Faut-il adopter le jeûne de dopamine, la tendance bien-être qui cartonne ?

Faut-il adopter le jeûne de dopamine, la tendance bien-être qui cartonne ?
Faut-il adopter le jeûne de dopamine, la tendance bien-être qui cartonne ?
La tendance bien-être issue de la Sillicon Valley divise : faire un jeûne de dopamine permet-il réellement d'apprécier davantage les plaisirs de la vie ? On fait le point.
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Les tendances bien-être, c'est comme de la mauvaise herbe. Ça pousse de tous les côtés et il en existe des bien plus utiles que d'autres. Dernière (plus ou moins) en date : le jeûne de dopamine. Une mode venue de la Sillicon Valley et prônée par Dr Cameron Sepah, psychologue et professeur à UCSF Medical School que les hauts dirigeants s'arrachent (il assure les rendre "plus efficaces, et moins stressés", rien que ça). Selon lui, le procédé qu'il préfère nommer "jeûne de stimulation" permettrait, après sa pratique assidue, d'apprécier davantage les plaisirs de la vie. Avouons-le, c'est tentant. Surtout si par petits plaisirs, l'expert entend gourmandises culinaires, on est tout ouïe. Mais alors, en quoi ce concept consiste-t-il exactement ? Quelle est l'astuce pour savourer - encore plus si possible - le coulant tout chaud d'un mi-cuit au chocolat acheté en pâtisserie ? Réponse.

Le jeûne de dopamine, c'est quoi ?

Déjà, définissons le terme. La dopamine est, d'après Wikipédia, "un neurotransmetteur, une molécule biochimique qui permet la communication au sein du système nerveux, et l'une de celles qui influent directement sur le comportement". Grâce à elle, dans le règne animal, le plaisir ressenti est exacerbé lorsque l'action entreprise est bénéfique. Comprenez, si un mammifère mange un aliment sain, il l'aimera d'autant plus. Une sorte d'aiguillage aidant à la survie des espèces. Chez les humains, elle intervient aussi sur des plaisirs plus abstraits, comme la musique, le cinéma, et plus récemment, l'utilisation de notre smartphone.

Sauf que ces tentations omniprésentes sont si faciles d'accès qu'on serait quasiment shooté·es à la dopamine à force d'y céder. Résultat, on ne les apprécie plus autant qu'avant et on en redemande toujours plus. C'est là qu'intervient la notion de jeûne. Le principe instauré par Dr Sepah serait ainsi de stopper toute activité créant de la dopamine (téléphone, musique, télé, Netflix, nourriture, porno, conversation - tout ce qui nous fait du bien, en gros), pendant plusieurs heures afin de "régénérer" son cerveau.

Pourquoi se lancer

"Nous sommes accros à la dopamine", explique James Sinka, un employé de la tech basé dans la Silicon Valley, au New York Times. "Et comme nous en recevons tout le temps, nous finissons par en vouloir de plus en plus, alors des activités qui étaient auparavant agréables ne le sont plus." La raison principale derrière ce nouveau rituel : reprendre goût à ces actions quotidiennes, et in fine apprendre à s'en passer plus naturellement. Parfait pour celles et ceux qui pensent ne jamais être rassasié·es. Ou qui souhaitent se libérer d'une manie envahissante.

James Sinka explique qu'il opte pour une version plutôt intensive du jeûne : ses collègues et lui-même s'y attellent pendant 24 heures, une fois tous les trimestres. Mais le Dr Sepah assure qu'il n'est pas utile de s'investir autant. Il préconise une approche plus douce, à base de quelques heures de jeûne par jour, sur des périodes de temps calme (soir et week-end). Détox ponctuelle ou traitement de fond ? Perso, on aurait davantage tendance à miser sur la formule numéro deux - soit quelques heures tolérables et bienfaitrices par-ci, par-là - au lieu de plonger pour une privation trimestrielle.

Alors, ça marche ?

La technique divise, surtout chez les experts. Joshua Berke, professeur de neurologie et de psychiatrie à l'université de Californie à San Francisco, explique dans une interview avec la BBC que "la dopamine n'a pas de relation directe avec le 'plaisir' ou le 'bonheur'. Il semble certes plausible qu'il soit bon pour vous de faire une pause après avoir consulté de manière obsessionnelle les réseaux sociaux et avoir fait la fête tous les soirs - il est juste peu probable que cela ait un rapport avec la dopamine en soi".

Pour Kent Bridge, professeur de psychologie et de neurosciences à l'université du Michigan, le bilan est moins catégorique mais l'érudit reste sceptique. Il indique ainsi à Healthline que cesser momentanément la stimulation "arrêtera d'activer le système de dopamine encore et encore comme le fait la vie quotidienne", mais "ne le réinitialisera pas".

Alors, si s'isoler quelques heures de toutes les distractions qui nous entourent semble plus positif que nocif, on avoue rester dubitative quant au caractère soi-disant inédit de la tendance. Car, rien de nouveau sous le soleil, le jeûne de dopamine a déjà un nom : l'ennui.