La version russe de "Ru Paul's Drag Race" évince dangereusement la communauté LGBTQ+

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Adapté en Russie, le show comporte les mêmes éléments que la célèbre "Ru Paul's Drag Race", sans aucune reconnaissance envers la communauté LGBTQ+. Une exploitation que dénoncent nombreux·se·s activistes.
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Ru Paul's Drag Race est un concours télévisé dans lequel la drag-queen américaine Ru Paul et plusieurs juges sont en quête de la "drag-queen la plus glamour", décrit Netflix qui héberge l'émission. "De la sélection au jugement, RuPaul joue le rôle de mentor et de soutien tout au long des défis", précise le géant du streaming. Un succès mondial qui a permis un rayonnement nécessaire de la culture drag, et par extension, de la communauté LGBTQ+. Impossible de dissocier le show de celleux qui en sont l'essence et l'inspiration. Et pourtant.

Adapté en Russie sous le nom de Royal Cobras, le programme conserve de l'original le principe de défilé, de costumes flamboyants et de batailles de lyp sinc, mais sans aucune réelle mise en avant des personnes LGBTQ+. Exemple qui en dit long : la présentatrice comme les juges sont tou·te·s hétéros et cisgenres.

Une réinterprétation qui a suscité une vive - et justifiée - indignation, de nombreux·se·s militant·e·s, dont Nikita Hi, accusant la production locale d'exploiter la culture drag sans inclure la communauté LGBTQ+ sévèrement opprimée du pays.

"Il ne me semble pas que les stars russes invitées au jury auront suffisamment de compétences pour juger les artistes drag", a déclaré la militante à la publication russe The Village, dans un article repéré par Them. "En principe, je doute de la justesse du fait que le travail des personnes LGBT sera jugé par des personnes hétérosexuelles."

"Une représentation absolument superficielle" de la culture drag

De plus, la production a affirmé qu'elle "ne vise pas à former des attitudes sexuelles non traditionnelles", faisant référence à la fameuse loi russe sur la "propagande" homosexuelle. Adoptée à l'unanimité en 2013, ce texte interdit la diffusion d'informations sur "les relations sexuelles non traditionnelles aux mineurs." Ou une preuve de plus de la LGBT-phobie assumée qui règne en Russie.

Autre différence majeure avec la version américaine : le refus de ses créateurs d'aborder les questions importantes qui touchent les personnes queer et trans - comme le VIH, le racisme et les violences policières. L'émission "réduit la culture drag à une représentation absolument superficielle", fustige à son tour l'activite Nikita Andriyanov auprès du média, "ce qui ne permet pas de résoudre le problème de l'homophobie ou de la stigmatisation de l'expérience queer."

Et Nikita Hi de conclure : "J'aimerais espérer que le show aura de nombreux invités LGBT, qu'elle deviendra une plateforme pour sensibiliser les Russes aux droits des minorités en Russie. Mais jusqu'à présent, sur la base des annonces de l'émission, nous ne pouvons qu'être contrariés".