Les couples qui ont une fille ado seraient plus susceptibles de divorcer

Les couples qui ont une fille ado seraient plus susceptibles de divorcer
Les couples qui ont une fille ado seraient plus susceptibles de divorcer
Une récente étude australo-américaine confirme ce que d'autres avançaient déjà : les parents d'adolescentes auraient plus de risques de divorcer. La raison ? Des différends quant à l'éducation de leurs filles, qui souffre de stéréotypes de genre coriaces.
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Longtemps, le taux de divorce plus élevé chez les parents de filles, observé dans plusieurs études américaines des années 80, s'est expliqué par la préférence des couples pour les garçons. Frustré·e·s de ne pas avoir de fils, ceux-ci ne se remettraient pas d'une telle déception et finiraient par se séparer. Interloqué par ces conclusions pour le moins étonnantes, Jan Kabatek, de l'université de Melbourne, et David Ribar, de l'université d'État de Géorgie, ont décidé de se pencher sur le sujet en menant leur propre étude intitulé Daughters and Divorce, en incluant cette fois une donnée supplémentaire - et précieuse : l'âge des enfants.

Résultat, les deux chercheurs ont mis le doigt sur un détail pertinent. Certes, les parents de filles divorcent davantage (+5 % aux Pays-Bas, + 9 % aux US), mais seulement lorsque celles-ci sont adolescentes (entre 13 et 18 ans). Avant cela, aucune différence flagrante avec les couples ayant donné naissance à des garçons.

"Si les pères étaient vraiment plus susceptibles de filer parce qu'ils préfèrent les fils, ils n'attendraient sûrement pas 13 ans pour le faire", lance le Dr Kabatek dans la revue américaine The Economist. Selon lui, le fait que le risque soit si spécifique à l'âge nécessite une explication différente, à savoir que les parents se disputent davantage pour l'éducation des adolescentes que pour celle des adolescents.

Pour cause : les stéréotypes de genre, les violences sexistes et sexuelles auxquelles sont davantage confrontées les jeunes filles et jeunes femmes, et par conséquent, la vulnérabilité que l'on tend à prêter aux unes mais pas aux autres, influent particulièrement sur la façon dont on va estimer, ou non, que ses enfants ont besoin de protection. Et donc, suscitent des désaccords parfois épineux au sein des familles.

Quand éveil (féminin) à la sexualité rime avec craintes

Interviewée par Elle, la psychologue clinicienne Aline Nativel Id Hammou explique effectivement que dans son cabinet, nombreux·ses patient·e·s témoignent d'angoisses quant à l'éducation de leur fille.

"Même si beaucoup de choses ont changé ces dernières années sur la question du genre et de ses fameuses normes, certains parents pensent davantage à protéger leur fille que leur fils, parce qu'il y a une perception d'une vulnérabilité, d'une éventuelle mise en danger chez les adolescentes. Au moment de l'éveil à la sexualité, ils ont peur que leur fille soit malmenée, agressée, tombe enceinte, ne sache pas gérer ses relations et ses émotions."

Ajouter à cela le fait que "les deux parents ont deux histoires de vies différentes, avec une enfance et une transmission de valeurs qui peuvent être distinctes", et ça peut vite virer au "baby-clash", comme l'appelle la spécialiste. Ou quand les "étincelles dans la dynamique du couple parental" entraînent "des répercussions sur le couple conjugal". Preuve de plus que les conséquences des inégalités de genre s'immiscent partout.

Alors, comment faire pour trouver un terrain d'entente dans ce cas précis ? Comme dans d'autres, l'experte insiste sur l'importance du "compromis", de la "cohérence parentale", et de comprendre pourquoi le partenaire a une "conception différente de soi". Se mettre d'accord en amont sur des fondamentaux, des mots d'ordre à donner à ses enfants, et rester uni·e·s devant elles et eux, en somme. Et puis, tenter de combattre au maximum les clichés sexistes que l'on a soi-même intériorisés.

Tout un programme qui, on l'espère, empêchera quelques séparations, mais contribuera aussi à élever de nouvelles générations de façon plus juste. Vivement.