Désir féminin : pourquoi et comment les femmes doivent mieux l'apprivoiser

Désir féminin : pourquoi et comment les femmes doivent mieux l'apprivoiser
Désir féminin : pourquoi et comment les femmes doivent mieux l'apprivoiser
Pourquoi sous-estime-t-on encore trop souvent le désir féminin ? Pourquoi les femmes se posent-elles encore des limites ? Et comment la société, les hommes et les femmes elles-mêmes peuvent-elles enfin prendre toute la mesure de ce désir sexuel ? La réponse avec notre experte sexo, Sophie Bramly.
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On sait comme le désir féminin a été contraint pendant des siècles, tant les hommes ont voulu le contrôler pour des raisons multiples (contrôle de la démographie, peur du désir féminin longtemps considéré plus intense que le masculin, peur d'une progéniture qui ne serait pas sienne, etc.). S'il est entendu qu'aujourd'hui il se libère, on sait aussi que les injonctions des siècles précédents ont laissé des traces qui nécessitent encore du temps avant d'être totalement effacées. Mais selon les derniers travaux de la très brillante Meredith Chivers, professeur et chercheur en sexologie à la Queen's University de Kingston, au Canada, d'autres raisons ont un rôle significatif, et le désir féminin – étudié depuis peu – est bien plus intéressant, plus gourmand, que ce qu'il est habituel d'en dire.

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Il y a quelques années, la chercheuse à « récupéré » une machine qui avait était conçue par le psychiatre Kurt Freund, le pléthystographe, qui, dans les années 50, avait servi dans l'armée tchèque pour identifier quels enrôlés étaient homosexuels. À partir de cette machine qui se fixe directement sur les organes génitaux, elle teste, depuis plusieurs années, le comportement féminin versus le masculin et observe dans les deux cas les différences notables entre le déclaratif et ce que dit la machine. En d'autres termes, les gens répondent à des questionnaires après avoir vu des images ou entendu des sons d'hommes et de femmes en train de faire l'amour, dans toutes sortes de situations différentes, seuls ou à plusieurs, homosexuels ou hétérosexuels, tandis que la machine analyse les stimulis. Un point notable majeur est que dans le cas des femmes, et des femmes uniquement, l'esprit et le corps ne disent pas la même chose. Si par exemple une femme déclare n'avoir que 3 partenaires sexuels dans sa vie, c'est souvent parce qu'elle fait abstraction de ceux qu'elle n'a pas aimé, et qu'elle souhaite garder une image d'elle « respectable ». Ou, si elle fantasme sur des partenaires féminines, tout en se sachant hétérosexuelle, elle aura du mal à l'avouer. Les exemples de dichotomie entre le corps et l'esprit féminin regorgent dans ses études.

>> Pourquoi crie-t-on pendant l'amour ? <<


Quand le désir des femmes se révèle sur le tard

Elle voit plusieurs explications à cela, dont une est physiologique. L'homme, étant habitué à voir son pénis et à le voir réagir à des situations par des érections, sa tête et son corps sont en harmonie. À l'inverse, la femme ne voyant pas son sexe (qu'elle n'a souvent jamais vu) et ne sachant pas être à l'écoute (si ce n'est observer) ses réactions, n'est pas souvent capable d'identifier vraiment son désir. Un exemple courant est que les femmes en couple depuis de longues années se réveillent souvent sexuellement après une séparation. Elles ont fait se qu'elles pensaient « normal » de faire dans un couple, puis, si le partenaire s'en va – et a fortiori avec une plus jeune – elles lâchent la bride et se mettent à vivre des relations sexuelles qui sortent du cadre de ce qu'elles s'étaient autorisées jusque-là.

Autre fait de dichotomie surprenant, le pléthystographe montre que l'afflux sanguin dans le vagin de la femme, signe de son excitation, est supérieur lorsqu'elle regarde des photos d'inconnu(e)s que lorsqu'elle regarde des photos de gens qu'elle connait (amants, amis, connaissances …), qu'il s'agisse des hommes comme des femmes. Ce qui tort le cou aux idées reçues qui veulent que la femme soit sentimentale et fasse passer ses émotions avant ses pulsions.

>> Les femmes aussi veulent du sexe pour le plaisir du sexe <<

Enfin, tous ces tests se faisant à partir de documents pornographiques ou érotiques, force est de constater que les femmes aiment ça, elles aussi, réagissant à tous types d'images.

Il faudra sans doute encore du temps pour bien comprendre qu'une femme n'est en rien le « sexe faible », et que les femmes elles-mêmes l'acceptent et s'autorisent à vivre pleinement leurs désirs. Mais il serait peut-être déjà utile que les femmes apprennent à glisser un miroir entre leurs cuisses, et observent le tremblement de leur vulve, lorsque l'image d'un(e) inconnu(e) se présente, pour bien comprendre qu'elle sont très désirantes avant d'être désirées.