Abolition 2012 : « Prostitution = violence »

Abolition 2012 : « Prostitution = violence »
Abolition 2012 : « Prostitution = violence »
Trois associations, la Fondation Scelles, l'Amicale du Nid et le Mouvement du Nid, lancent un appel à l'abolition de la prostitution en France. L’objectif est d’interdire tout « achat d’acte sexuel » et pénaliser les clients. Pour mieux comprendre leurs motivations, voici les précisions de Frédéric Boissard, chef de projet de la Fondation Scelles.
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Terrafemina : Vous lancez avec d’autres associations l’appel « abolition 2012 », qui vise à mettre un terme à la prostitution en France. Concrètement, sur le terrain, que doit-on changer au plus vite ?

Frédéric Boissard : Ce que nous réclamons en priorité, c’est la suppression de toutes les mesures répressives à l’encontre des personnes prostituées car elles sont avant tout elles-mêmes des victimes de la prostitution. Nous souhaitons également la mise en place de moyens de protection et d’accompagnement social comme l’accès à la santé et au logement pour les personnes prostituées. La pénalisation des clients fait aussi partie de nos exigences car nous condamnons toute forme d’achat de service sexuel. Il faudrait également allouer plus de moyens à la lutte contre le proxénétisme et plus de sévérité quant aux condamnations. Actuellement, la loi est plutôt bien faite, mais elle est peu appliquée. Enfin, nous pensons qu’il faudrait effectuer un gros travail de prévention et d’information auprès des jeunes et du grand public sur les réalités de la prostitution. En effet, on entend encore aujourd'hui trop de clichés visant à dédramatiser la prostitution tels que « de toute façon c’est le plus vieux métier du monde » ou encore « elles le veulent bien ». Nous souhaitons surtout, à travers toutes ces mesures, bien faire comprendre aux gens que prostitution=violence.

TF : Vous prônez la pénalisation des clients. Or, cette année, des prostituées ont manifesté contre cette mesure, avançant le fait d’avoir choisi ce métier et craignant donc de perdre leur emploi. Comment alors ne pas pénaliser ces dernières tout en protégeant les prostituées victimes de proxénètes ?

F.B : Il faut d’abord leur donner les moyens de faire autre chose de leur vie. Nous pensons que ces prostituées ne feraient pas ce métier si elles avaient vraiment le choix, comme elles le disent. Malheureusement cette catégorie de prostituées est une minorité, mais c’est elle qu’on entend le plus. La grande majorité des prostituées, contraintes et forcées de faire ce métier, ne parle pas car elle ne le peut pas. Nous sommes donc là pour les aider. Nous ne souhaitons pas moraliser mais protéger. La condamnation de l’achat de services sexuels s’inscrit dans une idée de progression de pénalisation et d’information du client. Encore une fois, il s’agit de faire prendre conscience, même au client, que la prostitution est une violence. Demandez à un client s’il proposerait d’acheter ses services à sa sœur… Sa réponse sera évidemment non !

TF : Vous parlez «  d’incohérences des politiques publiques ». Quelles sont-elles selon vous ?

F.B : On ne peut pas dire, comme le fait l’Etat, « on te pénalise parce que tu racoles » et en même temps « tu es une victime » ! On ne peut pas non plus faire tout un tapage avec des campagnes de publicité autour des violences faites aux femmes et ne pas avancer du tout au sujet de la prostitution. De plus, il n’y a aucun moyen alloué à la lutte contre la prostitution. Nous voulons donc une vraie politique d’Etat. Ces derniers temps heureusement, on remarque un élan d’intérêt de la part du monde politique à ce sujet et nous espérons que cela continue ainsi.

TF : Vous organisez samedi 29 novembre une « grande convention abolitionniste » à l’Assemblée nationale. Que va-t-il s’y passer ?

F.B : Cette convention se déroulera au Palais Bourbon salle Victor Hugo, de 16h à 21h, et sera divisée en plusieurs temps. Il y aura d’abord un temps de parole réservé aux personnages politiques présents. Il sera suivi par la présentation des associations (24 au total) qui soutiennent l’appel. Enfin, la dernière partie de cette convention sera axée sur la « mobilisation stratégique des abolitionnistes », elle-même déclinée en trois points. Le premier sera le « défi de la loi », une table ronde autour du projet de loi où l’on discutera de ce que l’on veut y mettre. Le deuxième sera le « défi de l’opinion public » où l’on réfléchira à la manière d’expliquer dans les médias que la prostitution est une violence. Pour finir, le troisième point sera réservé au « défi des alternatives à la prostitution », où l’on se penchera sur les solutions de protection et d’indemnisation des prostituées.

Le site d'Abolition 2012

Alexandre Roux

Crédit photo : Mauritius

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