Être un homme à l'ère #MeToo : "On n'avait pas conscience de l'ampleur du fléau"

#MeToo : "Je suis un homme, et ma vision des rapports hommes-femmes a changé depuis Me Too"
#MeToo : "Je suis un homme, et ma vision des rapports hommes-femmes a changé depuis Me Too"
Comment se comporter avec une femme quand on est un homme à l'ère post #MeToo ? À l'occasion du 1er anniversaire du mouvement, Samuel, 38 ans, nous livre sa vision des rapports hommes-femmes dans la société.
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Il y a un an jour pour jour, l'actrice américaine Alyssa Milano appelait toutes les victimes d'agressions sexuelles à sortir du silence dans une publication sur Twitter et relançait lemouvement #MeToo, qui prendra une ampleur mondiale inédite.

L'initiative de l'ancienne actrice de Charmed suite à l'affaire Harvey Weinstein a eu des répercussions sociétales phénoménales et a permis à des milliers de victimes de violences sexuelles de sortir du silence. Largement représentés par les femmes, #MeToo et #BalanceTonPorc, constituent également une source de questionnement pour les hommes. D'abord silencieuse et attentive, la gent masculine s'est peu à peu invitée dans le débat, avec des avis plus ou moins mitigés.

Si beaucoup d'hommes soutiennent les femmes, d'autres craignent une guerre des sexes. Certains hommes, mais aussi certaines femmes, redoutent également que ces mouvements signent la fin de la "liberté d'importuner" des femmes dans l'espace public, de draguer ou de flirter.

À l'occasion de ce premier anniversaire de #MeToo, nous avons demandé à Samuel, 38 ans, de nous raconter sa vision du mouvement.

"#MeToo a provoqué en moi un examen de conscience"

"J'ai découvert #Me Too à travers un article de Lénaig Bredoux, journaliste pour Mediapart. Je ne connaissais pas ce mouvement, car je n'étais pas beaucoup connecté aux réseaux sociaux. J'ai découvert qu'il y avait une prise de parole, des témoignages de femmes victimes de violences à différents degrés. Cela a été une révélation pour beaucoup d'hommes, moi y compris. On savait que les violences sexuelles existaient bien sûr, mais on n'avait pas conscience de l'ampleur du fléau.

J'ai eu beaucoup de discussions, notamment avec des groupes féministes, j'ai notamment entendu beaucoup d'étonnement de la part des femmes qui se demandaient comment les hommes ne pouvaient pas être au courant de tout ce qui se passait. J'avais entendu que les femmes se donnaient des recommandations entre elles pour éviter de se faire agresser. Nous, hommes, n'étions pas destinataires de ces mises en garde contre untel ou untel, ce qui peut expliquer notre ignorance de l'ampleur du phénomène avant #MeToo...

#MeToo a provoqué en moi un examen de conscience. J'ai repensé à certains épisodes de ma vie. J'ai par exemple recontacté une ex pour lui parler d'un rapport que nous avions eu. Je voulais connaître son ressenti sur la question. Une fois cet examen de conscience fait, et qu'on sait que l'on est pas un violeur, il n'y a aucune raison de se sentir agressé en tant qu'homme.

Ces victimes parlent de ce qu'elles ont vécu, mais cela ne nous met pas automatiquement sur les bancs des accusés. Si les hommes sont en paix après avoir effectué leur examen de conscience, on n'a aucune raison de se sentir agressés et on peut juste être à l'écoute, comprendre un peu mieux, et voir les choses différemment.

"Le consentement n'est pas un chèque en blanc"

Aujourd'hui, j'essaie de me demander ce qui provoque ces réactions de rejet, de dénégation, les phrases comme "elle l'a bien cherché". Je pense que pour les hommes, il y a probablement une forme de difficulté à accepter la liberté des femmes dans leur sexualité. C'est quelque chose qui pose problème, car qu'on n'y réfléchit pas, c'est un peu le mode par défaut.

Pas plus tard que vendredi, j'ai laissé un commentaire sur Mediapart à propos de l'affaire du joueur de foot Cristiano Ronaldo qui remonte à 2009 et qui l'accuse d'agression sexuelle sur une mannequin. Le commentateur de l'article disait que cette mannequin avait "tout de même participé à la fête". Je lui ai répondu qu'il ne dirait certainement pas ça s'il avait été à la place de la victime.

Moi, ce qui me paraît évident, c'est que ce n'est pas parce qu'on vous suit dans une chambre qu'on accepte tout. Le consentement n'est pas un chèque en blanc pour faire tout ce qu'on veut à une personne par la suite. On peut avoir envie d'arrêter un rapport sexuel à tout moment. Aujourd'hui, surtout depuis #Me Too, ces choses me paraissent évidentes, mais elles étaient peut-être plus mitigées par le passé.

"Pourquoi faire la bise à une femme et serrer la main à un homme ?"

Quand j'ai découvert #MeToo, j'en ai parlé autour de moi, notamment au bureau, pour poser des questions à mes collègues [je suis juriste dans un syndicat] et connaître leur ressenti. Car pour moi, ce mouvement suppose aussi le rapport au boulot : je me suis dit que les plaisanteries salaces cachaient peut-être de la souffrance.

Je n'ai toujours pas de réponse à cette question, car il est difficile de savoir ce qui se passe dans la tête des gens. Est-ce qu'ils acceptent ce genre de blagues par habitude, par peur de dire quelque chose, ou alors parce qu'ils s'en fichent ou encore que ça les amuse ?

À titre plus personnel, je m'interroge depuis longtemps sur le sexisme au travail. Par exemple, pourquoi fait-on la bise aux femmes et sert-on la main aux hommes ? Je trouve bien plus logique de serrer à la main aux personnes qu'on ne connaît pas et faire la bise à celles qu'on connaît, tous sexes confondus.

J'ai aussi remarqué qu'en faisant la bise à quelqu'un "qu'on aime bien", on lui met souvent la main sur l'épaule. Moi-même j'avais ce réflexe avec une fille que je ne connaissais pas très bien, même si je la voyais souvent. Je me suis demandé pourquoi je faisais ça avec elle. Je me suis dit qu'il n'y avait pas de rapport qui justifiait cette attitude, du coup je ne le fais plus.

Ce qui est marrant, ce que j'ai l'impression de mieux m'entendre avec elle depuis. Peut-être qu'en fin de compte, on produit ces gestes inconsciemment mais dès qu'on les questionne, on se rend compte qu'on ferait mieux de les changer.

"Nous sommes tous victimes d'un système"

En tant qu'homme je ne vois pas la nécessité d'accaparer les débats, ni de donner dans la polémique, mais je me sens légitime d'exprimer mon ressenti sur ces questions, tant que ce n'est pas sur le mode victimaire. Ce n'est pas parce qu'on parle de problématiques spécifiques aux hommes, qu'il faut automatiquement les opposer aux femmes.

Le système de pensée qui consiste à dire que toutes les femmes sont des objets sexuels à disposition des hommes est que ces derniers sont tous des prédateurs sont en réalité les deux facettes d'un même problème. Je pense que nous sommes tous victimes de ce système, en dehors des agresseurs conscients, bien évidemment. Pour moi, le plus important est donc de s'aider en se soutenant les uns les autres."