Les femmes afghanes terrorisées par les hackers sur Facebook

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Facebook serait-il devenu le nouveau terrain de jeu des pourfendeurs des droits des femmes en Afghanistan ? Les piratages de comptes de jeunes femmes se multiplient dans le pays. Objectif : créer de faux profils faisant croire à des comportements illicites. Une pratique qui peut avoir des conséquences dramatiques pour les victimes.
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Piratage, création de faux comptes... Facebook est, en Afghanistan, un nouvel enjeu pour toute une frange ultra-conservatrice bien décidée à mettre à mal les acquis de la condition féminine engrangés depuis 2001 et la chute du régime des Talibans. En effet, les hackers multiplient les actions contre les profils Facebook de jeunes femmes afghanes.

De faux profils qui font l'apologie de la drogue ou de la pornographie

Ainsi, le Washington Post relate dans ses colonnes les mésaventures de ces internautes dont les comptes ont été piratés et certaines photos volées. Les hackers utilisent ces images pour créer un faux profil prônant, par exemple, l'usage de drogues ou la pornographie. Or, dans le pays, pareils agissements peuvent coûter très cher aux femmes censées se conformer à un mode de vie strict, synonyme de pureté et d'honneur pour la famille.

Une fausse page Facebook sur laquelle un vulgaire montage montre une femme buvant de la bière peut donc avoir des conséquences désastreuses. Le sentiment de honte qui en découle chez la victime et ses proches est même susceptible de provoquer "un mariage forcé, des violences familiales ou même la mort", rapporte le site du quotidien américain. Problème, les Afghanes ont bien du mal à faire entendre raison à Facebook, comme le rapporte Farid Ahmadi, propriétaire d'un cyber café à Kaboul qui voit trois à quatre femmes désespérées se présenter dans son établissement chaque semaine.

Les femmes contraintes à la clandestinité en ligne

"La plupart du temps, Facebook répond en disant : 'Merci pour l'info, mais vous cela ne veut pas nécessairement dire qu'il s'agisse d'un faux compte'", indique Farid Ahmadi. Et de poursuivre : "Je ne pense pas qu'ils comprennent la culture des pays musulmans". Le réseau social assure de son côté mener une politique de "tolérance zéro" envers les faux comptes. Facebook dit être en mesure d'identifier ceux-ci dès lors que l'imposteur commence à faire des demandes d'amis. La procédure, qui peut être longue, pousse certaines Afghanes a opté pour la clandestinité sur le réseau social.

C'est le cas de Masoma Akrami, une journaliste de 21 ans qui après avoir été victime d'un piratage comportant des menaces de mort contre elle et sa famille, a enlevé toutes ses photos de profil, bloqué toutes les demandes d'amis et limité ses interactions à un petit groupe d'amies de confiance.

La cybersécurité est donc un problème croissant dans ce pays de 31 millions d'habitants où les deux tiers de la population est âgée de moins de 25 ans. Par ailleurs, si seulement 7,7% des habitants ont accès à Internet, les trois quarts d'entre eux utilisent les réseaux sociaux. Reste que les autorités afghanes ne semblent pas prendre le problème à bras le corps. Et Masoma Akrami de conclure : "Les hommes veulent déjà que les femmes couvrent leur visage dans la rue, ils sont à présent parvenus à ce que l'on se cache en ligne".

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