Pourquoi il existe un "fossé masturbatoire" entre les femmes et les hommes

Pourquoi il existe un "fossé masturbatoire" entre les femmes et les hommes
Pourquoi il existe un "fossé masturbatoire" entre les femmes et les hommes
Les hommes et les femmes estiment avoir une libido équivalente. Pourtant, les inégalités se creusent fortement au niveau du plaisir en solo. Si les premiers confient se masturber en moyenne 154 fois par an, les deuxièmes, elles, évaluent se caresser 49 fois chaque année. Mais pourquoi cette disparité ?
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On connaissait les inégalités salariales, parentales ou encore dans la gestion des tâches ménagères ; la masturbation, aussi, a son lot de disparités. C'est en tout cas ce que nous apprend une étude réalisée par la marque de sextoys Womanizer, qui a interrogé 6000 hommes et femmes issu·e·s de douze pays différents (Australie, Autriche, Canada, France, Allemagne, Hong Kong, Corée, Singapour, Suisse, Taïwan, Royaume-Uni et aux États-Unis). Si les hommes racontent se faire du bien quasiment chaque jour pendant presque la moitié de l'année (154 fois par an), les femmes, elles, se toucheraient plus de trois fois moins fréquemment (49 fois).

Ce phénomène a un nom : le "fossé masturbatoire", qui s'élève même à une différence de 68 %. Rapporté sur une année, Womanizer explique que les deux genres ne deviennent égaux devant la masturbation qu'à partir du 5 septembre jusqu'au nouvel an. "Avant cette date, les femmes ne se sont pas masturbées en 2020", énonce la marque symboliquement. Pour sensibiliser à cet écart révélateur (qui, en France, est de 62 %, légèrement moins important que la moyenne) et mettre le doigt sur les raisons qui l'intensifient, elle lance la Journée de la masturbation égalitaire, le 5 septembre.

"Dégoûtante" et "indécente" : une stigmatisation coriace

Johanna Rief, responsable de l'émancipation sexuelle de la marque, est formelle : "Personne ne devrait se sentir obligé de se masturber s'il n'en a pas envie ! Mais la masturbation est une partie importante de l'autonomie sexuelle. Malheureusement, la honte, la stigmatisation sociale et le manque d'éducation empêchent de nombreuses femmes d'explorer leur propre sexualité." La marque dénonce : "Ce fossé reflète un déséquilibre social. Même s'il y a du progrès, la masturbation féminine reste encore un sujet tabou dans notre société."

Un tabou qui se lit clairement dans le sondage. Dans le monde, mais aussi en France. 29 % des Français·e·s déclarent ainsi que la masturbation masculine est "devenue complètement normale et banale dans notre société", alors que 15 % pensent que la masturbation féminine est considérée comme associée à l'interdit. 11 % rapportent même qu'elle est vue comme "dégoûtante" et "indécente". D'ailleurs, 39 % des femmes françaises interrogées rapportent ne pas se masturber du tout, contre 20 % des hommes. A l'international, l'écart est encore plus significatif, avec 35 % des femmes qui affirment ne pas se caresser, contre seulement 12 % des hommes.

Des clichés qui influencent aussi nos relations avec les sextoys. Car de ce côté-là, la tendance s'inverse : les femmes y ont plus naturellement recours quand pour les hommes, le sujet reste sensible. Quatre Français·e·s sur dix s'accordent même à dire qu'il est "socialement plus acceptable pour elles que pour eux d'utiliser un sextoy", révèle Womanizer. Et que leur utilisation est davantage associée à de la "honte" pour ces derniers. Edifiant.

Il est temps de dédiaboliser le plaisir féminin.
Il est temps de dédiaboliser le plaisir féminin.

A ces observations, Womanizer apporte également une autre donnée, qui vient contredire une idée reçue largement répandue que d'aucuns brandiraient pour justifier le "fossé masturbatoire" : les hommes auraient une libido plus importante que les femmes (un·e sondé·e sur cinq l'assure). L'écart, s'il existe, est trop sensible pour expliquer les disparités. En France, les hommes évaluent sur dix leur libido à 6,8 et les femmes à 6,0. A l'international, on passe à respectivement 6,5 et 5,4. Non, ce qui pêche est plus systémique.

Le manque d'éducation à blâmer

Pour la marque, ce constat est lié au manque d'éducation sexuelle flagrant dans de nombreux pays, et surtout à la façon dont est abordée (voire carrément ignorée) la sexualité féminine dans les écoles. En France comme dans le monde, environ 91 % des personnes questionnées n'ont ainsi jamais parlé de masturbation en classe. Et pour ce qui est du clitoris, si une personne sur trois a abordé l'anatomie féminine à l'adolescence, y compris l'appareil reproducteur, moins de dix pour cent peuvent affirmer avoir eu des cours sur la fonction et la taille de l'organe.

On rappelle que, selon un rapport du Haut Conseil à l'Egalité (HCE) datant de 2016, une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu'elle a un clitoris, et 83 % des filles de 3e et 4e ne connaissent pas sa fonction. Une méconnaissance notamment due à l'absence de représentation correcte de l'appareil génital féminin dans 6 manuels de SVT sur 7 en 2017 (chiffre qui est - enfin - passé à 5 sur 7 en 2019).

Alors, que faire pour le réduire, ce "fossé masturbatoire" ? Passer à l'acte, d'une part, mais surtout contribuer à dédiaboliser le plaisir féminin, pour réconcilier les femmes avec leur corps, leurs envies, mais aussi leur redonner le pouvoir. Il est temps.