A Tunisian Girl : « Les violences compromettent les élections »

A Tunisian Girl : « Les violences compromettent les élections »
A Tunisian Girl : « Les violences compromettent les élections »
A quelques mois d’une élection qui doit asseoir la nouvelle démocratie, la Tunisie s’échauffe de nouveau et dévoile sa vulnérabilité politique. Devenue célèbre grâce à son blog « A Tunisian Girl », Lina Ben Mhenni, 28 ans, évoque le rôle des femmes tunisiennes pendant et après la Révolution de jasmin.
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Terrafemina : Les femmes ont joué un grand rôle dans la révolution tunisienne. Sous quelles formes se sont-elles impliquées et engagées ?

Lina Ben Mhenni : Elles étaient impliquées dans toutes ses étapes et présentes aux premiers rangs pendant les manifestations. Certaines ont été des martyres. Les femmes tunisiennes sont aussi les médecins et infirmières qui ont soigné les blessés de la révolution. Elles sont les avocates qui ont dit non au régime de Ben Ali, sont entrées en grève pendant les évènements, et ont défendu les prisonniers politiques malgré la pression. Elles sont les femmes au foyer qui ont préparé la nourriture pour les révolutionnaires. Ce sont aussi les mamans qui ont continué à se battre malgré la perte de leurs enfants. Tout simplement, elles sont les femmes de toutes les classes confondues qui sont descendues crier « Dégage Ben Ali ! », le 14 janvier 2010 et quelques jours avant.

TF : Cet engagement se poursuit-il dans l’organisation des élections paritaires de l’Assemblée constituante qui auront lieu le 23 octobre ?

L. B. M. : Oui, les femmes se mobilisent. Cela se fait principalement dans le cadre du travail des associations. Différentes campagnes de sensibilisation ont été et continuent d’être organisées pour sensibiliser les femmes tunisiennes par rapport aux élections et la parité. Des campagnes et des pétitions sont aussi lancées sur Internet.

TF : La société est-elle vraiment prête à voir des femmes intégrer l’appareil politique ? Les partis sont-ils essentiellement masculins ?

L. B. M. : Je pense que la femme tunisienne a fait ses preuves dans tous les secteurs de la vie active. Certes la situation ne sera pas identique pour la vie politique, mais les Tunisiens accepteront sûrement la présence des femmes puisqu’elles sont déjà présentes dans les partis, je pense par exemple à Maya Jeribi, la présidente du Parti Démocrate Progressiste. Les Tunisiens n’oublieront jamais des noms comme Radhia Nasraoui, Leila Ben Debba, Sihem Bensedrine, qui ont été très actives pendant et bien avant les derniers évènements en Tunisie.

TF : On observe certaines régressions quant aux acquis des droits féminins depuis le départ
de Ben Ali, doit-on s’en inquiéter ?

L. B. M. : Il faut dire qu’avant le 14 janvier les associations féministes réclamaient de nouveaux droits garantissant l’égalité totale entre hommes et femmes ; dont l’égalité de l’héritage. A présent, avec les nouveaux développements (les partis islamistes autorisés), les enjeux ont changé, et il faut préserver les droits déjà acquis.

TF : Sur votre blog vous évoquez la violence des attaques anonymes sur les réseaux sociaux et des appels au viol. Qui menace et qui est menacé ?

L. B. M. : J’ai beaucoup parlé de ces attaques anonymes sur les réseaux sociaux parce que j’en ai été et j’en suis moi-même victime. Personnellement les menaces que je reçois me donnent l’impression qu’ils viennent d’islamistes. Mais je ne pourrais pas affirmer cela vu qu’elles viennent d’anonymes. Même un ex-RCdiste (membre du parti RCD, le parti du président Ben Ali, ndlr) peut se présenter comme islamiste pour semer la zizanie et la discorde. Les attaques visent généralement les acteurs de la société civile les plus actifs, ils sont plus violents quand ils s’adressent à des femmes. Je dirais qu’elles viennent des forces de la contre-révolution, mais je ne peux pas préciser tant que je n’ai pas de preuves concrètes.

TF : Les manifestations ont repris avec une certaine violence en Tunisie. Comment la population réagit-elle ?

L. B. M. : La population se divise en deux parties : l’une soutenant ces manifestations et une deuxième qui trouve qu’elles sont inutiles et qu’elles vont causer une régression à cause de la violence et la destruction de bâtiments publics. Je ne pourrais pas dire exactement qui sont ces manifestants. Des rumeurs disent que ce sont les islamistes qui sont derrière tout ce qui se passe, mais le parti islamiste Ennahda a nié son implication dans tout ça.

TF : Les élections du mois d’octobre sont-elles menacées selon vous ?

L. B. M. : Je m’inquiète pour les élections. La violence doit stopper pour qu’elles aient lieu. Ce qui me désole le plus c’est que l’enregistrement sur les listes électorales pour voter a commencé depuis le 11 juillet et finira le 2 août. Seulement 2% de la population s’est enregistrée. C’est pourquoi les blogueurs comme moi doivent sensibiliser les gens et essayer de lutter contre les forces de la contre-révolution qui ont envahi les réseaux sociaux en propageant les rumeurs et en manipulant les gens. Personnellement, je continue à écrire sur mon blog, et j’irai voter. Je ne compte pas m’engager autrement …

Lina Ben Mhenni, 28 ans, est assistante universitaire linguistique à Tunis. Elle a couvert et soutenu le Printemps arabe sur son blog : A Tunisian Girl

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