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Pourquoi le coiffeur coûte autant aux femmes ? On a enquêté, et on t'explique comment agir
Publié le 20 avril 2026 à 16:00
Quand la discrimination tarifaire devient capillaire ! Mais pourquoi cela coûte si cher, le coiffeur, quand on est une femme ? On s'est posé sérieusement la question, tout en proposant de vraies alternatives.
Pourquoi le coiffeur coûte autant aux femmes ? On a enquêté, et on t'explique comment agir
Pourquoi le coiffeur coûte autant aux femmes ? On a enquêté, et on t'explique comment agir Une chose nous hallucine : la différence de prix hommes/femmes au salon de coiffure. A s’arracher les cheveux. Colorations, techniques, produits, ne font pas tout. Cette diff réside ailleurs. Dans un phénomène : la taxe rose. Cet écart économique  entre hommes et femmes concerne certains produits. Les rasoirs par exemple. Un gender gap (écart genré) dénoncé par Titiou Lecoq. “Quand on est une fille, la taxe rose commence dès le prix des jouets !” (Titiou Lecoq à Terrafemina)

Une chose nous hallucine toujours autant au quotidien : la différence flagrante de tarifs hommes/femmes dès que l'on entre dans un salon de coiffure. Dans n'importe quel salon d'ailleurs, quelle que soit la ville. Difficile de ne pas en déduire, à chaque coup de ciseaux, qui ressort perdant de l'équation... Ou plutôt perdante. 

Les chiffres sont éloquents, car cette différence entre les sexes est un vrai fossé. L’écart de prix moyen ? Il est de 46 % ! En défaveur des femmes, tu l'auras deviné. Plus d’un euro la minute pour la gent féminine. Là où le plafond masculin dépasse rarement les cinquante euros par tête - on tutoie davantage une moyenne bien inférieure soit dit en passant. Et ce n'est pas juste un sujet de loisirs : c'est un vrai enjeu de société dont l'on te parle ici. Qui suscite des protestations vives et documentées. 

L'association de consommateurs CLCV parle ainsi carrément de “Sur-facturation” concernant le prix à payer pour les femmes. 60 millions de consommateurs incite en retour à saisir le Défenseur des droits dans les pires cas de taxes exubérantes.

Mais comment l’expliquer ce grand écart digne des meilleures compétitions de gymnastique ? Et surtout, comment réagir ? Car oui, on est pas condamnées à subir ce malus qui bouscule nos finances. Il existe des solutions. On s'est donc posé sérieusement la question, tout en proposant de vraies alternatives en fin de parcours, qui perdurent mais dont personne ne parle. Le sexisme au peigne fin.

La taxe rose jusqu'au salon de coiffure : quand couper coûte !
Cette diff réside ailleurs. Dans un phénomène : la taxe rose.

Colorations, techniques, produits, ne font pas tout pour expliquer cet écart, quoi qu'en diront certains professionnels qui tiennent à conserver cette fourchette - la mise en place des prix est libre en France. Cette différence de taille réside ailleurs. Dans un triste phénomène que tu connais peut être : la taxe rose. 

La taxe rose, c'est cet écart économique entre hommes et femmes qui concerne certains produits. Les rasoirs par exemple. Mais également, toute une quantité de produits de soin, dont la seule nuance, par rapport aux autres, réside dans leurs couleurs dites "féminines" - d'où l'appellation, pas vraiment ironique, car oui oui, un produit rose peut coûter bien plus cher qu'un produit bleu. Un gender gap (écart genré) dénoncé par l'autrice et journaliste Titiou Lecoq, jusque dans nos pages. 

Voilà ce que fustige l'essayiste, à qui l'on doit l'ouvrage Le couple et l'argent : “Quand on est une fille, la taxe rose commence dès le prix des jouets !”. Ajoutant auprès de Terrafemina : "Et ce alors qu'elle est la principale cible des publicités, qui l'incitent à consommer pour répondre à des injonctions de genre lui permettant de "construire sa féminité" en étant consommatrice. On exige de la féminité qu'elle passe par les dépenses. C'est un grand paradoxe d'une certaine perversion. On pousse les femmes à consommer, mais jamais à s'enrichir." 

Cet écart économique  entre hommes et femmes concerne certains produits. Les rasoirs par exemple. Un gender gap (écart genré) dénoncé par Titiou Lecoq.

Et à l'unisson, beaucoup d'experts, et d'économistes, ont décidé de (re)mettre les points sur les i. “Les cheveux des femmes exigent plus d’opérations, de temps et de technique, mais surtout : les femmes sont prêtes à consacrer plus d’argent à leurs cheveux que les hommes, leur consentement à payer est plus élevé.”, dénonce à ce titre François Lévêque, professeur d'économie, dans une tribune en forme de manifeste, aux Echos.

