Comment soutenir une proche qui a des problèmes de fertilité

Comment soutenir une proche qui a des problèmes de fertilité
Comment soutenir une proche qui a des problèmes de fertilité
Souvent, les femmes qui rencontrent des problèmes de fertilité confient se sentir seules, isolées. Pour savoir comment aider celles qui se trouvent dans notre entourage, voici quelques recommandations.
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Désirer un enfant quand la conception est difficile voire impossible représente une douleur indescriptible. Seul·e·s celles et ceux qui la vivent, peuvent comprendre ce qu'elle implique, ce qu'elle crée, ce qu'elle réveille, ce qu'elle provoque au quotidien.

Nombreuses sont en effet les femmes qui traversent cette épreuve à témoigner d'une solitude tenace, d'un éloignement de la part de proches dont elles croyaient l'amitié inébranlable. Ou encore, de comportements inappropriés et blessants de la part d'autres qui ne savent pas (ou ne veulent pas savoir) comment réagir à leurs doutes, leurs questionnements, leur chagrin.

Pour donner quelques pistes à celles et ceux qui se trouvent justement dans le cercle de personnes qui essaient depuis longtemps d'avoir un enfant, on a recueilli plusieurs conseils émanant de concernées. A méditer.

Lui laisser de l'espace afin qu'elle se confie lorsqu'elle le souhaite, et écouter

C'est peut-être le conseil le plus important de la liste : faire en sorte que votre proche se sente dans un "safe space" lorsqu'elle est avec vous. Cela passe d'abord par bosser de son côté, en se renseignant sur les étapes par lesquelles elle va passer pour réaliser l'ampleur de ce qu'elle vit, seule ou en couple, ou du parcours qu'elle a décidé d'entreprendre. Ensuite, par lui signifier que vous êtes disponible à l'écouter si (et quand) elle le désire. Et le faire en évitant absolument de ramener son expérience à la vôtre, lorsque celle-ci est tout sauf similaire.

Quelques phrases à réfréner (qui tombent sous le sens, mais mieux vaut prévenir), d'après l'association américaine d'infertilité Resolve : ne pas lui dire de "se détendre", qu'il y a "des choses plus graves", qu'"avec le temps, ça viendra", qu'"elle est encore jeune", qu'elle et son·sa partenaire ne sont "peut-être pas fait·e·s pour être parents". Ne pas minimiser le problème, ne pas donner de conseils non sollicités non plus sur comment le gérer.

Penser à deux fois avant d'amener le sujet de la maternité sur le tapis

On ne dit pas que les conversations qui concernent les enfants (notamment les vôtres, si vous êtes parent) sont à bannir, mais plutôt à prendre avec moins de légèreté que vous le feriez avec une proche pour qui le chemin de la conception a été mené sans embûche. Si vous êtes enceinte par exemple, essayez de ne pas vous plaindre si vous sentez que vos réflexions blessent (et c'est certainement le cas) votre amie.

"Pour beaucoup de personnes confrontées à l'infertilité, il peut être difficile de côtoyer d'autres femmes enceintes. Le fait de voir votre ventre grossir est un rappel constant de ce que votre amie infertile ne peut pas avoir. Ne pas se plaindre peut rendre les choses un peu plus faciles pour votre elle", indique ainsi le site de l'association.

Encore une fois, il s'agit d'un sentiment qui peut varier. Mieux vaut donc en discuter avec la première concernée, afin de ne pas contribuer non plus à l'isolation qu'elle connaît probablement déjà. Une communication douce peut être utile, suggère auprès de The Lily Regina Townsend, créatrice de The Broken Brown Egg, un blog de soutien aux femmes noires expérimentant des problèmes d'infertilité. Par exemple, en la prévenant avant de publier une annonce de grossesse sur les réseaux sociaux. Par messages interposés, ajoute Resolve, afin qu'elle puisse réagir en privé.

"C'est une preuve de gentillesse à laquelle nous ne pensons pas", estime-t-elle. "Parce qu'on se dit souvent : 'Ça me prive de ce moment et je devrais pouvoir le célébrer'. Oui, mais on ne veut pas que sa bonne nouvelle devienne une tragédie pour elle. Alors prenons un peu de temps pour leur apporter un peu d'attention et leur faire savoir ce qui se passe [avant de poster]."

L'infertilité, une épreuve qui plonge dans l'isolement.
L'infertilité, une épreuve qui plonge dans l'isolement.

Lui permettre de dire non aux événements associés

Lorsque Lauen Manaker entamait son parcours de fertilité, qui durera 5 ans, certain·e·s de ses ami·e·s attendaient des bébés ou étaient de nouveaux parents organisant des fêtes d'anniversaire, des baby showers et d'autres événements destinés aux enfants. Des rendez-vous qu'elle a peu à peu refusés, comme elle le confie à The Lily.

"Il était difficile d'y assister," explique-t-elle, "et j'ai fini par ne plus y aller". Rapidement, elle s'est sentie isolée et seule, plusieurs amitiés s'éteignant au gré des frustrations - certain·e·s allant jusqu'à lui reprocher de ne pas "raconter en détail ses expériences avec les traitements de fertilité". "C'était bouleversant sur le moment, mais aussi un peu comme un soulagement parce que j'avais déjà tellement de pression sur les épaules entre mes cycles avec mon médecin et le fait d'essayer de conserver mon emploi que je ne pouvais pas gérer autre chose".

Pour Danielle Helzer, qui a essayé pendant deux ans et témoigné de son expérience personnelle auprès de Motherly, il est important de laisser le choix à l'autre, et de ne pas la presser. "Vous pouvez certainement transmettre une invitation pour aider cette proche à se sentir incluse. Mais comprenez que son absence peut être sa façon à elle (comme à son·sa partenaire, ndlr) de protéger son coeur vulnérable. Ces événements sont certes joyeux, mais ils rappellent aussi des étapes qui ne seront jamais franchies. Elle finira par pouvoir assister à ces événements, mais ce sera probablement toujours difficile. Leur présence peut être sporadique et brève."

Et d'intimer : "Essayez d'être compréhensif·ve à cet égard."

L'accompagner, littéralement

A ses rendez-vous si elle a en a besoin et envie, pour un café de débrief si elle en a besoin ou envie. En lui proposant de garder ses aîné·e·s si elle en a, de faire du sport avec elle (perdre du poids peut-être requis en cas de fécondation in-vitro, notamment), en lui demandant exactement ce qu'il lui faut.

Là encore, il est essentiel d'être disponible autant que faire se peut, mais de ne pas imposer sa présence. Subtil, sans aucun doute, mais votre relation et son bien-être en bénéficieront à coup sûr, de cet investissement.

"Tendre la main à quelqu'un qui marche sur le chemin solitaire de l'infertilité peut nécessiter un certain effort et une certaine éducation de votre part", conclut Danielle Helzer, "mais j'ai appris que les relations les plus significatives sont celles qui nous demandent de travailler dur." Il n'y a plus qu'à.