Entreprises et digital : "Les réseaux sociaux d’entreprise vont remplacer l’email"

Entreprises et digital : "Les réseaux sociaux d’entreprise vont remplacer l’email"
Entreprises et digital : "Les réseaux sociaux d’entreprise vont remplacer l’email"
Comment les outils numériques s’intègrent-ils dans la culture d’une entreprise ? Comment les femmes s’en emparent-elles ? C’est la question posée par l’Observatoire Orange-Terrafemina à l’occasion de la première Journée de la femme digitale, le 8 mars 2013. Analyse des résultats de l’enquête CSA par Sophie Delmas, secrétaire générale de l'Observatoire des Réseaux sociaux d'entreprise et chef de projet RH 2.0 chez BNP Paribas.
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Tf : D’après notre étude sur les pratiques numériques dans la vie professionnelle, les actifs considèrent que les outils numériques ont amélioré la qualité du travail, la rapidité, la relation avec les clients et la créativité. Est-ce que ces résultats vous surprennent ?

Sophie Delmas : Pas vraiment. Il est évident qu’il y a des gains énormes pour la productivité des entreprises. L’une des principales raisons est que le digital facilite le travail en équipe : au-delà des réunions, on peut continuer à travailler via les outils et notamment les réseaux sociaux. La communication devient plus fluide et les projets avancent beaucoup plus vite. 

Tf : Les mêmes actifs émettent un bémol sur la concentration des salariés, le stress et l’équilibre avec la vie privée. Est-ce que le digital va trop loin dans l’intrusion dans la sphère privée ?

S. D. : C’est la contrepartie malheureusement, on fluidifie l’information au risque de donner une impression de surcharge. Pour lutter contre le risque d’« infobésité », de surcharge des boîtes mail, il faut éduquer le salarié et proposer une véritable organisation par rapport aux emails. Par exemple, renoncer à la mauvaise habitude de mettre en copie dix personnes sur chaque email. Certaines entreprises ont instauré la journée sans emails, d’autres coupent la connexion des messageries après 19 heures ou le week-end. 

Tf : Y a-t-il un danger mésestimé selon vous ?

S. D. : En effet il y a un vrai enjeu de concentration des collaborateurs, nous sommes dans un rythme de travail qui incite au zapping, et qui fait qu’on ne sait plus réfléchir à moyen ou long terme, parce qu’on est dans la réactivité permanente. Une prise de conscience s’est amorcée dans les grands groupes. On ressent de la tension et du stress, dus aussi au contexte économique. Dans les ressources humaines on en parle beaucoup, parce que nous le subissons aussi. A présent il faut passer le message aux managers

Tf : Selon une autre étude récente (Etude Kaspersky Lab France et OpinionWay), 46% des 25-30 ans considèrent les réseaux sociaux comme un outil de travail. Pourtant de nombreuses entreprises restreignent encore l’accès de leurs postes informatiques aux sites comme Facebook. A votre avis vers quelle politique s’oriente-t-on en la matière ?

S. D. : En tant que banque, aucun de nos postes ne dispose d’un accès aux réseaux sociaux, pour des raisons de sécurité. C’est la raison pour laquelle nous créons nos propres réseaux sociaux en interne. On peut d’ailleurs parier sur la disparition de l’email, qui laissera place à une interface avec des fils de discussion communs. A terme les clients aussi communiqueront via une interface sécurisée type réseau social. 

Tf : Les réseaux sociaux professionnels (Viadeo, Linkedin,…) concernent 14% des actifs, c’est assez faible et l’on peut s’en étonner. Quid du développement de ces réseaux ?

S. D. : Ce chiffre montre que les réseaux sociaux professionnels s’adressent à un microcosme de cadres (38% les utilisent, ndlr). De plus, nous savons d’après une autre étude que Linkedin compte 63% d’hommes pour 37% de femmes (étude Linkedin, octobre 2012), c’est très révélateur. D’après la même étude, les femmes sont conscientes qu’il s’agit d’une aide précieuse mais elles ne passent pas vraiment à l’acte. Je constate moi-même un certain retard des femmes au niveau professionnel sur l’utilisation du numérique, je le vois avec celles avec qui je travaille : il y a peu d’appétence pour les réseaux sociaux professionnels, tandis que les hommes ont presque tous créé leur profil. 

Tf : Faut-il croire davantage dans le développement des réseaux sociaux d’entreprise ?

S. D. : La plupart des entreprises du CAC 40 ont leur réseau social interne. On ne pourra plus faire sans c’est une évidence. Il y a des réticences qui sont à peu près les mêmes que lorsque le mail est arrivé en entreprise : ces outils font mieux circuler l’information et cela entraîne la crainte d’une perte de pouvoir des managers. Cette crainte est d’autant plus marquée dans les entreprises pyramidales. Tout est question ensuite d’acculturation digitale dans l’entreprise. Le numérique doit permettre de créer du lien, de partager les bonnes pratiques, de développer l’entraide entre collaborateurs, et d’innover. 

Tf : Pour 59% des actifs sondés, le développement des outils numériques favorise l’entrepreneuriat, et plus d’un sur dix envisage de créer une entreprise dans le numérique. Comment expliquer cet engouement ? Est-ce que le numérique constitue également un stimulant pour « intraprendre », c’est-à-dire développer de nouveaux projets en interne ?

S. D. : Evidemment oui. C’est un accélérateur de contacts, partenaires, et de fournisseurs fantastique, de recherche d’information et d’ouverture fabuleuse.


*Sondage exclusif CSA / ORANGE / TERRAFEMINA réalisé en ligne du 12 au 14 février. Echantillon national représentatif de 803 personnes actives occupées et âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du répondant), après stratification par région et catégorie d’agglomération.


Plus d’infos sur la première Journée de la femme digitale.

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