Libido : le fétichisme pour prendre son pied

Enfiler la bonne chaussure pour prendre son pied.
Enfiler la bonne chaussure pour prendre son pied.
La libido ne passe pas que par le fantasme ou le désir : enfiler la bonne paire de chaussures peut suffire à faire des miracles.
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La sortie du film de Benoit Jacquot, "Le journal d'une femme de chambre" (sortie le 1er avril), quatrième adaptation cinématographique du livre d'Octave Mirbeau, est l'occasion de revenir sur la définition du fétichisme et ses origines. Dans la version de Luis Bunuel, Jeanne Moreau interprète le rôle de Célestine, femme de chambre chez des bourgeois, en Normandie. Elle observe les traits de caractère du personnel comme des patrons : l'appétit sexuel de M. Monteil, la frigidité de Mme Monteil, et surtout le fétichisme des bottines de femme de Rabour, le père de Mme Monteuil, qui ont donné lieu à des scènes devenues cultes sur le fétichisme de la chaussure, où il se pâme sur ses bottines. Car la chaussure n'a rien d'anodin dans le rapport sexuel, elle tient un discours au moins aussi éloquent que les mots. La chaussure plate et confortable, la basket et le escarpin vertigineux ne tiennent pas le même discours et ne font pas le même effet aux regardants comme aux regardés.


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Pour Freud, père de la psychanalyse, la chaussure est le symbole du sexe féminin tandis que le pied a une signification phallique. L'un pénètre, l'autre est pénétré, d'où son pouvoir érotique. Pour lui, le principe du fétiche tient sa source dans le pénis et le besoin de détourner le complexe d'Oedipe dans un objet de transition. Au XVIIè siècle, le nom des chaussures étaient d'ailleurs sans équivoque (le " venez-y voir " par exemple), tandis que le talon était renommé " échasse sensuelle " ou " filtre d'amour ". Selon des psychologues évolutionnistes, avant même l'invention de la chaussure, les hommes préféraient les petits pieds et cette sélection répétée au fil des siècles suffirait à expliquer pourquoi les pieds des femmes sont plus petits que ceux des hommes. Aujourd'hui, il reste l'idée qu'on prend son pied... Et celle qui voudrait que le Sida, comme autrefois la syphilis ou la gonorrhée conjugués au fait que ces épidémies sont concomitantes à des périodes d'émancipation féminine : la peur engendre le besoin de subterfuges.


L'écrivain et philosophe suisse Alain de Botton rappelle dans un ouvrage récent, How to Think More about sex ("Comment penser plus au sexe"), que nous sommes tous plus ou moins fétichistes, de toutes sortes de façons, sans aller nécessairement jusqu'aux extrêmes. 230 types de fétichismes, incluant a la podophilie (amour des pieds), la stigmatophobie (tatouages et piercing) ou la thilpsosis (amour d'être pincé) avaient été recensés à la fin du XIXe siècle et la liste n'a pu que s'allonger depuis. Tous permettent d'arriver plus facilement à l'orgasme, sans être indispensables à tout prix, mais rappelant des aspects désirables de la nature humaine.

L'écrivain explique ainsi : "L'origine précise de nos enthousiasmes est peut-être obscure, mais ils remontent presque toujours à la petite enfance : nous sommes attirés par des choses précises soit parce qu'elles nous rappellent les qualités d'un parent aimé, ou inversement pour nous aider à échapper à des souvenirs d'humiliations terribles ou de terreurs". Ils sont la voie royale vers l'inconscient et emblématiques du bon.


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Il n'est pas nécessaire de communiquer avec les autres uniquement en regardant leurs pieds, ni d'essayer d'envoyer des signaux codés comme des pantoufles avachies pour dire qu'on n'a pas envie de faire l'amour, ou au contraire de se forcer à porter des talons de 15 centimètres pour faire part de ses besoins sexuels. Mais il est utile de se souvenir que la libido ne passe pas que par le fantasme ou le désir : enfiler la bonne paire de chaussures peut suffire à faire des miracles, d'autant que le pied cambré dans la chaussure rappelle celui, tendu, de l'orgasme...