"Infirmières contagieuses" : la "blague" sexiste de l'épidémiologiste en chef espagnol

Fernando Simon, épidémiologiste en chef en Espagne.
Fernando Simon, épidémiologiste en chef en Espagne.
La pandémie ne nous épargnera rien, même pas le sexisme le plus ordinaire. Et la pépite d'aujourd'hui revient indéniablement à l'épidémiologiste en chef du gouvernement espagnol. S'il est ardu de contester son expertise médicale, son féminisme lui laisse à désirer.
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La polémique. En lettres capitales s'il vous plaît. C'est ainsi que l'émission espagnole 120 minutos a traité un bad buzz conciliant misogynie et épidémiologie. oui, sacré cocktail. Les raisons de la colère ? Les récents propos du Dr. Fernando Simon, l'épidémiologiste en chef du ministère espagnol de la Santé. Lors d'un Facebook live, le professionnel de la santé nous a offert une belle pépite sexiste. A la question (déjà pas dingue) : "Préférez-vous les maladies contagieuses ou les infirmières contagieuses ?", l'expert aurait rétorqué sur le même ton : "Je ne leur demande pas si elles sont contagieuses, ça se voit généralement quelques jours plus tard".

Une franche rigolade donc. Mais surtout un vrai "commentaire macho", comme l'énonce 120 minutos. L'émission de débats n'est pas la seule à le penser. Comme l'indique le média Sud-Ouest, l'Ordre des médecins lui-même a volontiers dénoncé "un moment de désinhibition rétrograde", pas vraiment digne d'une blouse blanche, mais plus proche d'une discussion de comptoir trop arrosée. Ironique à l'heure où bien des bars sont fermés.

"Les infirmières luttent depuis des décennies pour se débarrasser de toutes les images et de tous les stéréotypes machistes. Il est intolérable qu'une personne ayant la responsabilité du Dr. Fernando Simon se permette de les dénigrer", a poursuivi l'Ordre, considérant ces propos comme étant largement "primitifs". Et vlan.

Une phrase qui fait tâche

Les sentences de l'Ordre ne doivent pas être prises à la légère : elles témoignent d'un phénomène que subissent les infirmières, une oppression sexiste de plus en plus médiatisée ces dernières années. Alors que des pages virales comme Paye ta blouse collectent les pires remarques du genre, certains rapports universitaires rendent compte de cette exposition au sexisme au sein des centres hospitaliers : propos "déplacés" sur la tenue et le maquillage, sur-sexualisation et objectification des corps, mépris émanent des hiérarchies haut placées...

"Le sexisme à l'hôpital est une réalité quotidienne", déplorait encore une récente enquête du Parisien. En France, 86 % des internes en médecine estiment subir du sexisme, et les infirmières n'y échappent pas. La faute à un imaginaire populaire riche en grivoiseries, et plus globalement à des rapports de pouvoir qui minent les hôpitaux - et le milieu patriarcal de la médecine en général. Un sexisme qui transparaît dès les études et se poursuit des conversations entre professionnels aux pratiques médicales, constatait déjà Slate en 2015.

La "blagounette" du Dr. Fernando Simon n'est donc pas si anodine que cela. Elle témoigne d'un systémisme nocif qui, en France comme en Espagne, peine à tirer sa révérence. Oui, même en pleine pandémie mondiale.