Égypte : la photo d'une militante agonisante devient symbole de résistance

Égypte : la photo d'une militante agonisante devient symbole de résistance
Égypte : la photo d'une militante agonisante devient symbole de résistance
Alors que l'Égypte commémore en ce moment le quatrième anniversaire de la révolte de 2011, qui a conduit à la chute d'Hosni Moubarak, plus d'une dizaine de personnes ont été tuées dans des affrontements avec la police. Parmi elles, une militante qui défilait pacifiquement dans les rues du Caire samedi dernier.
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Malgré la chute de l'ancien président Hosni Moubarak en 2011, les conditions d'un processus démocratique ne semblent toujours pas réunies en Égypte. Quatre ans après les soulèvements place Tahrir, des violences ont éclaté lors de rassemblements organisés dans la capitale ces derniers jours, et que la police a refusé de voir se dérouler.

Samedi 24 janvier, l'Alliance populaire socialiste, mouvance politique de gauche, organisait ainsi une manifestation au Caire. La mini-commémoration rassemblait en fin d'après-midi quelques dizaines de personnes, dont Shaïmaa al Sabbagh venue d'Alexandrie pour déposer des fleurs sur la place Tahrir. C'est alors que la police, présente en force ce jour-là, a chargé une partie des manifestants. Dans la confusion, Shaïmaa al Sabbagh a été touchée par un tir de chevrotine.

La police égyptienne rejette toute responsabilité

Sévèrement blessée, l’Égyptienne est décédée peu après la confrontation alors que des personnes présentes tentaient de lui porter secours. Une photo de la jeune militante, le visage en sang, a été prise par un photographe de l'agence Reuters peu avant sa mort, et ne cesse depuis d'être relayée sur les réseaux sociaux.

Quelques heures après l'altercation, le porte-parole du ministère de la santé a affirmé que Shaïmaa Al-Sabbagh, 34 ans, mère d'un enfant de 5 ans, était bel et bien morte dans les bras de son mari, après avoir été blessée par des tirs de chevrotine. Si des manifestants ont assuré qu'il s'agissait de tirs provenant des forces de l'ordre, le scénario est réfuté par un responsable du ministère de l'intérieur. « Aucune arme qu'il s'agisse de fusils à chevrotine ou à balles de caoutchouc n'a été utilisée. Il s'agissait d'une petite manifestation qui ne nécessitait pas le recours à de telles armes. Il n'y a eu que deux tirs de gaz lacrymogènes », a déclaré celui-ci à l'AFP.

Selon Le Figaro, « sur sa page Facebook, le même ministère va même jusqu'à insinuer que des 'éléments terroristes', sous-entendus des Frères Musulmans - bêtes noires du pouvoir depuis l'éviction par l'armée du président Morsi, en 2013 - auraient 'infiltrés' le rassemblement ». « Elle est morte pour avoir voulu chanter la liberté », a rétorqué Medhat al Zahed, l'actuel président de l'Alliance populaire socialiste, à l'origine de cette manifestation.

Photos et vidéos envahissent la toile

Devant l'ampleur prise par l'événement, le premier ministre Ibrahim Mahlab a annoncé l'ouverture d'une enquête sur la mort de Shaïmaa Al-Sabbagh, précisant que « qui que ce soit ayant commis une erreur sera puni ».

Sur Internet, l’émotion suscitée par la mort de la manifestante s'est répandue comme une traînée de poudre. Premier vecteur de cette indignation : les photos de la victime agonisante, qui ont rapidement circulé sur Twitter. Comme le montre ce tweet posté par l'ancienne ministre Rama Yade sur son compte.


D'autres photos et vidéos, également visibles sur Twitter, ont été relayées par le New York Times, et montrent la jeune femme avant les tirs, puis à terre ou dans les bras d’Égyptiens tentaient de lui venir en aide.




Ce quatrième anniversaire de la révolte de 2011 est l'un des plus sanglants. Ce même week-end, au moins 15 personnes ont trouvé la mort lors de heurts avec la police. « Quatre ans après la révolution, la police tue toujours régulièrement des manifestants », a dénoncé dans un communiqué l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch.

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