Un algorithme pour détecter la maltraitance infantile à l'hôpital

Au CHU de Dijon, des scientifiques ont compilé des données sur 10 ans pour alimenter un algorithme qui permettra de détecter les cas de maltraitance infantile sur les enfants admis à l'hôpital.
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Comment identifier et mieux protéger les jeunes patient·es victimes de violences physiques à domicile ? Grâce à l'intelligence artificielle.

Des chercheurs du CHU de Dijon ont mis au point un outil technologique dont le but est de "repérer une maltraitance qui ne saute pas aux yeux" lorsque l'enfant est hospitalisé. Un procédé qui permettrait ensuite donner l'alerte, explique l'équipe d'épidémiologistes et de médecins légistes derrière le projet, dont les travaux ont été publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France.

Des résultats prometteurs

Pour l'élaborer, les scientifiques ont rassemblé des données sur 10 ans, de 2008 à 2019 afin d'alimenter l'algorithme. "Le dispositif repose sur l'utilisation du Programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI) des hôpitaux et cliniques, où sont recensées et codées les pathologies et lésions constatées sur chaque patient", précise l'AFP. Il a été entraîné à voir les répétition de "lésions un peu étranges" ou "si l'enfant est venu plusieurs fois à l'hôpital", pour aiguiller les soignant·es sur les raisons de sa présence, et d'éventuelles violences familiales.

Son efficacité a ensuite été mise à l'épreuve par les médecins légistes de l'équipe, lesquel·les ont examiné rigoureusement les dossiers de 170 enfants "repérés" par l'algorithme. Résultats : dans environ 85 % des cas où l'outil avait détecté une "maltraitance hautement probable", il s'est avéré fiable, ainsi que dans 50 % des cas où une "maltraitance suspectée" avait été identifiée.

Un dispositif particulièrement fiable chez les plus jeunes

Par ailleurs, Mélanie Loiseau, co-autrice de l'étude et spécialiste en médecine légale, a détaillé à l'agence de presse que plus l'enfant est petit, plus le dispositif sera pertinent car "avant un an, le bébé reste dans son berceau, donc s'il est blessé, c'est qu'il ne s'est pas fait mal tout seul". A noter que 5 % seulement des signalements proviennent du corps médical, bien que les petit·es consultent fréquemment les cabinets des praticien·nes dans leurs premières années.

Les chercheur·es estiment cependant qu'"une étude à plus grande échelle doit être réalisée pour confirmer ces observations, ainsi qu'une estimation de la sensibilité, afin de savoir s'il faut envisager des actions pour améliorer le recueil des données relatives à la maltraitance physique", lit le rapport. "L'identification des cas suspects de maltraitance reste à affiner", donc, bien qu'elle soit déjà performante pour "les enfants de 1 mois à 1 an".