Sexisme au travail : comment les entreprises peuvent-elle (enfin) agir ?

Agir contre le sexisme au travail
Agir contre le sexisme au travail
Le sexisme au travail reste un problème persistant, comme le montre une nouvelle enquête éloquente remise au gouvernement ce jeudi (24 novembre). Pour endiguer ce fléau, le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) lance un "kit contre le sexisme" qui vise à sensibiliser les salariés et les entreprises.
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Une blague déplacée par-ci, un geste inapproprié par-là, une remarque dévalorisante au détour d'une réunion... Le sexisme ordinaire a malheureusement toujours droit de cité dans le monde du travail en France et il "pourrit la vie des femmes", comme le rappelle Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes. Les chiffres sont sans équivoque. Ainsi, 74% des femmes salariées non-cadres considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes, selon une nouvelle étude menée auprès de plus de 10.000 salariés non-cadres par BVA pour le gouvernement publiée ce jeudi (24 novembre). Une femme non-cadre sur deux a ainsi déjà été confrontée personnellement au sexisme. De même, 51% des femmes salariées non-cadres estiment "avoir rencontré un frein professionnel en raison de leur sexe".

Autres chiffres frappants : 3 femmes sur 4 ont déjà entendu des blagues sexistes sur les femmes, 2/3 des femmes soulignent également "une stigmatisation des mères". Et ces attaques ou petites remarques insidieuses ne sont pas sans conséquences. Comme le précise l'étude, le sexisme a des répercussions négatives tant sur la santé que sur les missions du salarié, entraînant perte de confiance, dégradation de la santé ou encore isolement et conduisant d'ailleurs 53 % des femmes interrogées à adopter des "conduites d'évitement" (ne pas porter certaines tenues vestimentaires, faire en sorte de ne pas se "faire remarquer", éviter de croiser certains collègues au détour d'un couloir...). Mais le pire, c'est la passivité du milieu professionnel, qui peine à s'emparer du sujet : seules 18% des femmes estiment que leur entreprise combat le sexisme. "Les résultats de l'enquête présentés aujourd'hui par le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes constituent une nouvelle preuve tangible et incontestable que les agissements sexistes sont, tout simplement, dégradants et humiliants", explique la ministre Laurence Rossignol dans le communiqué de presse accompagnant cette étude.

Un kit pour lutter contre le sexisme

Pour sensibiliser le monde des entreprises et combattre ce fléau, le Conseil Supérieur de l'Egalité Professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) a lancé ce jeudi un "Kit pour agir contre le sexisme" destiné aux employeurs, DRH, représentants syndicaux, salariés dans le cadre de sa campagne Sexisme pas notre genre. Parmi les outils déployés pour encourager, agir et accompagner la dynamique anti-sexiste au travail, on retrouve notamment la définition juridique de l'"agissement sexiste", introduite récemment dans le code du travail. Une notion encore trop floue pour une bonne partie des salariés.

Le sexisme encore trop présent dans les entreprises françaises
Le sexisme encore trop présent dans les entreprises françaises

L'agissement sexiste, c'est quoi au juste ?

L'article L. 1142-2-1 du Code du travail est ainsi libellé : "Nul ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant."

Des exemples-types : critiquer une femme parce qu'elle n'est pas "féminine" ou un homme parce qu'il n'est pas "viril", avoir une conduite verbale ou une posture corporelle hostile envers une personne en raison de son sexe, ne pas prendre les compétences des salarié(e)s au sérieux et les humilier, faire des commentaires humiliants ou désobligeants ou faire des "blagues" ("Fais pas ta blonde")...

Ce que risque l'auteur de l'agissement sexiste ?

Comme le rappelle le document produit par le Conseil supérieur de l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes : "Celui ou celle qui adopte ce type d'agissement peut faire l'objet d'une sanction disciplinaire de la part de son employeur pouvant aller du simple avertissement et blâme jusqu'au licenciement". De son côté, la victime d'agissements sexistes peut saisir le juge des prud'hommes contre son employeur afin d'obtenir réparation pour le préjudice subi.

La campagne Sexisme pas notre genre lancée par le gouvernement
La campagne Sexisme pas notre genre lancée par le gouvernement

Les clés pour combattre le sexisme au sein de l'entreprise

Le kit du CSEP, téléchargeable sur le site duMinistère des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, présente également des clés très claires pour prévenir tout comportement sexiste au sein des entreprises.

- Afficher l'engagement de l'entreprise : "En rappelant dans vos outils de communication interne (intranet, affichages, lettre d'information) et lors de vos prises de parole devant les différentes instances internes, la volonté de l'entreprise de lutter contre le sexisme."

- Sensibiliser les salariés : "En mettant en place des actions de sensibilisation et de formation à destination de l'ensemble de vos collaborateurs.trices pour développer les compétences nécessaires au déploiement d'une politique organisationnelle et de relations sociales, exempte de sexisme."

- Prévenir les comportements sexistes : "En rappelant dans votre règlement intérieur, l'interdiction de tout agissement sexiste au travail qui doit désormais obligatoirement y figurer (article L.1321-2 CT)" ou "En intégrant, dans votre plan de prévention, les risques liés à tout agissement sexiste."

- Les sanctionner : "En prenant toutes les mesures immédiates propres à protéger la victime, dans le cadre de votre obligation de santé et de sécurité. L'employeur.euse peut, en cas d'agissement sexiste, prononcer une sanction disciplinaire à l'égard d'un.e salarié.e qui aura manqué à ses obligations. Ces sanctions pouvant aller du simple avertissement ou blâme au licenciement."

- Évaluer le climat social de l'entreprise : "Par exemple, en réalisant une enquête ou un baromètre auprès des salarié.es de votre entreprise. Outre le fait qu'une telle évaluation permettra de mesurer le ressenti des salarié.e.s vis-à-vis du sexisme, elle aura pour effet de sensibiliser les répondant.e.s à la réalité du sexisme."

- Veiller à la prise en charge des victimes

L'étude de BVA remise au gouvernement est claire : la proportion des femmes confrontées au sexisme est significativement moins forte au sein des entreprises qui le combattent. Ce kit donnera-t-il envie aux employeurs de se mobiliser pour enfin agir ?