Souffrez-vous d'"esprit collant", cette anxiété engendrée par les infos angoissantes ?

"L'esprit collant", un phénomène psychologique synonyme d'anxiété.
"L'esprit collant", un phénomène psychologique synonyme d'anxiété.
Souffrez-vous d'"esprit collant" ? Derrière ce drôle d'intitulé, un véritable phénomène, désignant notre rapport aux infos anxiogènes. Et notre impossibilité de nous en détacher.
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Les informations suscitent-elles chez vous une forme d'anxiété ? Ce serait bien légitime, au vu des récentes actualités. Cependant, ce mal-être peut parfois perdurer (trop) longtemps après la consommation immédiate des news, l'anxiété perdurant, comme fixée par de la colle forte. Dans ce cas, vous pourriez bien souffrir d'un phénomène psychologique particulier : le "sticky mind", autrement dit "l'esprit collant".

Une situation alarmante pour la santé mentale, bien malmenée en cette année de pandémie et de crise climatique (les personnes souffrant d'éco-anxiété le savent bien). On parle ici de fixité voire même de "glue" car cet état d'esprit implique l'impression pour le moins désagréable de se retrouver bloquée dans ses pensées négatives. Comme l'énoncent les psychologues Marty Seif et Sally Winston au média Stylist, l'esprit collant implique une "pensée répétitive réitérée en boucle, un sentiment de s'embourber dans l'inquiétude". En somme, impressions et images inquiétantes se fixent à votre esprit pour ne plus s'en détacher.

Un état alarmant qui s'explique de bien des façons.

Ce que les infos font à notre santé mentale.
Ce que les infos font à notre santé mentale.

Une situation psychologique critique

Comme l'expliquent Marty Seif et Sally Winston au magazine spécialisé Psychology Today, cette inquiétude "persistante et incessante" n'est pas sans rapport avec "la rigidité de l'esprit", terme psychologique employé afin de désigner la répétition indésirable d'images et de pensées catastrophiques. Pour les experts, cette "fixation" se diffuse facilement entre les membres d'une même famille. Qui plus est, elle s'exacerbe avec la fatigue, la maladie, la colère ou encore le stress, bref, les émotions négatives. Et même "une forme de stress positif comme l'excitation" peut avoir des incidences sur son intensité. Pas très rassurant.

Tel un cercle vicieux, si l'inquiétude, la tristesse et la colère peuvent être à la source de ce phénomène, elles peuvent également l'exacerber. Le fait de gamberger ne fait effectivement qu'empirer la situation. L'anxiété ressentie au contact d'informations devient vite une anxiété ressentie pour soi-même et sa santé mentale. L'un des principaux soucis réside dans ce que les psychologues appellent "l'effort paradoxal" : plus l'on s'efforce d'arrêter de penser aux informations négatives qui nous obsèdent, plus on y pense. "Tous vos efforts pour vous calmer fonctionnent de fait à l'envers, c'est une impression de lutte qui s'intensifie", observent les spécialistes.

Mais l'"esprit collant" pourrait aussi naître de notre incapacité à correctement compartimenter nos sentiments. Privilégier ce qui nous concerne directement, notre environnement actuel, et ce que notre cerveau ingère en parallèle. En somme, "les personnes qui éprouvent cela ont du mal à mettre les histoires qu'elles lisent de côté pour continuer à vivre, comme la plupart des gens sont capables de le faire", observe Stylist.

A cela, il faut encore ajouter les excès "d'empathie et de culpabilité" que peuvent ressentir généralement les personnes anxieuses. Ce qui n'arrange pas vraiment leur santé.

Nous et notre santé mentale.
Nous et notre santé mentale.

OK, mais comment réagir ?

D'accord, mais comment mieux affronter cette anxiété ? "Aussi étrange que cela puisse paraître, le moyen le plus efficace de vivre avec cet esprit fixe n'est pas de lutter contre lui, mais de changer votre relation avec lui", assurent les psychologues Marty Seif et Sally Winston à Psychology Today. Autrement dit ? Elargir le point de vue que l'on porte sur les choses, privilégier une forme de recul, sans pour autant s'isoler du réel. "Valorisez une attitude de curiosité et non le jugement direct, l'alarmisme ou encore le sentiment d'urgence", énoncent les spécialistes.

En deux mots, considérer et accepter son anxiété d'abord, faire évoluer son rapport aux informations et à leur consommation sans forcément se murer dans l'indifférence et le rejet ensuite, ne pas hésiter à se recentrer sur sa propre santé mentale enfin, sans forcément craindre d'être trop égoïste ou narcissique pour autant. Notre relation aux actualités a forcément un impact sur notre propre anxiété, de par la circulation frénétique des news. D'où la nécessité de prendre du recul et de savoir mieux "compartimenter", comme dit plus haut.

"Il peut également être utile de voir les pensées pour ce qu'elles sont vraiment - juste des pensées - peu importe ce qu'elles disent et la gravité de leur contenu", détaillent Marty Seif et Sally Winston. Une vision des choses que les psychologues intitulent "l'abandon thérapeutique", et qui peut soulager la détresse en valorisant le détachement. D'aucuns verront là un lointain clin d'oeil au stoïcisme, cette philosophie qui n'a jamais été aussi tendance.

Pour les experts, un focus trop extrême sur les actualités peut enfin avoir des conséquences concrètes sur notre vie. En exacerbant notre inquiétude, cette situation peut nous empêcher de prendre des décisions ou choix risqués à l'avenir. Et ainsi, limiter nos initiatives et, potentiellement, ce que la vie peut nous apporter de bon. Raison de plus pour ne pas négliger notre vulnérabilité face au monde et à son déferlement d'images.

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