"Mettre des mots sur nos larmes" : l'appel des femmes ouïghoures pour la reconnaissance du génocide

A l'Assemblée nationale, un texte pour reconnaître le génocide des Ouïgours en Chine
A l'Assemblée nationale, un texte pour reconnaître le génocide des Ouïgours en Chine
A l'Assemblée nationale, un texte en appelle à reconnaître et condamner officiellement le "caractère génocidaire" des violences perpétrées par la Chine contre les Ouïghours. Une résolution appuyée par la puissante tribune de trois femmes rescapées.
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Reconnaître et condamner officiellement le caractère génocidaire des violences perpétrées par la Chine contre les Ouïghours, mais également assurer la protection des Ouïghours réfugiés en France, voilà ce qu'exige une résolution importante présentée par le PS et étudiée à l'Assemblée nationale ce jeudi 20 janvier. Comme un moyen de "mettre la pression sur l'Élysée" en ce début d'année, explique le Huffington Post.

En plus de cette reconnaissance et de cette protection affirmée, la résolution exige que "les mesures nécessaires" soient prises le plus rapidement possibles auprès de la communauté internationale vis-à-vis de la Chine. Une ambition jugée comme un enjeu primordial de politique étrangère.

Et la députée LR Constance Le Grip de l'affirmer : "Il y a des moments de mobilisation où il faut savoir dire les choses. Nous demandons que soit reconnu le caractère génocidaire du massacre des Ouïghours".

"Mettre des mots sur nos larmes"

"Il faut passer à un degré supérieur. Le caractère génocidaire ne fait absolument plus débat", poursuit la députée LREM Élisabeth Toutut-Picard. Le texte en question fustige notamment "une intention de détruire l'identité, les liens communautaires ouïgours, les possibilités de filiation et les liens entre générations, et plus généralement de détruire les Ouïghours, y compris biologiquement, en tant que groupe à part entière".

En parallèle, trois femmes ouïghoures, dont deux rescapées des camps, lancent un appel aux député·e·s français·e·s l'espace d'une tribune puissante relayée par Le Monde.

Elles rappellent les horreurs : "Les femmes ouïghoures sont stérilisées en masse, non seulement à l'intérieur des camps mais aussi dans tout le pays ouïgour, afin d'empêcher la naissance de futures générations de notre peuple. Le taux de natalité a chuté de 50 % entre 2017 et 2019, et cette chute a atteint 84 % dans deux des préfectures à majorité ouïgoure les plus importantes de la région (Kachgar et Hotan)", soulignent-elles. "Des centaines de milliers d'enfants ont été séparés de leurs parents – environ 900 000 enfants à la fin de l'année 2019. Les mariages forcés, les prélèvements d'organes, le travail forcé, la surveillance de masse, etc., ne sont que quelques-unes des atrocités commises par le gouvernement chinois."

Et interpellent les députés : "Nommez enfin le mal qui consume notre peuple ! Au nom de notre peuple, nous vous demandons de voter en faveur de cette résolution et de mettre enfin des mots sur nos larmes et sur notre souffrance. Au nom de notre peuple, nous vous demandons de défendre enfin les vies et les droits fondamentaux des Ouïghours". Leur appel sera-t-il entendu ?

Mise à jour du 20 janvier 2022 à 14h45 : Les député·e·s ont approuvé ce 20 janvier la résolution portant sur la "reconnaissance et la condamnation du caractère génocidaire des violences politiques systématiques ainsi que des crimes contre l'humanité actuellement perpétrés par la République populaire de Chine à l'égard des Ouïghours" par 169 voix sur 175 présents. La France rejoint donc la dizaine d'Etats ayant officialisé leur reconnaissance du crime perpétré par la République populaire de Chine.