Bella Hadid est resplendissante sur le tapis rouge en pleine Cité des Anges, durant le défilé fashion de REVOLVE. Mais subit l’ire des internautes qui trouvent la mannequin décidément “beaucoup trop maigre”. On souffle.
Bella Hadid est considérée par beaucoup comme “l’une des plus belles femmes au monde”, et largement saluée pour son engagement politique. Mais elle subit également la véhémence rarement délicate des internautes. Et surtout de ceux qui sombrent volontiers dans le skinny shaming : itération inverse du “fat shaming”, ou de la grossophobie, le skinny shaming désigne la stigmatisation et les remarques blessantes dont sont victimes les personnes considérées comme “trop maigres”. Et notamment les femmes, qui sont une majorité à subir ce genre de billevesées et de galimatias sexistes.
Sur le red carpet, la mannequin cristallise ainsi toutes les remarques, à retrouver sous les images que nous vous partageons ci-contre : “Elle est beaucoup trop maigre”, “C’est une squelette”, “Sac d’os”, “Squelettique”, “Faut arrêter avec l’Ozempic”.
La mention de l’Ozempic, c’est à dire ce médicament destiné aux personnes diabétiques, et réapproprié ces dernières années par des célébrités hollywoodiennes et des stars de la mode à des fins d’amaigrissement volontiers dangereux, n’est pas anodine, car son usage fait office de secret de Polichinelle dans l’industrie du divertissement - et ses ravages sont indéniables.
Mais dans le cas présent, ce genre de remarques sert avant tout une forme de body shaming : cette façon qu’a la société de “noter” constamment le corps des femmes, selon des normes irréalistes, des diktats et des pressions sociales diverses. Ce que subit à sa manière Bella Hadid, comme en témoignent les commentaires sélectionnés ci-dessus, qui mettent en lumière des injonctions paradoxales et contradictoires imposées aux femmes : ne jamais être "trop grosse", ne jamais être "trop maigre" non plus, de peur d'être qualifiée "d'anorexique" - ou quand un trouble de la santé s'érige en insulte, dans la bouche des méconnaissants.
Le skinny shaming est moins flagrant que la grossophobie, qui s’appuie sur de réelles discriminations observées au quotidien, au sein de l’espace public, de la culture populaire, dans le milieu professionnel, dans les transports, entre innaccessibilité, honte corporelle, exclusion, non adaptabilité des espaces.
Mais cette détestation des “personnes maigres” est tout aussi inquiétante : elle alimente chez les personnes concernées anxiété et honte de soi, et par là-même, d’éventuels troubles de la perception (comme la dysmorphie corporelle, très présente chez les jeunes femmes, qui désigne un rapport pathologique à son apparence) et du comportement alimentaire : cette banalisation de qualificatifs comme "sac d'os" exacerbe les désordres du comportement alimentaire de toutes celles qui en sont déjà sujettes. Santé mentale et santé physique étant toujours étroitement liées quand il est question de ce rapport à soi. Oui oui, même quand ce sont des célébrités à qui se destinent ces remarques.