour que le jugement ne soit pas confirmé. » Bien plus que la prison –à 76 ans, il est peu probable que Berlusconi y mette les pieds-, c’est cette inéligibilité à vie qui pourrait lui porter le coup de grâce car « sans la personnalité charismatique de son leader le peuple de la liberté (PDL) n’a que peu de chances de remporter des élections ».

En attendant les féministes italiennes ne prévoient pas pour le moment de manifester comme elles l’avaient fait en février 2011 pour la dignité des femmes, préférant laisser les nombreuses procédures judiciaires suivre leur cours, « mais si les peines prononcées contre Berlusconi ne sont pas appliquées, nous n’hésiterons pas », promet Serena Romano, qui a l’impression de voir le bout d’une chasse à l’homme entamée il y a 20 ans. 

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