Place Tahrir, symbole de liberté devenu celui des violences faites aux femmes ?

Place Tahrir, symbole de liberté devenu celui des violences faites aux femmes ?
Place Tahrir, symbole de liberté devenu celui des violences faites aux femmes ?
Dimanche 8 juin, une étudiante a été violée place Tahrir, au Caire, où s’était rassemblée la foule pour célébrer l’investiture du président al-Sissi. Sept suspects ont depuis été arrêtés, a annoncé le ministère de l’Intérieur. Cette nouvelle agression intervient une semaine après l'adoption par le Parlement égyptien de nouvelles mesures pénales contre le harcèlement sexuel.
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Lieu emblématique de la révolution égyptienne en 2011, la place Tahrir au Caire serait-il devenu celui des exactions contre les femmes ? Dimanche 8 juin, alors que la foule s'y était rassemblée pour célébrer l'investiture du président Abdel Fattah al-Sissi, une étudiante de 19 ans a été violée par sept individus. La vidéo de son agression, filmée avec un téléphone portable, est depuis devenue virale sur les réseaux sociaux. On y aperçoit la jeune femme presque nue, écorchée et couverte de bleus être escortée par des policiers et une ambulance, tandis qu'une masse d'hommes se forme autour du cortège.

Lundi, les images de l'agression ont été identifiées par un responsable de la sécurité, qui a confirmé que l'étudiante a été transférée à l'hôpital. De son côté, le ministère de l'Intérieur égyptien a annoncé avoir ouvert une enquête et procédé à l'arrestation de sept suspects. Tous ont déjà été impliqués dans des affaires d'agression sexuelle.

Les associations de défense des droits des femmes en colère

Cette nouvelle agression sexuelle intervient moins d'une semaine après l'adoption par le parlement égyptien d'une série de mesures condamnant pénalement le harcèlement sexuel. Si celui-ci est désormais passible de six mois de prison et d'une amende de 3 000 à 5 000 livres égyptiennes (entre 307 et 513 euros), les associations de défense des droits des femmes avaient été nombreuses à regretter qu'aucun amendement ne punisse les agressions sexuelles en groupe, comme celle survenue dimanche.

Dans un communiqué diffusé lundi, l'association I Saw Harassment ne cache pas sa colère. « Il est honteux que les responsables de sécurité au ministère de l'Intérieur n'aient pas adopté de mesures pour empêcher de telles agressions, qui sont monnaie courante », écrit l'association, qui affirme que quatre autres femmes ont été agressées sexuellement dimanche lors du rassemblement sur la place Tahrir.

Une multiplication des agressions sexuelles

Véritable fléau national, les violences sexuelles à l'encontre des femmes ont été dénoncées dès les débuts de la révolution égyptienne, en 2011. Selon un rapport de l'ONU paru l'an dernier, 99,3% des femmes égyptiennes interrogées ont déclaré avoir déjà été victimes de harcèlement sexuel « sous quelque forme que ce soit », dans la rue, dans les transports en commun ou sur le lieu de travail.

Les femmes journalistes ne sont pas à l'abri. En novembre 2011, Caroline Sinz, qui travaille pour France 3 et une consœur égypto-américaine avaient été violemment frappées par des hommes avant d'être agressées sexuellement. En octobre 2012, c'est au tour d'une journaliste et correspondante de France 24, Sonia Dridi, d'être agressée et molestée par des dizaines d'hommes alors qu'elle couvrait une manifestation place Tahrir.

« Entre novembre 2012 et juin 2013, environ 250 cas de harcèlement, d'agression sexuelle ou de viol sous la menace d'armes lors de manifestations au Caire ont été recensés », déplore Fathi Farid, un militant d'I saw Harassment. Même constat de la part d'Human Rights Watch, qui estime qu'entre fin juin et début juillet 2013, près de cent femmes ont été attaquées lors des manifestations réclamant la destitution du président Morsi.



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