Papa ou maman : quand la cellule familiale en prend plein la gueule

Papa ou maman : quand la cellule familiale en prend plein la gueule
Papa ou maman : quand la cellule familiale en prend plein la gueule
En 2015, le divorce est banalisé. Un couple sur deux en passera par là, et optera très certainement pour le consentement mutuel voire la garde partagée. C’est ce qu’imaginaient faire Florence et Vincent, alias Marina Foïs et Laurent Laffitte, les héros de cette comédie jubilatoire au traitement certes potache mais pas totalement anodin.
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Florence, working mum ultra lancée de 45 ans, est mariée à Vincent depuis vingt ans. Ensemble, ils ont construit deux carrières en pleine ascension, et élevé bon an mal ans trois ados qu’ils adorent. Ils sont le maître étalon familial de leurs amis, fascinés par cette réussite professionnelle autant que personnelle à laquelle beaucoup de couples dits « à double carrière » aspirent. Et pourtant… Ils veulent divorcer. Erosion du temps oblige, nos quadras s’adorent mais, plus Beatles que Rolling Stones, ne souhaitent pas « faire la tournée de trop ». C’est certain, ils vont réussir leur séparation comme ils ont performé en mode conjugal.

Voici le point de départ de Papa ou maman, le film de Martin Bourboulon tiré du livre de Guillaume Clicquot plus explicitement appelé, lui, Garde tout, surtout les gosses ! Car, si nombre de couples se déchirent autour de la délicate question de la garde des enfants, nos deux protagonistes vont tout faire, au contraire, pour se débarrasser de leur encombrante progéniture. Florence s’est vue proposer une belle opportunité à l’étranger. Quant à Vincent, médecin, il a enfin l’occasion de réaliser son rêve en partant en mission humanitaire après des décennies de soumission aux injonctions organisationnelles. Couches, école, vacances, judo, devoirs, colos, planning chronométré rendu obligatoire par la gestion d’une cellule familiale devenue plus encombrante qu’épanouissante, chacun de nos jeunes quadras dans la force de l’âge serait tenté de tout envoyer valser ne serait-ce que pour quelques mois d’une liberté qu’ils n’ont plus connue depuis que leur aîné a poussé son premier cri.

Dédramatiser les tracas infligés par la cellule familiale à ses occupants

Afin de ne surtout pas se voir octroyer cette garde dont ils ne veulent pas, nos héros vont rivaliser d’imagination pour passer à la chair de leur chair toute envie de les élire parent idéal. Foïs et Lafitte, manifestement enchantés par ces rôles jouissifs, s’en donnent à cœur joie. Porté par un rythme endiablé, le film fonctionne à merveille. On rit, parfois avec une pointe de culpabilité, face aux tortures infligés par ces abominables géniteurs à leurs pauvres enfants déboussolés. Ca part un peu dans tous les sens, mais on suit. Et malgré l’image apocalyptique d’une cellule familiale qui en prend plein la gueule, on rit aux éclats comme pour dédramatiser, justement, les mille et un tracas qu’elle subit et fait subir chaque jour à ses occupants.

Papa ou maman ?, ou La Guerre des Rose revisitée version 2.0, dans laquelle les enfants sont venus ajouter à la difficulté de se séparer, ô utopie antédiluvienne, dans la paix et l’harmonie.

Certes, personne ne se reconnaîtra dans ces parents ignobles désireux de se séparer de leurs enfants. On est dans la comédie, et le film n’a d’autre but que de distraire avec succès un public qui se massera certainement dans les files adjacentes à celles du très attendu Fifty Shades of Grey pour ricaner de manière expiatoire avant de rebooster sa libido endormie à coups de scènes de bondage sado-niaiseuses.

Une mise en lumière de certaines réalités du divorce

Pourtant, s’il prend le contre-pied des chiffres récents, ce scénario met en lumière certaines réalités du divorce aujourd’hui. Comme Florence-Foïs, les femmes travaillent, et cherchent à accomplir leur vie professionnelle en même temps que l’éducation de leurs enfants tout en maintenant à flot un couple qui, dans un cas sur deux, périclitera pourtant fatalement. Comment faire, alors, quand on se retrouve seule à devoir gérer les emplois du temps de chacun en plus d’une ascension professionnelle soumise, bien souvent, au machisme toujours prégnant qui consiste à déresponsabiliser les mères divorcées soupçonnées d’avoir trop peu de temps à accorder à leur carrière ? 68% des femmes qui divorcent aujourd’hui ont pourtant un emploi alors que les enfants sont confiés dans 75% des cas à la mère. Quant aux familles monoparentales, elles sont à 85% constituées par des femmes. Est-ce à dire que les hommes prennent la poudre d’escampette une fois la séparation consommée ? Au contraire.

Aujourd’hui, le rôle du père prend une place de plus en plus importante dans la vie des hommes. Les derniers chiffres tombés fin janvier 2015 montrent que la garde alternée est de plus en plus plébiscitée, puisque décidée dans 21% des divorces, lesquels sont jugés par consentement mutuel dans la majorité des cas. On assiste donc bien à un rééquilibrage des rôles du père et de la mère. Il y a quelques années encore, la question de la garde posée telle que dans Papa ou maman aurait paru saugrenue. Aujourd’hui, alors que chacun veut intervenir à parts égales dans l’éducation et la vie des enfants, la question peut être posée. Alors, papa ou maman ? Chacun cherche à composer pour le bien de l’enfant. Quant au divorce, la dernière utopie des ex-parents parfaits serait de le réussir autant que tout le reste, au point d’organiser une de ces « divorce parties » devenues phénomènes aux Etats-Unis.

Vous êtes loin du compte, et avez parfois envie de buter l’abject individu qui vous a donné de si beaux héritiers ? Foncez décompresser devant « Papa ou maman ». Vous verrez, ça ira forcément mieux après.   

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