L'abstinence, vrai moteur du désir ?

L'abstinence, vrai moteur du désir ?
L'abstinence, vrai moteur du désir ?
L'amour est-il meilleur après la frustration ? Cette semaine, notre experte Sophie Bramly nous apprend à trouver le juste équilibre entre attente et satisfaction, pour plus de plaisir.
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De nombreux personnages de l'Histoire ont prôné l'abstinence et renoncé au sexe, comme Saint Paul ou Mme de Lafayette. Mais, de tous temps, il y a eu des cultures qui ont prêché de courtes périodes de tempérance. Chez les Aztèques, par exemple, on enseignait au peuple la modération sexuelle, en la distinguant de l'abstinence, qui était au contraire déconseillée. Au Swaziland, jusqu'à il y a quelques années, le pays tout entier était soumis à un rite d'abstinence, le Umchwasho.

Au Moyen Âge, le christianisme recommandait chez nous le carême. À l'époque, cela correspondait à deux périodes de quarante jours de jeûne et d’abstinence sexuelle, entre les mois de septembre et décembre. Chez les juifs orthodoxes, on continue de prescrire une semaine d'abstinence pendant la menstruation de la femme, suivie d'une autre semaine d'abstinence pour renouveler le désir. Chez les musulmans, il est interdit d'avoir des rapports sexuels pendant les heures de jeûne du ramadan.
Les médecins ont également longtemps recommandé l'abstinence aux hommes, car la croyance voulait que l'éjaculation, la perte de sperme, corresponde à une perte de vitalité trop importante. C'est d'ailleurs en partie vrai : c'est souvent la raison pour laquelle les hommes s'endorment après l'amour, ce temps est nécessaire pour générer de nouveaux spermatozoïdes. Mais ils ont une durée de vie courte et doivent de toute façon être renouvelés.

C'est sans doute la mythologie grecque qui explique le mieux les liens indispensables qui unissent l'abstinence et le plaisir sexuel.
C'est Eros, le dieu de l'amour, qui a donné son nom à l'érotisme. Ce que l'on sait moins, c'est qu'il est aussi le dieu de la puissance de création. Il est le fils de Poros, qui signifie « plénitude », et de Pénia, qui signifie « manque ». De son père, il a hérité le goût du savoir, de la beauté, d'un esprit alerte ; il est le symbole de l'infini. De sa mère, il a hérité de la pauvreté, de la privation ; elle est le symbole du vide. Il ne faut pas y voir ici de valeur négative : le vide est, dans la pensée chinoise, la matrice, le centre de toute chose. Ce qui fait le vase, disent-il, n'est pas tant l'argile dont il est fait que le vide en son centre. Dans la physique quantique, on parle d'atomes faits de particules élémentaires qui sont toutes faites de vide et d'impulsions. Et c'est le vide qui orchestre tout l'univers. Le monde ne fonctionne donc ainsi que grâce à Eros, union d'une impulsion créative et d'un vide qui est au centre du monde. Et pour les Grecs, c'est bien le manque qui crée le désir, et produit ainsi l'action. Ainsi, l'amour est l'équilibre savant entre l'attente et la satisfaction.

La frustration, qui touche à l'injure et est si souvent vécue comme négative dans notre société actuelle est donc pourtant un puissant moteur pour le désir. Il suffit de comparer avec nos habitudes alimentaires pour achever de s'en convaincre : le meilleur des plats mangé tous les jours perd de sa saveur. À l'inverse, si l'attente a été longue et qu'il a été fantasmé, il est plus succulent encore. Si l'aliment est interdit, et que l'on transgresse l'interdit, alors on peut parfois toucher à l'extase, comme en amour. Mais là, c'est une autre histoire…

À vous maintenant de savoir doser.

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