C’est ça, la différence : une injonction genrée bien implantée qui exige des femmes un soin capillaire plus exigeant, et en retour, inconsciemment, une acceptation par défaut des prix les plus exorbitants. Du passage au salon à l’achat de matériel en supermarché. Il y a donc quelque chose d'intégré, qui permet à ces tarifs de perdurer. Une forme de pression sociale, de stéréotype de genre bien ancré, qui vient légitimer tout ce système économique pourtant loin d'être pertinent. 

"Sur 902 salons, nous n’avons trouvé qu’un seul pratiquant des prix unisexes, en fonction du temps fourni. Cette différence de tarif peine à trouver une justification.", révèle en ce sens une très détaillée enquête du CLCV. "Ainsi le forfait « shampoing – coupe – coiffage » coûte en moyenne 20,46 € pour les hommes et 30,07€ pour les femmes, soit un écart de quasiment 47% !"

Ce n'est pas tout. Autres clarifications d'utilité publique de la part de ce rapport bien chiffré : "Une idée reçue consiste à penser qu’il est normal qu’une femme paie plus cher son coiffeur qu’un homme. Même si, tant qu’ils sont affichés, les prix sont libres, un tel écart de prix pose la question de l’égalité de traitement femmes-hommes."

Et nombreuses sont les clientes à protester.

« Je me fais jeter des salons quand je demande un tarif homme puisque j’ai les cheveux aussi courts qu’un mec. » (Témoignages à 60 millions de consommateurs)

Mais on fait quoi, alors ? 

"Plus on coupe, plus on paie, c'est logique non ?"
Lucie Bouteila, coiffeuse féministe d'un barbershop à Bordeaux

Pas besoin de demander à ses amies de sortir les ciseaux, que tout le monde se rassure. 

On va éviter le crash test capillaire. Quand bien même certaines de nos lectrices se la jouent "do it yourself" à coups de matériel maison et de miroir brandi. Non non, à la place, on te recommande de regarder tout autour de toi, en France, et de repérer ces coiffeurs professionnels qui ont pris le sujet à bras le corps ces dernières années. Et mis en place une véritable révolution : les tarifs non-genrés. Oui, c'est magique. En ouvrant des salons mixtes, en pratiquant des prix qui se basent sur la longueur du tif, et pas sur le sexe, en s'adaptant au temps dédié et non à l'identité de genre, ces érudits du cheveu remettent l'église au milieu du village. 

Telle Lucie Bouteila, et son salon bordelais Holy Cut, auquel nous avons dédié un gros plan détaillé sur Terrafemina.  "La seule différence de tarif se fait en fonction de la longueur du cheveu, de la technique, du temps. Ici, pas de discrimination de genre. Mon salon est spécialisé dans les coupes courtes. J'y donne accès aux hommes, aux femmes, aux personnes transgenres. Ici, il n'y a pas de discriminations de genre."", nous explique l'érudite. 

A Terrafemina toujours, la professionnelle poursuit : "J'ai 30 ans, les cheveux courts depuis au moins 10 ans et j'ai toujours trouvé cette différence de tarifs entre les coupes hommes et les coupes femmes comme anormale. Souvent, j'en avais pour 45 à 50 euros alors que le client d'à côté qui voulait quasiment la même coupe que moi payait entre 25 et 30 euros.". 

D'où la volonté de bousculer quelque peu cette logique de salons.

"J'ai 30 ans, les cheveux courts depuis au moins 10 ans et j'ai toujours trouvé cette différence de tarifs entre les coupes hommes et les coupes femmes comme anormale. Souvent, j'en avais pour 45 à 50 euros alors que le client d'à côté qui voulait quasiment la même coupe que moi payait entre 25 et 30 euros.". 

D'où la volonté de bousculer quelque peu cette logique de salons.

Idem pour "Pigments dans l'Hair" (Normandie). La baraque à cheveux (Nantes). La Cour par Clément (Annecy). Le salon Alexandre Henry à Paris. Toni & Guy, chaîne indé et “non genrée”. Pour ne citer que cela : depuis le déconfinement, les exemples fourmillent. Les pros dont il est ici question basent la fourchette tarifaire sur la longueur des cheveux, le temps consacré, l'effort et l'expertise. 

Plus on coupe, plus on paie : logique, non ?

Et pourtant, cette “formule” égalitaire est hyper minoritaire au sein de ce milieu beaucoup plus clos qu'on le croit qu'est la coiffure. Et cette parité implique beaucoup de choses. Elle exige aussi de lutter contre des préjugés, il faut dire : les femmes aux cheveux courts subissent clichés et stigmatisation, comme c'est parfois le cas - mais moins - des hommes aux longues chevelures. Car le cheveu est intime, et politique : il fait écho à bien des préjugés et enjeux de société. Il participe à notre identité. Et à notre assignation à un genre construit socialement. 

Même si on aimerait y répondre par un bon vieux balayage.

Par Clément Arbrun | Journaliste
Passionné par les sujets de société et la culture, Clément Arbrun est journaliste pour le site Terrafemina depuis 2019.
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