Agressions, discriminations... La France reste un pays homophobe

Une personne LGBT sur deux a déjà subi une agression homophobe au cours de sa vie
Une personne LGBT sur deux a déjà subi une agression homophobe au cours de sa vie
Une personne LGBT sur deux a subi l'homophobie en France. Une enquête révélée ce 27 juin montre précisement les discrimination et les agressions dont elles sont l'objet.
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Les agressions contre les personnes LGBT et les discriminations dont ces personnes sont victimes sont loin d'être de l'histoire ancienne. Une enquête menée par l'IFOP pour l'observatoire LGBT+ Fondation Jean Jaurès et la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) sur un échantillon de 994 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres révèle que les agressions physique et verbales et les discriminations sont encore leur quotidien.

Ainsi, au cours de leur vie, plus de la moitié (soit 53 % des personnes interrogées) déclare avoir subi au moins une forme d'agression à caractère homophobe. Dans le détail, on trouve les agressions verbales : 33 % déclarent avoir reçu des remarques désobligeantes et 28 % ont reçu des insultes ou des injures à caractère diffamatoire (jusqu'à 49% pour les personnes homosexuelles). Elles sont aussi victimes de menaces de révéler leur orientation ou leur identité sexuelle pour 18 %. Au cours des 12 derniers mois, ils et elles sont 16 % à déclarer avoir subi une agression à caractère homophobe.

L'étude révèle aussi le contexte de ces agressions verbales : 26% se passent à l'école, 23% dans la rue ou les transports en commun, 20% au travail, 19% dans leur foyer ou dans leur environnement familial, 18% sur internet ou sur les réseaux sociaux.

En tout, 33% des personnes LGBT déclarent avoir été discriminées en raison de leur orientation sexuelle. A tous les étages de la vie quotidienne, les personnes LGBT sont confrontées à de la discrimination. Les auteures de ces discrimination ? 25 % viennent des supérieures hiérarchiques ou des collègues sur le lieu de travail, soit un quart. De la part des enseignant·e·s, ce chiffre est de 21 %. Il est de 19 % pour les discriminations au cours de la vie venant des chef·fe·s d'entreprise ou des recruteurs, il en va de même pour les discriminations venant des forces de l'ordre et celle des clubs de sport. Tout comme les agressions, l'école et l'espace public sont des terreaux fertiles à l'homophobie.

La part des LGBT discriminés au cours de leur vie pour la recherche de logement est de 18 %, le même pourcentage se retrouve pour la discrimination dans les bars. Le chiffres est de 17 % pour les discriminations venant des responsables ou employés d'un commerce, d'une banque ou d'une compagnie d'assurance, des agents publics à qui elles ont dû présenter des documents officiels identifiant leur sexe et chez les personnels de santé.

De l'agression physique et morale à l'agression symbolique


Toutes les catégories socio-professionnelles sont touchées par ces actes. Sur la majorité des cas d'agressions ou de discriminations, les chiffres semblent être plus élevés pour les personnes racisées ou les femmes.

Alors que l'on pourrait penser que la ville est un endroit plus sûr que la campagne pour les personnes LGBT, c'est dans ces lieux que les agressions sont les plus courantes. Ainsi, 44% du panel vivant dans une commune rurale a déjà été victime d'agressions. Ce chiffre monte à 58% pour une ville de moins de 20 000 habitants et à 59% pour la région parisienne. Interrogé par France Info, Denis Quinqueton, le codirecteur de l'observatoire LGBT+ de la fondation Jean Jaurès explique : "Là où il y a du lien social, il y a moins d'agressions. Les gens se connaissent. J'ai remarqué qu'on est plus facilement homophobe face à une abstraction et que dès qu'il s'agit d'une personne, on l'est beaucoup moins."

La conséquence direct de ces agressions et discriminations homophobes est que les personnes LGBT ne peuvent avoir une vie juste normale. Face à ces violences, elles ont mis en place des stratégies d'évitement qui sont également détaillées dans cette étude. Elles sont 27 % par exemple à ne s'être pas embrassées en public, 26 % ne se tiennent pas par la main ou 33 % ont déjà évité de se montrer avec un partenaire du même sexe devant ses voisins. En tout, 60% des personnes LGBT sondées ont adopté au moins une technique d'évitement.

Il y a aussi les agressions symboliques. Dans la nuit de lundi 25 juin à mardi 26 juin, des vandales homophobes ont effacé à la peinture blanche un passage piéton décoré aux couleurs de l'arc-en-ciel à Paris dans le quartier du Marais et en inscrivant au sol sur le bitume : "LGBT hors de France". En réaction, des passants ont repeint le passage et la Mairie de Paris a annoncé que des passages piétons supplémentaires seraient peints dans la ville. Un joli pied de nez, mais le chemin vers la tolérance reste encore bien long.