"Atteinte du cancer du sein, j'ai bénéficié de la désescalade thérapeutique"

Vivre avec un cancer du sein
Vivre avec un cancer du sein
Réduire tout ou partie des traitements lorsque cela est possible : telle est l'une des priorités de plus en plus d'établissements hospitaliers qui soignent les femmes atteintes d'un cancer du sein. Voici le témoignage de Michèle qui a ainsi pu "échapper à la chimio".
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"J'ai vu tout de suite à la tête du professeur qui faisait l'échographie que quelque chose n'allait pas". Michèle, 67 ans, se remémore ce froid jour de mars 2021. Depuis l'âge de 20 ans, cette ancienne secrétaire est sous étroite surveillance : à cause de kystes dans ses seins, elle se soumet tous les deux ans à une mammographie et une échographie de contrôle. Jusqu'à cette écho de routine où on lui détecte une tumeur.

"Après la biopsie, le diagnostic est tombé : c'était un cancer du sein lobulaire infiltrant". Michèle impacte la nouvelle, elle n'est "pas affolée". Se dit même confiante. "Sur le moment, cela ne m'a pas empêché de dormir. Des millions de femmes ont ça et a priori, la tumeur était petite, 7 millimètres." Sa seule inquiétude ? "Je voulais échapper à la chimio car je pense que c'est ce qu'il y a de plus dur."

Sereine, Michèle subit une mastectomie partielle. Seuls la tumeur et le ganglion sentinelle sont enlevés, son sein est conservé et elle rentre chez elle "en forme".

Un mois après l'opération, Michèle revoit la chirurgienne qui lui communique les résultats d'analyse de la tumeur prélevée : aucune trace de métastases, le ganglion sentinelle était sain. "Mais je savais qu'il y avait un 'mais'". En effet, la tumeur s'est révélée trois fois plus grosse que ce qui avait été détecté en premier lieu. Alors que seules trois semaines de radiothérapie lui avaient été prescrites, la chimiothérapie n'est désormais plus exclue. "La tumeur est repartie en analyse pour détecter le taux de probabilité de récidive que je pouvais avoir. Au-dessus de 10, on partait sur de la chimio, en-dessous, pas de chimio", détaille Michèle. "J'étais à 2".

Michèle fait partie de ces patientes qui ont bénéficié de la désescalade thérapeutique. L'objectif : réduire le protocole de soins lorsque cela est possible, rendre le traitement moins invasif, tout en garantissant une même efficacité. Une philosophie qui permet d'améliorer la qualité de vie de la malade pendant et après le cancer.

"La désescalade s'adresse aux femmes chez qui la tumeur est localisée, ne présentant pas de métastases, ou chez qui le risque de récidive est estimé faible. Cela représente 10 à 15% des personnes ayant un cancer localisé", nous précise le Dr Paul Cottu, oncologue, chef adjoint du département d'oncologie médicale de l'Institut Curie à Paris. "Le principe : par rapport à l'immensité des progrès thérapeutiques qui ont été faits depuis 20 ou 30 ans, on s'interroge sur ce qui est considéré comme un peu excessif dans les traitements depuis toutes ces années."

Une prise de recul salutaire pour les patientes qui n'ont pas à subir de longs mois de traitements exténuants, qui permet d'atténuer les séquelles physiques et psychiques et d'améliorer leur vie sociale, familiale et intime. Et une évolution largement plébiscitée : selon une étude réalisée par Viavoice pour l'Institut Curie, "83% des Français estiment que proposer la désescalade thérapeutique est important pour la qualité de vie des patientes."

Senior atteinte du cancer du sein
Senior atteinte du cancer du sein

"Une vie parfaitement normale"

Michèle confirme : quelques mois seulement après son opération, elle n'a pas gardé de séquelles physiques, elle a pu reprendre la gym, profite de ses balades régulières avec ses amies et mène "une vie parfaitement normale". La dynamique retraitée le sait : "Si j'avais eu de la chimio, je n'aurais pas en état. Je pense qu'il y a 10 ans, j'aurais eu automatiquement de la chimio. Ils n'auraient pas pris de risque."

Un bénéfice majeur dans la recherche et le bien-être du patient qui comporte cependant un obstacle : ces tests prédictifs ne sont toujours pas remboursés par la Sécurité sociale. "Un véritable anachronisme français", regrette le Dr Paul Cottu. "Ce type d'analyses complémentaire n'est malheureusement pas pratiqué dans tous les hôpitaux parce que ce n'est pas pris en charge par la Sécurité. C'est vraiment dommage", renchérit Michèle.

La sextagénaire, qui aura à suivre un traitement d'hormonothérapie durant les cinq prochaines années, appelle aujourd'hui toutes les femmes à se faire dépister régulièrement. "Trop de femmes- notamment des jeunes- n'ont pas conscience que le cancer du sein peut toucher n'importe qui", soupire-t-elle. "Il faut se faire surveiller, c'est essentiel."